XI
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arrive vite à n'appliquer son intelligence qu'à son intérêt. Dans la démocratie manque Tintelligence des intérêts généraux ; dans l'aristocratie manque le souci des intérêts généraux. Et obéissant à sa nature, qui est concentration du pouvoir, l'aristocratie tend à se faire de plus en plus restreinte, jusqu'à n'être plus qu'aux mains de quelques-uns, dont le plus fort l'emporte : nous voilà encore au despotisme.
Nous retournerons-nous du côté de la monarchie ? — Mais c'est le despotisme I — Non ! Non ! et Montesquieu tient à cette distinction. Pour lui la monarchie, même non parlementaire, même sans Chambres délibérantes à côté d'elle, n'est point le despotisme. Les critiques qui depuis 1789 ont étudié Montesquieu ont été surpris de cette assertion, et l'ont considérée comme une singu-. larité de son imagination. L'idée peut être une erreur ; mais elle n'est pas une nouveauté. Quand elle ne daterait pas de Bodin, elle daterait de Bossuet (i), c'est une idée commune aux publicistes de l'ancien régime qu'une mpnarchie sans dépôt des lois n'est pas pour cela une monarchie sans lois. Elle est absolue, elle n'est pas arbitraire. Elle n'est contenue par rien, mais elle doit se contenir ; elle n'est forcée d'obéir à rien, mais elle doit obéir à quelque chose. Elle a devant elle vieilles lois nationales, vieilles coutumes, antiques religions qu'elle ne doit pas enfreindre. Elle est une volonté qui doittenir compte des coutumes. Il n'y a despotisme que dans les
(1) « C'est autre chose que le gouvernement soit absolu, autre chose qu'il soit arbitraire... Outre que tout est soumis au jugement de Dieu... il y a des lois dans les Empires contre lesquelles tout ce qui se fait est nul de droit, et il y a toujours ouverture à revenir contre, ou dans d'autres occasions ou dans d'autres temps. D (Politique, VIII, 2, 1.)
pays où il n'y a ni lois, ni religion, ni honneur, ni conscience.
Mais là où la garantie de tout cela n'existe pas ? — Il y a pente au despotisme et trop grande facilité à rétablir, mais non point despotisme. Pour Montesquieu la monarchie de Louis XIV, par exemple, n'est point despotisme ; mais elle y tend.
La monarchie ne doit donc pas être repoussée à priori. Elle est très acceptable. Elle a même pour elle un singulier avantage : elle fait faire par honneur , par besoin d'être distingué duprince ce qu'on fait ailleurs par vertu. Elle supplée au civisme. Elle arrive à créer des sentiments, et des sentiments qui sont très bons : fidélité personnelle, amour pour un homme ou une famille, dont c'est la patrie qui profite. — Autant dire (ce que Montesquieu n'a pas assez dit) qu'elle fait une sorte de déviation du patriotisme, de déviation et de concentration. Celte patrie qu'on aimerait peut-être languissamment, on l'aime ardemment, et on la sert, dans cet homme qu'on voit et qui vous voit, et qui peut vous remarquer, dans cet enfant qui vous sourit, qui vous plaît par sa faiblesse, qui, homme, sera là certainement, dans vingt ans, avec une mémoire que la grande patrie n'a guère. — Mais le despotisme est la pire des choses, et il est bien vrai que la monarchie y tend très directement. Il suffît pour qu'elle y glisse, que le roi soit fort et ne soit pas très intelligent (1), qu'il soit si capricieux « qu'il croie mieux montrer sa puissance en changeant Tordre des choses qu'en le suivant... et qu'il soit plus amoureux de ses fantaisies que de ses volontés ». Gela se rencontre bien vite et est bien vite imité