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— Marchez tout droit du côté où vous voyez que le soleil se couche, et quand vous arriverez au bord d'un grand lac, l'Esprit vous conduira dans votre nouveau pays.
— Reverrons-nous notre mère?
— Votre mère est morte, mais ses mânes vous suivent ; ne la pleurez pas, et souvenez-vous de ses recommandations.
En ce moment, lecri d’un oiseau retentit, le géant et les jeunes filles sortirent de la tente, et virent un cygne plus blanc que la neige qui planait dans les airs. |
— Voilà l'esprit de votre mère, dit Otchoch-h, avec vous il traversera le Grand-Lac, suivez-le.
Alors le géant leur donna des provisions qu’il leur avait préparées, c'est-à-dire quelques poissons et un peu de viande; il donna aussi à chacune une peau de renard pour se garantir de la fraicheur des nuits, et il les congédia.
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Les jeunes filles se mirent en route bien heureuses, car le cygne blanc s’était abattu sur la terre, et marchait ou voletait doucement devant elles, s’arrêtant quand il était un peu loin, et reprenant sa course dès qu’elles l’avaient presque atteint.
— Voilà l’esprit de notre mère qui nous sert de guide, disait Telkallé-tta à Dloune-tta-naldayié.
— Maintenant nous sommes sûres de ne pas nous égarer, répondait ‘a jeune sœur.
* * * Le soir venu, elles s'arrêterent. Comme il n'y
géant nt un is les
ch-h,
qu’il sons > une "des
avait pas d’arbres sur cette terre, un rocher de granit leur servit de couche; elles s’enveloppèrent dans leur peau de renard et dormirent.
Elles se levèrent avec le soleil, pleines d’espoir et de confiance.
— Esprit de notre mère, dirent-elles en élevant leurs bras vers l’astre radieux du jour, guide toujours nos pas.
Un petit cri répondit, un léger battement d'ailes se fit entendre, le cygne repartit.
Elles marchaient ainsi depuis dix jours, toujours escortées par l’esprit ailé, lorsqu'un soir elles virent le soleil se noyer dans les eaux limpides d’un grand lac.
— Voilà que nous allons arriver au but de notre voyage, dirent-elles le cœur palpitant d’une douce espérance. — Elles pressentaient le bonheur.
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En ce moment Eltchélékouyé-onyim, suivant une autre route, apercevait aussi les rives du Grand-Lac, et se disait comme les deux sœurs :
— Je vais donc arriver au but de mon voyage, et son cœur se sentait inondé de joie...— Il pressentait aussi le bonheur.
Or, il y avait bien iongtemps déjà que le jeune Eltchélékouyé-onyim marchait; déjà bien des fois Je soleil avait accompli sa course parmi les astres, depuis le jour où la flèche enchantée lui avait enlevé son aîné, depuis le moment où Oltel-ballé le père lui avait dit :
— « Marche du côté où le soleil se conche, et, « quand tu seras arrivé sur les bord d’un grand lac, «arrête-toi, mais ménage le pâté. »
Chaque repas il avait mangé du pâté d’Otchoch-h, mais sans jamais l’achever, et toujours le pâté était resté le même.
Bientôt le jeune voyageur arrivait sur les bords du Grand-Lac.
— Ottel-ballé m'a dit d’attendre ici, se disait-il, et son regard inquiet cherchait vn sauveur; mais il ne voyait derrière lui que le désert de terre nue, qu’il venait de parcourir, en face de lui que l’immensité de la plaine liquide. Et il s’assit pensif sur le rivage.
Le même jour, à ia même heure, Elitchélékouyéonié apercevait aussi ie Grand-Lac. Depuis le jour où Ottel-ballé le fils l’avait déposé sur cette terre, fidèle à ses recommandations, il avait marché du côté où le soleil se couche, et avait conservé précieuseinent le morceau de bois que le jeune oiseau lui avait donné.
— Je vais donc arriver au but de mon voyage, se disait-il, et son cœur soupirait..…. Il avait aussi le pressentiment du bonheur.
Tout à coup il croit voir un être humain assis sur le rivage. surpris et ému, il précipite sa marche. C'était un homme, en effet... il avance... il avance encore... l'homme tenait son visage appuyé dans ses mains... il avance toujours;.. au bruit de ses
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pas, l’homme assis se dresse. deux crisretentissent à la fois sur les rives du Grand-Lac :
— Mon frère!
