‹ Dix-huit ans chez les sauvages [microforme]Chapitre 92 sur 100 · DEE———— = EE · texte numérisé non relu

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Les trois femmes sortirent de leur tente et se

mirent en roule pour chercher le jeune homme. k'#

En ce moment Eltchélékouéy-onié se trouvait dans un trou de neige glacée, où il avait été englouti.

— J'ai désobéi une seconde fois, se disait-il en pleurant, et voilà que je suis dans mon tombeau.

Il était dans cette fâcheuse position depuis quelques heures déjà, quand il entendit une grosse voix qui disait au-dessus de lui:

— Ici l’on sent la chair humaine.

— Nous n'avons aucun instrument pour creuser la neise, répondit une autre voix.

— Va me chercher les griffes d'ours, que nous avons vues sur le bord du chemin, et je creuserai, dit la grosse voix.

Le malheureux jeune homme, à ces terribles paroles, trembiait de tous ses mernbres, plus encore de frayeur que de froid; bientôt il entendit creuser la neige au-dessus de lui... et il trembleit encore plus.

Tout à coup il se sent saisi et soulevé par les terribles griffes, mais au même instant les griffes se cassent et il retombe haletant dans son trou.

Alors il entendit encore la grosse voix qui disait :

— Vs chercher le tibia du gros animal que nous avons vu sous les grands arbres.

Tandis que le malheureux Eltchélékouyé-onié se trouvait dans cette cruelle position, Telkallé-lta et Diouue-tta-naldayié, suivies de leur vieille mère, descendaient courageusement du haut de la monta-

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gne, bravant les précipices, défiant les avalanches qui menaçaient de les engloutir.

Tantôt on les voit sur un mont de glace, interrogeant du regard les abîmes de la neige, tantôt leurs voix éplorées font retentir le désert des accents du désespoir.

Hélas! l’écho seul répondait à leurs voix!

Et elles ne cessaient de dire:

— Qu'est devenu notre hôte ?..….

Pour la centième fois déjà elles répétaient ces paroles, quand elles aperçurent un sauvage horrible chargé du tibia d’un gros animal.

Ce sauvage n'avait qu’une seule jambe, un seul bras, un seul œil au milieu du front et une bouche six fois grande comme les autres.

Les trois femmes eurent grand’peur, mais le désir d’avoir des nouvelles de leur hôte les enhardit et elles s’en approchèrent.

— Auriez-vous vu ici-un jeune homme que nous cherchons? lui dirent-elles.

Le sauvage s'arrêta, fixa son grand œil sur les jeunes filles, ricana affreusement, étendit son long bras et répondit comme un tonnerre:

— Suivez-moi là-bas chez mon maître.

Les deux sœurs et leur vieille mère suivirent l’horrible sanvage et bientôt elles arrivaient à une

tente, devant laquelle un sauvage plus horrible en-

core était assis.

A la vue des étrangères, celui-ci s’écria d’une voix qui fit retentir la forêt:

— Voilà de la bonne viande.

— Oui, voilà de la bonne viande, répéta l’autre.

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— Tais-toi, dit le chef, cette viande n’est pas pour toi.

En entendant ces paroles de sinistre augure, les deux sœurs se jetèrent aux genoux de l’anthropophage. |

— Nous cherchons notre frère qui s’est englouli, lui dirent-elles en pleurant, ne nous mangez pas, faites-nous-le trouver si vous savez où il est.

— Hou, hou! fit le sauvage, j’ai bien faim de chair humaine, votre frère est dans ce trou.

— Oh! ne le mangez pas, disaient les jeunes filles en embrassant les jambes du monstre.

— Je le mangerai.…., à moins cependant qu’une de vous consente à devenir mon épouse, ajouta-t-il en fixant son œil terrible sur les pauvres désolées.

A ces paroles les deux sœurs se regardèrent interdites, comme pour se demander laquelle se sacrifierait. À

L'anthropophage, comprenant leurhésitation, fit une grimace épouvantable et, prenant letibia que son Compagnon avait apporté, il se mit à creuser la neige. Bientôt Eltchélékouyé-onié, violemment arraché de sa prison de neige, tombait hatelant aux pieds du monstre.

— Hou, hou! fit encore l‘horrible sauvage, voilà de la bonne viande.

.. — Oui! voilà de la bonne viande, répéta son compagnon.

