‹ Dix-huit ans chez les sauvages [microforme]Chapitre 90 sur 100 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Les Esquimaux (Oftelnéné. Ottiné, les habitants de la terre nue).

Les Esquimaux habitent entre le 63° et le 70° latitude nord, sur le continent, et s'étendent encore sur les îles polaires, telles que l’île Victoria, l’île du roi Wiliam, l’île Melville et l’île Bathmot.

La nation esquimause est laseule dont les hommes aient de la barbe, mais contrairement à l’idée reçue, qui veut que cette barbe soit si épaisse, qu’on ait de la peine à découvrir lestraits de leurs visages, — ils ont au contraire quelques poils très clair-semés, et seulement au menton.

Cette tribu sauvage, quoique vivant côte à côte, et même quelquefois au milieu d’autres tribus, a des mœurs et un type particulier qui la différencie abso-

Jurment.

Les Esquimauxsontles véritables civilisés du Nord, Quoique vivant sans ressource et dans l’ignorance R plus complète, ils confectionnent, tant pour leur utilité que pour leur agrément, une foule d’objets d’art qui ne seraïent pas méprisés en Europe.

Is ont des habitudes de propreté inconnues à tous les autres sauvages.

Les Esquimaux passent neuf mois de l’année ensevelis dans une maison de glace. Cette maison mé-

rite une description : elle est construite en cercle parfait; on y entre par une avenue creusée dans la neige : cette avenue sinueuse, étroite et longue est destinée à tromper les recherches des ennemis.

Avant d'entrer dans le cercle, on rencontre une espèce de basse-cour d'environ 4 mètres de long sur 3 mètres de large. Cet espace est destiné aux immondices.

On pénètre dans le cercle, c’est-à-dire dans J’intérieur de la maison, par une étroite ouverture ; l’on trouve d’abord une vaste salle carrée, qui sert de laboratoire et à entreposer les provisions. Dans l’enfoncement des trois quarts du cercle sont les chambres où couchent les sauvages, blottis les uns contre les autres. La voûte, de glace superposée et couverte de neige, laisse des intervalles vides qui font fonctions de fenêtres; des morceaux de glaces, bien . unis, snnt placés à ces fenêtres en guise de vitraux.

Comme le boiset les plantes ne poussent point dans cetle partie du continent, les Esquimaux y suppléent, comme éclairage et comme chauffage, par l'huile de baleine et de loup marin, qu’ils recueillent en grande quantité pendant la belle saison.

Leurnourriture, pendantl’hiver, consisteen viande de caribou qu’ils ont quelquefois en abondance et qu'ils peuvent conserver longtemps, dans leurs maisons de glace, sans crainte qu'elle se corrompe. Quand cette viande est bien mortifée, ils la mangent toute crue. Mais, malgré cette habitude de manger

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la viande crue; si un étranger va les visiter, ils la lui servent parfaitement préparée au moyen de leur huile de loup marin.

L’habillement des Esquimaux consiste en une seuie blouse de cuirayant un capuchon; mais quand la saison de la chasse arrive, et qu'ils sortent de leurs maisons de glace, ils se couvrent démesurément : ils ont alors des culottes de peaux d’ours, dont le poil est en dedans et une espèce de casaque aussi en peau d'ours. Un capuchon très-fourré leur enveloppe la têle, ne laissant apercevoir que les yeux. Des souliers ou plutôt des bottes, aussi de peaux avec les poils en dedans, leur couvrent les pieds.

Suivant les contrées où ils vont, ils doublent et triplent quelquefois leurs vêtements, de sorte qu’un Esquimau, avec sa taille peu élevée, et l'épaisseur que lui donne ses habits, resssembleassez à une boule,

Ces sauvages ne se tatouent pas, mais on leur creuse à chaque joue, dès l’enfance, un petit trou destiné à recevoir une pierre précieuse comme embellissement.

Durant le cours de l'été, les Esquimaux vivent sur le littoral de la mer Arctique; le poisson est alors leur principale nourriture.

Au moyen de peaux de loup marin et d’ossements de baleine, ils construisent de petits canots qu'ils recouvrent hermétiquement, n’y laissant qu’un trou

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rond de la largeur du corps pour y entrer ; ils s’attachent fortement le canot à l’entour des reins et, n'ayant ainsi que la tête et les bras dehors, ils partent pour la pêche.

Les Esquimaux ont une taille au-dessous de la moyenne, la tête grosse, les bras et les jambes trèsmusculeux, le teint blanc, la chevelure et les rares poils de leur barbe blonds: ils ont le front large et proéminent, les sourcils clairs, et de gros yeux roulant dans un large orbite.

Ces sauvages n’ont pas l’air menaçant qu’on leur donne ; ils produisent plutôt l’effet d’un enfant un peu timide, qui frappe moins parce qu'il le veut que parce qu'il craint d’être frappé.

Ils sont pourtant excessivement féroces, surtout sur cette partie du continent. Leur défiance est extrême : cependant quelques-uns osent aujourd’hui s'approcher des postes de la Compagnie de la baie d'Hudson, ne craignant même pas de manger ce qu’on leur présente.

De tous les peuples de l’extrême nord de l’Amérique, les Esquimaux seront sans doute les derniers à recevoir les bienfaits de la religion.

Leur contrée est la moins propre de la terre à être habitée par les hommes.

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