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Les deux fils d’Eltchélékouyé restent quelques instants interdits. Muets de joie et de surprise, ils n'osent encore croire à leur bonheur; mais non, ce n’est pas un rêve... c’est une réalité.
l'out à coup, ils s’élancent dans les bras l’un de l’autre, et leurs âmes se fondent dans un long embrassement.
Quand leur joie fut calmée, Eltchélékouyé-onyim présenta le pâté d’Olchoch-h à son aîné.
— Ah! fit celui-ci, tu as été fidèle aux ordres du géant, mais, avant de manger, j'ai moi-même un devoir à accomplir. |
En disant ces mots, le frère aîné se leva, courut au bord du lac, et jeta dans l’eau le petit bàlon que lui avait remisle fils d'Ottel bailé.
O surprise! le bâton avait à peine touché l’eau, qu'il grossil, grossit et devint en quelques minutes une jolie pirogue.
A cette vue, les deux jeunes gens levèrent les bras au ciel en s’écriant :
— Merci, Esprit-Bon, merci!
: Au même instant un battement d'ailes, puis un cri rauque, se firent entendre, et un beau cygne blanc s’abattit dans le lac, à côté de la jolie pirogue.
— Beau cygne blane, dit Eltchélékouyé-onyim, sois le pilote de cette pirogue, et conduis-nous au
pays promis.
— Beau cygne blanc, dit à son tour Eltchélékouyé-
onié, si tu es le messager de l’Esprit-Bon, donnemoi des nouvelles de celles que j’ai aimées comme des sœurs.
A ces dernières paroles, le cygne poussa un nouveau cri, et de ses blanches ailes frappa la surface de l’eau, comme pour exprimer un tressaillement de joie.
Et les deux frères regardaient, tantôt la jolie pirogue, et tantôt le beau cygne blanc.
— Mon aîné, disait Eltchélékouyé-onyim, tu arrives à peine et tu dois être bien las, repose-toi, nous partirons tout à l’heure ; en attendant, dis-moi d'où tu viens, et ce qui t'est arrivé, depuis que la flèche d’Otchoch-h t'a enlevé dans les airs.
— Je le veux bien, mon cadet.
Eltchélékouyé-onié commença le récit de ses aventures. Déjà les noms de Telkallé-tta et Dlounetta-naldayié étaient vingt fois sortis de sa bouche, lorsque, plongeant ses regards dans la plaine, il aperçut dans le lointain quelque chose qui se mouvait.
A cette vue, le jeune homme interrompit son récit.
— Regarde là-bas, ne vois-tu rien ? dit-il à son frère.
— Je crois voir deux êtres qui marchent vers nous, — seraient-ce des ennemis ?.….
— Peut-être.
— Fuyons dans la pirogue.
Le cygne poussa un nouveau cri.
— Ce cri serait il un avertissement? dit Onyim.
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{u ar- Il, NOUS oi d’où flèche
le ses ouneuche, ‘aperuvait.
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vers
— Ne fuyons pas, répondit Onié...ce n’est pas de
crainte que bat mon cœur...
Peu à peu la forme des deux êtres se dessine, déjà on pouvait s’apercevoir qu'ils n’avaient ni carquois ni flèches.
— Ce sont des femmes, dit le cadet après un court RUODOO Sn RTS 4 ue 8 A das en de can à de
Tout à coup Eltchélékouyé-onié se précipite et vole à leur rencontre, ilareconnu ses deux sœurs...
— Telkallé-tta, Dloune-tta-naldayié!
— Notre frèrel...
La voix du cygne repondit seule à ces trois cris de joie. |
Eltchélékouyé-onyim, debout sur le rivage, pleurait.
* * * Ainsi sur cette terre déserte, en face de celac tran-
quille, les accents de l'amour chaste retentissaient pour la première fois.
Bientôt après les deux frères el les deux sœurs, groupés sur le bord du lac, en face de la piroguc, remerciaient le Puissant-Bon qui les avait réunis.
—.Ah!si la vieille Telkallé, votre mère, pouvait ñ: : t6 oin de notre bonheur! dit Eltchélékouyélé.
— Notre mère, la voilà! exclamèrent les deux sœurs en montrant le beau cygne qui s’ébattait sur la surface des flots bleus.
En ce moment, sur le sable argenté du rivage s'abatlit un petit oiseau dont les ailes de rubis resplendissaient au soleil, ;
Les jeunes filles l’aperçoivent, elles poussent un cri de surprise,
— C'est notre colibri, disent-elles, c’est notre offrande à l’Esprit-Bon, le faible oiseau que nous avons préservé du vautour..….
