‹ Dix jours dans la haute ItalieChapitre 7 sur 12 · XL VII · texte numérisé non relu

XL VII

dation impitoyable des pertes ; le calcul sé^ vère des valeurs; Tinterdiction des affaires aux administrateurs et aux employés ; le renforcement des réserves; la limitation des dividendes qu'il faut ramener à Tidéal philanthropique. Ces mots d'ordre ont été suivis par un grand nombre de sociétés, et le seront toujours davantage. Si la victoire des coopératives italiennes sur de redoutables périls persiste jusqu'au bout, il y aura eu là un épisode des plus remarquables de l'histoire du crédit coopératif dans le monde.

Mais l'enseignement des faits dépasse les questions particulières.

Comment ne pas être frappé de la vitalité que révèle un tel mouvement ? Il puise en tout des forces nouvelles, dans la vertu éducatrice des épreuves comme dans l'émulation. Les services d'ordre vraiment national qu'il rend par ses effets économiques s'élargissent singulièrement par ses effets moraux ; il fortifie toutes les formes de l'aide que la mutualité donne au peuple travailleur, il unit les éléments de la nation au lieu de les affaiblir par l'antago-

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nisme, il prépare par la paix intérieure des âmes la paix sociale.

C'est une vitalité diffuse que donne à toutes les parties d'une nation Texercice incessant de ces forces : la libre action locale, l'initiative individuelle applaudie et soutenue, Vassociation encouragée au lieu d'être entravée, la coopération créatrice du bon marché de la vie, le peu de malentendus et de divisions entre les classes, le dévouement des meilleurs et des plus heureux au devoir civique et social, le goût du progrès pratique n'excluant pas l'esprit de tradition.

Quelle vertu a notamment l'action décentralisée, toute cette activité autonome régionale, faite de droits, mais aussi de volontéd'userde ses droits, qui nous manque, et que les Français prévoyants réclament sous le nom de décentralisation, jusqu'ici, hélas ! bien en vain !

Une décentralisation saine ne cesse d'enfanter des individualités énergiques et des œuvres vigoureuses.

Une des objections les plus répandues à cette réforme dont je parlais plus haut

pour nos caisses d'épargne françaises est celle-ci : si Ton substituait le régime de liberté décentralisée au régime Ëtatiste, on ne trouverait personne dans nos provinces pour accepter les mandats gratuits et les responsabilités d'une action directe. Depuis soixante ans^ on n'a jamais manqué de ces hommes-là en Italie, pas plus, du reste, qu'en Allemagne ou en Suisse. A Bo- 4ogne, par exemple, du président initial de la Caisse d'épargne en 1837, le comte Brunetti, à celui d'aujourd'hui, le comte P. Isolani, du sénateur Bevilacqua à Téminent conseiller-directeur en exercice, M. Zucchini, les noms des plus grandes familles de la province n'ont cessé de se mêler à ceux d'une élite intellectuelle. De même à la Banque populaire, tant de beaux etforts n'eussent pas été possibles sans les hommes, toute une filiation de citoyens véritables, entraînés à Torigine par Luzzatti et qui, depuis lors, se sont heureusement recrutés, du sénateur Pizzardi, du marquis Pepoli, de M. Silvani, au président actuel le comte P. Isolani, au directeur dont l'habileté est de premier ordre, M. V. Sani. Et

Bologne n'est point un centre comme Milan ou Marseille, ni même qui égale par la population Turin ou Florence : Bologne ne dépasse guère 120,000 ou 125,000 habitants, et peut bien être prise comme un spécimen qui n'a rien d'exceptionnel. La vérité est que dans les villes moyennes, comme dans les petites (Lonigo, Udine, Imola, Asolo, Pieve di Soligo, Castelfranco, tant d'autres), le sentiment intense et Thabitude de l'autonomie locale ont produit des générations successives d'hommes soucieux du devoir civique et social, jaloux de leur initiative et en usant, dévoués à autrui, dépensant leur temps et leurs capitaux en mandats publics ou en efforts de solidarité au lieu de tout attendre d'un pouvoir central, suivis et soutenus par leurs concitoyens.

Je note d'ailleurs que dans ces mœurs de décentralisation non verbale, mais effective, rien ne ressemble aux utopies fédéralistes prêchées depuis quelque temps par certains de nos socialistes français, et qui n'est au fond, comme toujours avec eux, qu'une idée juste démarquée et gâtée, une conception vague et anarchique, dissolvant de

l'unité nationale. La décentralisation pratiquée avec une virile passion par cette race s'unit chez elle à la foi patriotique et unitaire la plus profonde.

Les vrais patriotes, ceux qui ne se payent pas de mots et ne s'entêtent pas à ignorer l'étranger, doivent chez nous y réfléchir.

Nos finances publiques, elles aussi, sont atteintes, et notre Dette est excessive; mais nous souffrons en outre d'un centralisme à outrance, du défaut d'esprit d'initiative, de l'absence de liberté d'association. Il y a cependant dans notre France des trésors de bonne volonté et de forces vives : il est temps de les réveiller. Ranimons la vie locale harmonique à la foi en la patrie, l'action locale pour pourvoir aux besoins locaux, sans l'éternel appel à l'État, au lieu de n'attacher de valeur qu'à ce qui part du centre et d'attendre de lui tout signal comme toute impulsion.

Vous le voyez, cher et illustre Maître, Je suis amené à la même conclusion que vous en 1883, avec l'affermissement de confiance que donne la sanction des faits, et peut-être n'est-ce point une déclaration inopportune

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