— Tais-loi, interrompit le maître, celte viande n'est pas pour toi.

Le jeune homme, plus mort que vif, ne voyait ni n'entendait rien encore; il était étendu sur la neige.

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Les deux jeunes filles et leur vieille mère à ses côtés pleuraient et se lamentaient.

Le monstre aiguisait son coutelas !

Cependant Eltchélékouyé-onié commençait à reprendre ses sens... Tout à coup il ouvre les yeux... Ô surprise, Ô joie, il voit près de lui les deuxjeunes filles et la vieille Telkallé leur mère.

— Telkallé-tta, Dloune-tta-naldayié, s’écria-t-il en se redressant.

— Oui, c’est nous avec notre mère, répondirent les jeunes filles, nous te cherchions.

— Et c’est moi qui t'ai trouvé, exclama l’anthropophage avec un ricanement affreux. |

— C'est vrai, mais vous nous aviez promis de ne pas le manger.

— Oui, si une de vous consent à devenir mon épouse.

Les jeunes filles n’osèrent encore répondre.

— Oh! vous vous taisez — vous refusez, hurlalc monstre en brandissant son coutelas sur la tête du jeune homme.

— Grâce, grâce! nous vous épouserons, s’écrièrent-elles ensemble.

— Non! hurla de nouveau le sauvage. Je veux le manger... j'ai faim...

* * * Le monstre avait à peine prononcé ces cruelles paroles, qu'on entendit un cri menaçant et un battement d'ailes extraordinaire.

— OTTELL-BALLÉ! exclamèrent les deux sauvages,

et ils tombèrent à la renverse comme foudroyés. Prompt comme l'éclair, l'oiseau géant fondit sur

ait

les deux anthropophages, en saisit un de chaque patte et les enleva dans les airs.

— Mes enfants, dit alors la vieille mère, c'est Ottel-ballé, l'Esprit bon qui vient de nous sauver, faisons lui une offrande.

— Quelle offrande lui ferons-nous, notre mère? nous n’avons que notre arc et une seule flèche.

A peine avaient-elles répondu ces mots, qu’elles aperçurent un vautour qui poursuivait un petit colibri.

— Vite, mes enfants, tuez le vautour, dit la vieille.

La jeune Dloune-tta-naldayié s’empare de l’arc, ajuste la flèche, et le vautour tombe inanimé sur la neige; il était temps, le colibri ne pouvait déjà plus voler.

— Voilà l’offrande toute prête, mes enfants, dit la vieille, prenez le colibri, réchauffez-le, puis rendezlui la liberté.

Quelques instants après, un feu était allumé sur la neige glacée et Telkallé-tta et Dloune-tta-naldayié, assises autour, réchauffaient le petit colibri, tandis que leur vieille mère et le jeune Eltchélékouyé-onié attendaient le moment de l’offrande pour prononcer les paroles sacramentelles.

— Mère, est-ce le moment, le colibri agite ses petites ailes? dirent les jeunes filles.

— Alors c’est le moment, répondit la mère. Là-. chez-le. |

— Et l’oiseau s’envola en jetant un cri de joie, comme pour remercier ses sauveurs.

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— Petit oiseau, dit la vieille mère, remercie pour nous l’Esprit-Bon de nous avoir délivrés de l’Esprit- Mauvais.

— Petit oiseau, dit le jeune homme, va dire à l’Esprit-Bon de me faire retrouver mon frère.

— Petit oiseau, dirent les jeunes filles, va dire à l’Esprit-Bon de protéger celui que nous aimons.

Petit enfant qui dort. — Le vieillard. — La flèche mâle et la flèche femelle. — Désobéissance des deux sœurs. — Leur disparition. —- Douleur du jeune homme. — Otchoch-h reparait, — Mort de la vieille Telkallé. — Le fis d'Ottel-uallé.

L'offrande était faite, le feu éteint, il fallait songer à quitter ces lieux.

— Maintenant où irons-nous? dirent les jeunes filles.

— Marchons, répondit la vieille, l'Esprit qui nous protége nous guidera.

Elles marchaient depuis quelques heures déjà, quand elles se trouvèrent en face d’une tente.

Le jeune homme, qui marchait devant pour frayer le passage, écarta la peau qui couvrait l’entrée dela tente, et, à sa grande surprise, il aperçut dans un coin un pelit enfant endormi.