Mais voilà que le soleil semble s’obscurcir, les jeunes gens lèvent la tête et voien., planant avec majesté au milieu des airs et se dirigeant vers l’autre rive du Grand-Lac, Ottel-ballé le père et Ottel-ballé le fils.
— Partons, dirent-ils alors.
Et aussitôt les quatre voyageurs descendent dans la pirogue qui, se délachant toute seule du rivage, glisse sur les flots et vogue avec rapidité, tandis que le cygne blanc, naulonier tidèle, navigue devant comme pour tracer le chemin.
Dans le Grand Lac.— La terre promise. — Ottel-ballé le père et Ottel-ballé te fils. — Le vieillard et son enfant. — Les révélations du vieillard. — Le mariage — Allez et chassez.
Quatre fois le soleil se coucha dans le Grand-Lac, quatre fois il se leva dans la grande, plaine et la pirogue voguait toujours et le pays promis ne paraissait pas.
A la cinquième aurore, Eltchélékouyé-onié aperçut le premier dans le bointain un rivage verdoyant.
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AVENTURES DES DUEX ELTCHÉLÉKOUYÉ, 349
A cette vue, il pousse une exclamation de joie, et les quatre voyageurs, debout dans la pirogue, sa.uent de la voix el du geste cette terre quisans doute sera le pays promis si longtemps désiré.
Bientèt le cygne prit son vol, alla se poser sur le rivage et jela un long cri comme pour y appeler les voyageurs.
—Ceci est sûrement le pays que nous habiterons, pensèrent-ils. — L'esprit de la vieille Telkallé nous appelle.
La pirogue abordaïit, et les jeunes gens débarquèrent.
Pr C'était bien le pays promis, C'est là que les petitsfils d'Elichelékouyé rempliront les volontés de leur vieux grand-père; c’est là qu’ils acco upliront Îles prédictions du vieillard en fondant deux nations nouvelles,
Les quatre voyageurs émus contemplaient avec
ravissement cette terre merveilleuse où l’Espiit- Puissant-Bon les avait arrêtés.
Les rives du Grand-Lac étaient bordées de grands arbres, derrière les grands arbres s’étendait une prairie immense, coupée de nombreuses peLiles rivières poissonneuses, et dans la perspective s’élevaient de splendides forêts, retraite ordinaire des animaux à fourrure.
Tandis que, le cœur épanoui, ils contemplent cette riante nature, —Ottet-ballé le père et Ottelballé Le fils apparaissent au milieu de l’azur.
— Merci, Esprit puissant, s’écrient-ils à la fois, les bras et les yeux levés auæiel.
mere
Et les échos de ces solitudes répètent les accents de leur reconnaissance.
Les deux oiseaux ont déjà disparu.
— Que sont devenus nos sauveurs? disent les jeunes gens surpris.
Ils avaient à peine prononcé ces paroles, qu’ils virent venir à eux un beau vieillard suivi d’un ‘enfant.
Tous deux avaient un arc et un carquois plein -de flèches.
— Ce pays est donc habité déjà? pensèrent-ils en les voyant approcher.
Quand les deux étrangers ne furent plus qu’à une petite distance, Eltchélékouyé-onié reconnut le vieillard.
— C'est vous, grand-père? dit-il tout surpris.
— Tu me reconnais, mon fils ?
— Oui, grand-père, c’est vous qui m’aviez donné la flèche mâle et la flèche femelle.
— Tu dis vrai, jeune homme, et l’enfant que voilà est mon fils, celui que tu as vu endormi dans ma tente.
— Pourquoi a-t-il si vite grandi?
— Jl ne faut jamais dire pourquoi, jeune homme, prononcça le vieillard avec sévérité.
% * * A ces mots, Eltchélékouyé-onié rougit de honte
d’avoir oublié, encore une fois, les recommandations de son père.
Le vieux chasseur, comprenant son trouble, reprit aussitôt :
— Écoutez, mes enfants, ce que j'ai à vous
ccents
dire, c’est l'Esprit qui va parler par ma bouche.
La voix du vieillard était devenue mélodieuse. Les jeunes gens attentifs retenaient leur souffle, tandis que, sur un arbuste voisin, le beau cygne, allongeant son col blanc, semblait vouioir entendre aussi les paroles du vieillard. .
