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et dénué du caractère commercial ; en outre^ lorsque dans les moments de difficultés ou de panique, les déposants accourent réclamer le remboursement de leurs dépôts, on n'est pas en mesure de les rembourser si Ton a un portefeuille uniquement agricole.
Ce dernier point constitue une supériorité technique des banques populaires à action agricole sur les caisses rurales, qui, dans Thypothèse d'un run aux dépôts, ne sauraient, pour les dépôts à vue ou arrivés à terme, comment se tirer d'embarras. Le portefeuille commercial savamment combiné avec l'agricole rend au contraire possibles sans danger les prêts ruraux. Cette conception juste, que vous aviez si clairement vue et démontrée, M. Luzzatti l'a traduite dans une formule saisissante en disant qu'en Italie le crédit des campagnes est sorti des villes, et en rappelant ces grands ancêtres des communes du moyen-âge qui confiaient au sol de la patrie le trésor gagné dans Tindustrie ou le négoce.
La statistique que j*ai déjà citée vous montrera dans une même banque populaire un nombre presque égal de petits commerçants
et de petits agriculteurs \ qui représente cette heureuse composition nuancée d'un portefeuille mixte. Il en va de même en Allemagne dans les associations du type Schulze- Delitzsch; M. Haentschke a justement fait remarquer que la balance entre l'offre et la demande d'argent se fait presque toujours plus rationnellement dans les coopératives qui s'adressent à toutes les catégories d'emprunteurs que dans celles qui, comme les caisses Raiffeisen, se bornent à la classe rurale.
J'arrive par ces détails de la marche du crédit coopératif rural aux caisses rurales fondées par M. L. Wollemborg sur le type Raiffeisen. La première, celle de Loreggia, date de juin 1883 : elles sont donc postérieures à votre voyage. J'en visitai plusieurs en 1890 et les ai décrites. Il ne peut être question d'une concurrence entre elles et les banques Luzzatti, car elles répondent à un objet diffé-
< Dans les banques populaires italiennes le nombre des associés petits agriculteurs représente environ 24 p* 100, celui des petits industriels oscille entre 25 et 27 p. 100) celui des paysans journaliers est de 4.66 p. 100 et s'accroît ; il y a une grande ana- (ogie avec la clientèle des coopératives Bchulze - Delitzsch B4.5 p. 100 de petits agriculteurs et paysans contre 31.6 pé 100 de petits industriels et ouvriers) .
rent, bien plus restreint et plus modeste, un crédit élémentaire, pour d'humbles besoins, dans de très petites localités où elles refoulent r usure. Je reprocherais à leurs partisans, comme je Tai fait en 1890 avec d'autant plus d'impartialité que je rendais vivement justice à leur rôle utile, de vouloir exagérer ce rôle, de décrier d'autres institutions, de se montrer (comme en France certains adeptes des caisses RaifTeisen) exclusifs en une matière où la libre variété des formes est seule vraie .
Tandis que les associations Luzzatti continuaient de grandir, les caisses WoUemborg semblent enrayées dans leur développement par la déviation confessionnelle dont j'ai déjà dit un mot. Il existe depuis assez longtemps de 48 à 50 caisses WoUemborg ; elles ont tenu en septembre dernier un premier congrès à Cuneo. Des caisses rurales dites catholiques ont poussé de tous côtés depuis trois ans :
rien qu'en 1895, il s'en est créé plus de 150.
Il est inutile d'insister sur l'erreur de cette dénaturation de Tidée coopérative, comme sur les inconvénients qui en résultent pour la paix civile, pour l'union sociale.
pour une pratique saine de la coopération, pour Fesprit religieux lui-même. Les prêtres catholiques de la Vénétie avaient pris dès Forigine une part intelligente et généreuse à la diffusion des caisses rurales : pourquoi les faire sortir de ce rôle juste, et si profitable à leur prestige moral* ? Par elle-même, la coopération est une école de vertus, prévoyance, sacrifice, amour mutuel : la subordonner à des fins qui sont en dehors et au-dessus d'elle est une faute. Œuvre économique, il n'est bon ni de la fonder sur des bases mystiques, ni de renfermer entre croyants d'une église : sa nature est d'être ouverte à tous sans autre condition que l'honnêteté et le travail. Les promoteurs des caisses catholiques exigent, même dans les statuts, un acte confessionnel, en font dépendre la dispensation du crédit, placent dans le clergé le pivot de mécanismes finan* ciers : autant de dangers, les mêmes que si Ton inféodait la coopération à un parti poli-
^ Rapprocher par exemple les polémiques violentes soulevées autour du promoteur des caisses rurales confessionnelles de la gratitude qui entoure l'initiateur des Laiteries sociales, don della Lucia, béni de tous dans sa paroisse et au loin : avait-il fait, celui-là, de la coopération confessionnelle ?
tique, et plus graves en ce qu'un intérêt moral plus élevé peut être compromis.