Il s’empressa d’ appeler ses compagnes qui furent encore plus surprises que lui.

— Petit enfant qui dors, dit la mère, où sont tes parents?

L'enfant se réveilla, étendit un de ses petits bras du côté d’où le soleil se lève, et dit :

— Là-bas! puis il se rendormit.

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— Petit enfant qui dors, dit le jeune homme, dismoi où est mon pays.

L'enfant se réveilla encore, étendit un de ses petits bras du côté où le soleil se couche, et dit:

Là-bas... et il se rendormit.

— Petit enfant qui dors, dirent les jeunes filles, où est celui qui nous protége ?

L'enfant se réveilla pour la troisième fois, et, levant ses deux petits bras au ciel, il dit:

— Là-haut!... puis il se rendormit encore.

— Ceci est une chose extraordinaire, dit la vieille Telkallé ; maïs il ne faut pas chercher à comprendre.

Et la petite caravane se remit en marche.

Les voyageurs n'avaient pas fait cent pas, qu’ils virent venir un vieillard armé d’un arc et d’un carquois plein de flèches.

— Bon vieillard, dirent-ils, aussitôt qu’ils furent en sa présence, nous venons sans doute de ta tente; c'est sans doute ton enfant que nous y avons vu endormi.

— En effet, répondit le vieillard, c’est mon enfant.

— Tu nous rendrais bien service en nous donnant quelques-unes de tes flèches, dit le jeune bomme, nous avons faim, et je voudrais tuer quelques orignaux.

— Je le veux bien, mon enfant, si tu me promets d’être fidèle aux recommandations que je te ferai.

— Jetele promets.

Le vieillard remit alors deux flèches à Eltchélékouyé-onié, en lui disant:

— Je te donne une flèche mâle et une flèche femelle; avec la flèche mâle tu frapperas l’origral mâle, et avec la flèche femelle tu frapperas sa com-

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AVENTURES DES DEUX ELTCHÉLÉKOUYÉ. 333 pagne; mais garde-toi bien de laisser toucher tes flèches aux jeunes filles. |

— Pourquoi? répondit le jeune homme.

— Îl ne faut jamais dire pourquoi, mon fils.

— Voilà que j'oublie encore la recommandation de mon grand-père, pensa Eltchélékouyé-onié.

Jl promit au vieillard d’obéir fidèlement à ses ordres, et la petite caravane se remit en route.

Pendant Iles premiers jours, ils rencontrèrent beaucoup d’orignaux; avec la flèche mâle, le jeune homme tuait l’orignal mâle, et avec la flèche femelle il tuait sa compagne. Les jeunes filles, malgré leut extrême envie de lancer des flèches, ne touchaient jamais à celles du vieillard.

Un matin les deux sœurs se réveillèrent plus vite que d’habitude, le jeune homme et la vieille mère dormaient encore; elles sortirent doucement de tente,

Le soleil pointait à peine à l’horizon et ses rayons d’or se reflétaient sur la neige glacée; dans le lointain on entendait le cri des animaux réveillés par l'aurore, et les vols de perdrix blanches commencaient à traverser l’azur des cieux.

— Comme ce pays est beau! disait Telkallé-tta à sa sœur cadette. Pourquoi ne dresserions-nous pas ici notre tente pour quelque temps? Pourquoi remonterions-nous au haut de la montagne? Pourquoi marchons-nous toujours?

— Tu sais bien, sœur, répondit Dloune-lta-naldayié, que notre mère nousa dit souvent qu'ilne fallait jamais dire POURQUOI.

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Les deux sœurs devisaient de la sorte quand deux orignaux apparurent, sur un monticule, à peu de distance de la tente ; à cet aspect, toutes deux, habituées à la chasse dès leur enfance, tressaillent du désir de les frapper.

— Tandis que le jeune homme dort, disent-elles, prenons les flèches et tuons ces originaux.

L'arc et les flèches se trouvaient suspendus à l'entrée de la tente. Sans plus de réflexions, elles écartent la peau qui en couvrait l'entrée, et, le cœur paipitant d'émotions, elles portent la main aux flèches…

Mais à peine les ont-elles touchées, que la terre

s’entr’ouvre et les deux imprudentes sont précipitées dans un abîme,

Telkallé-tta et Dloune-tta-naldayié se relevèrent toutes meurtries de leur chute. Elles se trouvaient dans une immense grolte à l’extrémité de laquelle elles apercevaient faiblement la lumière du jour.