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— Écoutez, continua-t-il :
« Vous êtes les derniers descendants d’une nation qui fut grande; quand vos premiers aïeux, qui venaient du côté où le soleilse lève, l’eurent fondée, longtemps ils obéirent au Puissant-Bon, longtemps ils furent heureux ; ils chassaient le jour, se reposaient la nuit ; jamais l’orignal ne fit défaut à leurs flèches, ni le poisson à leurs filets; ils vivaient tous dans l’abondance, et se regardaient comme des frères.
«Mais un jour l’Esprit-Mauvais, quittant son repaire ténébreux, vint les visiter; ils écoulèrent sa voix, ils oublièrent les ordres du Puissant-Bon, et la discorde se mit parmi eux: bientôt ces frères se traitèrent en ennemis ; ils sortaient à toute heure de la nuit de leurs tentes, et, quand ils se rencontraient dans la forêt, ils se livraient des combats.
«L’Esprit-Bon les abandonna enfin, et alors les animaux, déjà moins abondants, disparurent tout à fait, et l’hiver, quand les rivières étaient glacées, la faim les rendait barbares ; ils se tuaient et se mangeaient entre eux : ainsi votre nation, qui avait été bonne et heureuse à son commencement, diminua peu à peu, et peu à peu elle devint si mauvaise, que les pères dévoraient leurs enfants, les enfants leur père, les époux leur épouse.
«Cependant une famille avait conservé les mœurs
des premiers temps; le chef de cette famille gémissait dans le silence et ne cessait d’invoquer le Puissant-Bon, chaque jour, dans sa tente.
« Cette famille était composée du père, de la mère, de deux jeunes enfants encore au berceau, et d’un vieillard aux cheveux blancs, qui était le grand-père.
« Hélas ! le deuil descendit aussi dans cette tente, le père et la mère moururent, et le grand-père resta avec ses deux petits-fils.
« Les premiers jours il pleura amèrement, mais l'Esprit-Bon qui le protégeait, parce qu’il ne l'avait jamais oublié, lui apparut en rêve, et lui dit:
— ‘les enfants deviendront des hommes; quitte ces lieux témoins de ta douleur, et va dresser ta tente sur un autre point.
« Le grand-père, en se réveillant, chargea sur son dos les petites créatures, et alla planter sa tente non loin de là, au bord d’une rivière.
«Quinze ans plus tard sa nation perverse s’élait presque éteinte.
«Le grand-père avait vu ses deux petits-filsgrandir à ses côlés, ne cessant de leur inspirer l’ohéissance avengle aux ordres de l’Esprit-Bon.
«Or, une nuit, ce vieillard eut encore un rêve; Ottel-ballé lui apparut et lui dit :
— « L'heure de ta mort approche, et, dès que tu seras retourné vers moi, j’abandonnerai tout à fait ce pays; ordonne à tes enfants de le quitter pour Loujuurs, qu'ils montent dans leur pirogne, qu'ils naviguent à l’aventure, et je les conduirai dans un pays où ils fonderont une nation nouvelle.
« Quand le grand-père se réveilla, il appela ses
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RENNES RE PRE NERS RE PR ET AA RUE 1 AVENTURES DES DEUX ELTCHÉLÉKOUYÉ, 353
deux petits-fils, leur ordonna de partir et de jamais retourner.
« Ce vieillard s'appelait EcrcnéLékouYé. »
A ces derniers mots, les deux jeunes gens poussent une exclamation de surprise.
— C'était notre grand-père ! dirent-ils. Des larmes de joie mouillaient leurs paupières au souvenirde ce nom vénéré,.
Le vieillard s’interrompit uninstant, puis, s’adressant aux jeunes filles, il dit :
— « Vous êtes nées dans une nation jadis nombreuse; vos aïeux, à leur commencement, furent aussi protégés par l’Esprit-Bon, mais bientôt ils l’oublièrent, et cet oubli leur suscita bien des maux.
«Non loin de votre nation, qu’on appelait le pays des Glaces, parce qu'il était situé au haut des montagnes où la neige ne fond jamais, existait un autre peuple; là régnait l’Esprit-Mauvais : ce peuple était composé de monstres horribles, qui faisaient leur nourriture habituelle de la chair bumaine. Longtemps vos aïeux en furent préservés, mais quand J’Esprit-Bon les eut abandonnés, à cause de leur continuelle désobéissance à ses ordres, alors ces monstres humains, suscités par l’Esprit-Mauvais, se
. déchaïînèrent contre eux, et en peu de temps ils les
eurent presque tous détruits.
