CHAPITRE XV
Les Casrtons (Tsalié, habitants des Castors).
Ces sauvages sont échelonnés le long de la rivière à la Paix, dite aussi la rivière aux Castors. \
Les Castors étaient autrefois assez nombreux, mais la maladie les a tellement décimés, que cette population n'’existera bientôt plus que de nom; c’est à peine s’il en reste aujourd’hui huit cents, de six mille qu'ils étaient il y a quelques années.
Les Castors sont petits ; ils ont les épaules resserrées, les jambes et les bras courts, la tête un peu allongée; à leur visage maigre, à leur teint hâve et maladif, on devine que ce peuple marche vers la décrépitude : ils sont honnêtes, le vol leur est inconnu, ils ont horreur du meurtre, et, quoique courageux, ils aiment mieux céder un droit que de le conserver par la violence.
Ils aiment la religion, ils en sentent le besoin, mais la faiblesse de leur caractère les empêche de la pratiquer; il est pourtant certain qu’il n’y a que la religion qui pourra les relever de l’affaissement physique et moral où ils se trouvent.
C’est le peuple le plus bienveillant pour les étrangers.
Les Castors, dont la langue se rapproche un peu, quant aux racines du moins, de la langue des Mon-
ivière
)Jreux, cette nom ; its, de resser- )n peu âve et ers la st ine cou- > de le
esoin, he de a que ement
étran-
npeu, s Mon-
tagnais, ont tiré de leurs raports habituels avec les Cris une grande passion pour la magie, à laquelle du reste ils n’entendent rien; ils ont aussi une passion extraordinaire pour le jeu, ainsi que nous l’avons vu déjà.
Cette passion est une des causes des maladies qui les font vieillir et mourir avant l’Age; car on les voit passer les nuits fraîches d’automne en plein air, se livrant à leurs jeux puérils.
Quand on les voit la nuit, autour d'une flamme fumeuse, jouer avec fureur, — on les prendrait pour des démons en état d'ivresse.
Et s'ils jouent ainsi en plein air, c’est que la paresse des femmes est si grande, qu'elles aiment mieux n'avoir point de tentes, que de coudre ensemble des peaux qu’elles ont en abondance, afin de s'en construire une.
Il résulte de cette paresse des femmes que les Castors couchent nus, à l’endroit même où ils ont
joué, se tournant et se retournant à côté d’un petit
feu, de sorte qu'ils se réveillent souvent à demi grillés d’un côté et gêlés de l’autre,
Après le jeu, ce que ces sauvages aiment le mieux, c'est d’aller à cheval. — Ils n’ont pas de canots. Ils vivent presque exclusivement de la chasse de l’orignal et du castor.