Tout à coup elles entendirent un battement d’ailes et se senLirent saisies par les griffes d’un animal.

Cet animal était Ottel-ballé, — cette grotte était la sienne.

* * * L'oiseau enleva les jeunes sœurs, d’un vol rapide il les sortit du souterrain, et alla les déposer au milieu d’une plage déserte.

Ceci se passait vers la neuvième heure du jour.

Telkallé-tta et Dloune-tta-naldayié encore plus meurtries, presque mortes d’effroi, avaient perdu la

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jour.

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connaissance de ce qui venait de leür arriver; elles étaient étendues sur la plage, où l'oiseau les avait déposées, et s'endurmirent.

Elles sommeillaient à peine, qu’elles furent réveillées par une voix qui leur disait :

— Mes filles, vous avez été punies de votre désobéissance, mais l'Esprit vous pardonne.

Celui qui disait ces paroles était Otchoch-h le géant.

— Où sommes-nous? exclamèrent à la fois les deux sœurs, à l’aspect du géant barbu.

— Vous êtes dans la nation des Géants amis des hommes. répondit Otchoh-h. Soyez sans crainte, et suivez-moi dans ma tente, je vous donnerai à manger.

Les jeunes filles suivirent le géant en pleurant, car elles ne pouvaient se consoler d’avoir perdu celui qu’elles appelaient leur frère.

En ce moment Eltchélékouyé-onié se réveiilait, Bien surpris de la disparition des deux sœurs, il chercha quelques instants autour de la tente, mais bientôt il comprit son malheur, en voyant que les flèches n’étaieut plus à leur place. Alors il rentra dans la tente et, s’approchant de la couche où reposait la vieille Telkallé :

— Hélas ! ma mere, lui dit-il, en pleurant, tes filles auront désobéi à l'Esprit. — L'Esprit les a punies..… qu ‘allons-nous devenir? Nous n’avons plus de flèches. J'aimais tes deux filles, ma mère, je les voulais pour épouses, el maintenant qui m'aimera!... Je n’aurai jamais d’épouse et je n’ai plus de frère.

La vieille répondit :

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— Ne désespère pas, mon fils, une de mes filles sera bientôt La compagne; j'ai eu un rêve cette nuit ; l'Esprit m'a apparu et m’a montré, du côté où le soleil se couche, une belle plaine plantée de grands arbres, une belle forêt peuplée d'animaux de toute espèce, un grand lac et de nombreuses rivières remplies de beaux poissons, et l'Esprit m'a dit : — Voilà le pays que je promets à tes enfants — voilà la terre où ils iront, quand toi, leur vieille mère, tu seras venue vers moi. — T'u aimeras donc une de mes filles, mon fils, pour elle tu chasseras l’orignal dans les forêts, tu pêcheras les poissons dans les rivières — mais je te recommande de remercier le Créateur chaque matin et chaque soir. Je t’avais défendude te faire aimer de mes filles autrement que comme un frère, parce que c'était la volonté de l'Esprit : mais je vais mourir... — Espère... Mes mânes ne te quitteront pas.

— Ma mère, répondit le jeune homme, mon père m'a dit souvent que la vérité est dans la bouche de ceux qui vont mourir, je crois donc à tes paroles, et j’espèrel!.. mais, avant que ton esprit retourne au sein du Créateur, dis-moi si je retrouverai mon frère.

— Mon fils, dit Telkallé, à l’heure où je te parle, mes filles et ton frère, par des sentiers différents, marchent vers lemême but; l’Espritte dira le chemin à suivre pour y arriver toi-même. — Maintenant, voici mes dernières paroles :

« Toi, Eltchélékouyé-onié, tu seras l'époux de Telkalé-tta.

« Ton frère Eltchéiékouyé-onyim sera l'époux de Dloune-tta-naldayié.

« Et ensemble, vous irez dans le pays promis. »

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AVENTURES DES DEUX eLrenÉLÉKOUtÉ 339

sr Ainsi parla Telkallé; puis elle leva ses deux bras au ciel, et son esprit s’échappa de son cœur, comme un souffle léger.