« Cependant une famille, que le Puissant protégea parce qu’elle ne l’avait pas oublié, fut préservée des monstres, elle s'enfuit sur un point élevé de la montagne de Glace, et là vécut tranquille,
« Cette famille était composée d’une femme, et de
se; deux filles encore au berceau,
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« Un jour Ottel-ballé lui apparut en rêve et lui dit :
— (Prends bien soin de tes deux filles; quand elles auront grandi, je les protégerai ; je veille sur toi et sur elles.
« La vieille femme prit grand soin de ses deux enfants, et chaque matin elle remerciait le Puissant de les avoir préservées des monstres.
« Les jeunes filles grandirent, et, dès qu’elles eurent atteint l’âge de douze ans, elles purent chasser à la place de leur mère, qui était déjà trop - vieille.
— « Mes enfants, continua le vieillard après un court silence, cette vieille femme était votre mère. elle s'appelait Zelkailé. »
A ce nom, le cygne blanc baitit des ailes, les jeunes filles poussèrent une exclamation de joie!
Et le vieillard continua :
— « Vous étiez grandes déjà, quand votre mère fit un nouveau rêve. Ottel-ballé lui apparut encore et lui dit :
— « Vieille Te!kallé, bientôt un jeune homme arrivera à La tente, tu le recevras comme un fils, mais prends garde que tes filles ne l’aiment au premier abord, ni qu’il les regarde jamais dormir. — Jusqu'à ce que j’en aie ordonné autrement, tes filles : doivent aimer le jeune étranger comme un frère, et le jeune étranger doit les aimer comme des sœurs. »
a Le lendemain, le jeune étranger arrivait en effet dans la tente de la vieille Telkallé.
« Ce jeune homme, c'était toi, Eltchélékouyéonié,. »
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Les jeunes gens regardaient le vieillard, surpris de plus en plus.
Le vieillard, qui s’était interrompu un instant, reprit d'une voix solennelle :
« Eltchélékouyé-onié, Eltchélékouyé-onyim, Telkallé-tta, Doune-tta-naldayié, écoutez ce que l’esbrit du Puissant va vous dire par ma bouche :
« De tout temps l'Esprit avait décidé que vous seriez les fondateurs d’une nation d'hommes qui lui seraient fidèles.
« De tout temps cette terre, où il vous a conduits, vous fut destinée pour patrie.
« Ici vous trouverez l’abondance, mais prenez garde d’être jamais ingrats envers celui qui vous protége. Rappelez-vous que vos aïeux furent punis pour avoir oublié le Puisant-Bon, ne l’oubliez donc jamais, et chaque matin, avant de partir pour la chasse ou la pêche, que la première fumée de votre pipe lui soit offerte, et qu'à votre retour la plus pure graisse des animaux que vous aurez tués soit à son honneur répandue sur le brasier, »
A mesure que le vieillard parlait, son visage semblait entouré d’une auréole et le soleil, qui commençait à décroitre derrière les grands arbres de la forêt, projetait ses rayons d’or dans ses cheveux blanchis par le temps.
Les jeunes gens, pensifs et silencieux, le front penché cs la terre, écoutaient, tandis que le jeune fils du vieillard jetait des regards attendris sur le cygne blanc, seul témoin de cette scène.
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— « Petits-fils de Eltchélékouyé, filles de Telkallé, voici ce que l'Esprit ordonne encore, continua le vieillard en élevant la voix :
« Répétez ces paroles à vos enfants et à vos petitsenfants, afin qu’à leur tour ils les enseignent à leur postérité.
« Vous avezété fidèles à vos promesses! L’Esprit- Bon, auquel vous avez obéi, va vous récompenser... Celles qui étaient vos sœurs. vont devenir vos épouses! »
Le vieillard prit alors son arc d’uné main, son carquois plein de flèches de l’autre, et dit :
— «ÆEltchélékouyé-onié, prends cet arc et ce carquois, tu dresseras ta tente de ce côté-ci de la forêt, je te donne ‘lelkallé-tta pour épouse. »
Puis, prenant l’arc et le carquois que tenait son fils, il dit :
— «Eltchélékouyé-onyim, prends cet arc et ce carquois, Lu dresseras ta tente de l’autre côté de la forêt, je te dunne Dloune-tta-naldayié pour épouse.
« ALLEZ et CHASSEZ. »
A ces mots, le cygne jeta un cri de joie, et s’envola.
Le vieillard et son fils avaient déjà disparu.