Qu'importe qu'on réussisse à entraîner dans cette voie, par leur sincérité même, de nombreux dévouements? Plus il s'étendra, plus le fait sera inquiétant pour les esprits réfléchis*. La meilleure et la plus irrécusable preuve de l'altération qu'il apporte à l'activité coopérative est dans les immédiates dissensions qu'il a fait succéder à la tolérance mutuelle jusqu'alors générale, et dans les accusations outrageantes, absurdes, d'athéisme ou de franc-maçonnerie dirigées par les guides du mouvement contre les hommes du plus haut sentiment religieux dès que ceux-ci ont résisté.
Les polémiques et les divisions qui ne pouvaient manquer de naître sur la nature de cette conception, sur les conséquences qui en résulteraient, sur l'aide que les institutions existantes feraient bien ou non de fournir aux nouvelles, se sont compliquées en Italie des passions politiques par-
* La même observation est vraie en France^ où une entre^ prise analogue fait grand bruit du nombre de créations qui sont d'ailleurs surtout sur le papier, et a pris aussi une atlitude agressive.
ticulières qui se meuvent autour de la cause de l'unité. La question a été portée Tan dernier au congrès de Bologne. C'était, pour une réunion aussi nombreuse, aussi vivante, une controverse grave et délicate.
Je n'ai jamais vu plus intéressant et plus beau spectacle que celui d'une vaste assemblée si diverse, où toutes les opinions s'étaient exprimées dans un ardent débat, ramenée par Luzzatti, grâce au seul ascendant des plus hautes pensées et d'une admirable puissance de parole, à la vérité supérieure; affirmant le principe que mieux vaut pour les institutions de prévoyance s'abstenir de toute préférence politique ou religieuse dans leur fonctionnement, cardes préférences de cet ordre peuvent affaiblir le critérium sain de la rectitude économique et finir par nuire à la solidité des institutions; montrant dans leurs conseils d'administration et parmi leurs sociétaires des hommes des convictions les plus différentes rapprochés dans la pensée du bien commun ; ne demandant à personne rien que la preuve de la probité et du travail; mais repoussant avec un noble courage toute
suggestion d'entraver les coopératives confessionnelles, et ne faisant appel qu'à la plus généreuse concurrence du bien, à de nouveaux efforts pour le progrès du peuple urbain ou rural.
Jusqu'à présent, en tout cas, il est à noter que les banques populaires Luzzatti n'ont pas été entamées dans leur développement par la déviation confessionnelle.
Avant de finir, je tiens à répondre à une dernière interrogation intéressante. Avec le scrupule des nobles esprits toujours soucieux de serrer le vrai de plus près, vous vous demandez, depuis les revers du Banco de Naples, si vous fûtes en 1883 trop enthousiaste de ces grandes institutions sans actionnaires ou à petit nombre d'actionnaires, qui ont pour bases l'absence de gain et le recrutement par cooptation, à Naples le Banco, à Milan et à Bologne les caisses d'épargne.
Les caisses d'épargne de Milan et de Bologne ont prospéré et grandi dans une mesure
extraordinaire. Le Banco cîeNaples est tombé très bas.
Pourquoi? La raison en apparaît avec certitude.
A Milan et à Bologne, nous trouvons le dévouement désintéressé et incessant au bien général, l'honnêteté native des hommes publics qui ne permettrait pas de détourner un centime d'institutions d'utilité sociale, l'éveil et la saine excitation d'une opinion virile qui ne réclame les ressources que pour accroître la production régionale ;
A Naples, la prédominance des clientèles locales et des intérêts locaux, le défaut de contrôle de l'opinion, l'absence d'une véritable production économique, l'action débilitante de politiciens à moralité relâchée qui ont puisé dans la banque.
Pour m'en tenir à un exemple caractéristique, la Caisse d'épargne de Milan est administrée gratuitement, quoiqu'elle représente, tout compris, une gestion de 700 millions, et des hommes tels que le sénateur comte Annoni, qui la préside, y recherchent des satisfactions morales, sans ombre de profit. Au Banco de Naples, Tadminis-
tration n'est point gratuite; et jusqu'à la récente réorganisation, la direction appartenait à une espèce de petit Parlement, où toutes les provinces, toutes les chambres de commerce des régions à agences, envoyaient des délégués avec prépondérance de ceux de Naples et de Bari, c'est-à-dire qu'on vivait sous un système offrant tous les vices des parlements. On a réduit le nombre des délégués, donné la prévalence à l'élément gouvernemental sur Télectif, interdit les prélèvements de bénéfices pour œuvres de bienfaisance jusqu'à reconstitution du capital perdu.