Le jeune homme comprit que c’était par la volonté de l'Esprit, que la vieille mère mourait.... et il ne pleura pas. Alors, enveloppant sa dépouille mortelle dans des feuilles de bananier, il alla la placer au haut d’un arbre, et se coucha tristement au-dessous.

su Eltchélékouyé-onié était couché à peine, qu’il vit descendre du ciel, et s'abattre, à son côté, un gros oiseau de la forme de celui qui avait enlevé les deux anthropophages, mais beaucoup plus jeune, car ses plumes commençaient seulement à croître.

— Ne t'effraye pas, dit l’oiseau, je suis le fils d'Ottel-ballé... je viens pour te sauver.

— Hélas! répondit le jeune homme, j'ai perdu mon frère par ma désobéissance, j'ai perdu mes sœurs par ma négligence, je n'ai plus d’espoir en ce monde.

— Tu as donc déjà oublié les promesses de la vieille Telkallé, ta seconde mère? répondit l'oiseau; écoute donc, et si tu suis mes conseils, tu retrouveras ton frère, tu retrouveras tes sœurs, et tu arriveras dans le pays promis. Il y a dans le pays que tu dois habiter beaucoup de neige l'hiver, beauccup d'ombrages l’été, il y a de nombreux cours d’eau tous remplis de poissons, il y a de nombreuses forêts toutes peuplées de caribous et d’orignaux, il y a de vastes prairies, où de nombreux troupeaux de bœufs

musqués se donnent rendez-vous, il y a aussi beaucoup de castors; mais j’ai une recommandation à te faire, quand tu y seras arrivé, ne sors jamais la nuit de ta tente, et ne chasse le castor que le soleil levé.

— Pourquoi? demanda le jeune homme.

— Il ne faut jamais dire pourquoi, dit le fils d’Ottel-ballé,

Ellchélékouyé-onié commença à comprendre qu’il fallait se soumettre aveuglément aux ordres de l'Esprit.

— Je ferai ce que tu me dis, je te le promet, lil-il avec assurance.

— Puisqu'il en est ainsi, répliqua l'oiseau, placetoi sur mes ailes.

Le jeune homme obéit.

Ca * *

À l'instant, l'oiseau prit son vol, fendit l’espace, et s'éleva bien haut dans les airs.

Arrivé au séjour des nuages, il s'arrête, plane un instant au milieu de l’azur.… tout à coup il pousse un cri de joie, précipite son vol vers la terre, la terre s’entr’ouvre et le fils d’Ottel-ballé, chargé de

son précieux fardeau, plonge dans cette ouverture et disparaît.

Eltchélékouyé-onié s'était endormi sur les ailes de l'oiseau, qui un instant après le déposait doucement sur une nouvelle terre.

Dès qu’il l’eut déposé, il lui dit :

— Petit-fils d'Eltchélékouyé, réveille-toi.

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Le jeune homme sa réveilla sans trop comprendre ce qui venait de lui arriver.

— C'est ici mon pays. s’écria-t-il enfin.

— Non, répondit l'oiseau, marche du côté où le soleil se couche, jusqu’à ce que tu arrives sur les bords d’un grand lac.

Ensuite il lui présenta un petit morceau de bois qu'il tenait entre ses griffes. |

— Prends ce morceau de bois, continua le fils d’Ottel-ballé, et quand tu seras arrivé au bord du Grand-Lac, mets-le dans l’ean et attends,

— J'obéirai, répondit Eltchélékouyé-onié, qui cette fois ne demanda plus pourquoi; — et l'oiseau s envola.

Telkallé-tta et Dioune-tta naldayié quittent la tente des géants, — Le cygne blanc. — Le Grand-Lac. — La pirogue. — Les deux frères et les deux sœurs se retrouvent.

Telkallé-tta et Dloune-tta-naldayié demeuraient depuis quelque temps déjà dans la tente des géants, et elles étaient toujours bien tristes, songeant sans cesse à leur vieille mère et à celui qui était devenu leur frère.

Otchoch-h leur dit un jour:

— Mes petites amies, il est temps de partir pour aller où l'Esprit vous appelle.

— Mais nous ne savons où se trouve le pays où nous devons nous arrêter, répondirent-elles.

Le géant les prit alors dans ses grands bras, — comme quelque temps auparavant il avait pris les deux Eltchélékouyé, et, les ayant élevées bien haut, il leur dit:

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