L'absence d'actionnaires n'est pour rien dans les fautes du Banco. Vous en aviez, je pense, l'intuition, en me citant cette banque Schulze-Delitzsch de Weimar, où les directeurs, d'après M. Wolff, se prêtaient de l'argent à eux-mêmes, encore qu'elle ne fût nullement un corps moral sans actions ni dividendes.
Ce n'est pas le régime organique de ce que vous avez appelé les Fondations qui explique la diversité de leur destinée : c'est la différence de l'esprit qui les a animées.
Les faits ont justifié vos vues de 1883 :
voilà ce que je me considère comme autorisé à dire au terme de cette esquisse rapide, mais que j'ai tâché de faire précise. Le lecteur qui aura relu vos pages attachantes, s'il veut bien se reporter à Texposé de ce qui a suivi, ne pourra que constater l'exactitude d'opinions dont la clairvoyance ressort d'autant mieux qu'elles furent autrefois exprimées avec plus de réserve, et c'est par là que sera utile la comparaison dont vous m'avez manifesté le désir. Je n'aperçois, en somme, aucun point que les événements n'aient vérifié : depuis les exemples choisis jusqu'aux idées d'ensemble, la fécondité des initiatives individuelles et de l'action locale, la sûreté et les fruits du libre emploi des épargnes populaires, les bienfaits de la coopération de crédit urbain et rural, l'importance encore accrue depuis lors du crédit agricole, surtout personnel, les vraies et les fausses méthodes pour l'appliquer.
Et la confirmation de tout cela s'est sin-
gulièrement fortifiée des épreuves anormales par lesquelles a passé le pays qui avait fait l'objet de votre étude.
Quels enseignements pouvons-nous tirer de cette expérience ? C'est le dernier point de votre questionnaire.
Sur les questions particulières, ils se dégagent d'eux-mêmes.
Au régime d'emploi de nos caisses d'épargne, organes indirects d'État, asservis à l'adduction forcée de leurs ressources dans une caisse centralisante et d'État tenue ellemême (ou à peu près) de tout absorber dans la Dette d'Etat, combien apparaît supérieure l'organisation en vertu de laquelle les caisses d'épargne emploient avec indépendance leurs fonds sur place, au lieu où l'épargne s'est formée, au profit de la production ambiante, et en outre restituent une large part des bénéfices de leur gestion désintéressée au peuple laborieux sous forme de mille services pratiques! Ce système de libre em-
ploi décentralisé, qui ne diffère point d'ailleurs, quant à l'essence, de celui de l'Allemagne, des nations Scandinaves, de l'Autriche-Hongrie, de la Suisse, que nous travaillons à conquérir morceau par morceau depuis dix ans par une réforme sérieuse, celle-là, et non de mots, tout nous conseille d'en poursuivre de plus on plus la conquête, surtout dans un pays où la Dette d'État dépasse 31 milliards, où la transformation constante des épargnes populai res en rentes de plus en plus convertissables facilite l'accroissement silencieux et sans terme de ce passif gigantesque, où il devient insensé de continuer à convertir de la dette perpétuelle en dette exigible à vue.
Qu'on songe au contraire au soulagement qu'apporterait à l'Etat et à tout ce que pourrait produire d'utile la déconcentration des épargnes par la liberté locale au profit de l'action locale !
Pour la coopération de crédit, à quoi pouvons-nous attribuer la tenue des associations italiennes de crédit populaire pendant la tourmente qui a emporté tant d'institutions de crédit ordinaire? A la supériorité
de ces principes : extrême fractionnement des opérations et préférence donnée aux plus modestes, éloignement des spéculations, modération des gains, désintéressement de la gestion. Partout où ces principes ont été observés, ils ont assuré le salut . Là où il y a eu des chutes, c'est qu'on les avait enfreints. Et à quoi est due la tenace ardeur qui a empêché qu'on ne s'effrayât ou qu'on ne s'abandonnât? A l'énergique ressort du sentiment local, fruit de la décentralisation économique : spectacle dont notre patriotisme doit faire son profit pour cette France livrée à une concentration excessive des épargnes et des activités. Comment enfin s'explique la rapide résolution que nous avons constatée de recueillement et de réformes? Par la belle campagne qu'a poursuivie M. Luzzatti, et Tintelligente déférence qui a fait la discipline autour de ce guide sûr.
Par son périodique CredUo e Cooperazione, par des conférences et des discours en toute occasion, par des interventions et des conseils de toute sorte, il a donné pour mots d'ordre aux coopératives la prudence, la prudence et encore la prudence ; la liqui-