‹ Dix jours de 1830 souvenirs de la dernière révolutionChapitre 1 sur 10 · DE LA SECONDE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA SECONDE ÉDITION

Lorsque je me décidai à publier ces souvenirs de notre courte révolution , j’avais en vue de mettre les lecteurs impartiaux et de bonne foi à môme de juger quelle avait été notre conduite militaire pendant le cours des désastreux évènemens dont les conséquences pèsent aujourd’hui , d une manière si fatale , sur les destinées de notre belle patrie : c’étaient des matériaux que je cherchais à réunir pour l’historien obligé de puiser à toutes les sources. Je dois le dire aussi , le désir que j’avais de venger l’élite de 1 armée des lâches ou absurdes imputations auxquelles on avait un moment voulu la rendre en butte, m’ayant porté à recueillir un grand nombre de faits dont j’avais été témoin , et qui tous , plus ou moins , viennent prouver l’esprit de modération dont la Garde n’a cessé de se montrer animee pendant la pénible lutte qu’elle a eu à soutenir ; j ai cru que je pouvais encore intéresser par un récit fidèle de ce que j’avais vu. Déjà loin des journées de juillet , et s^ns cesse ému par les nouvelles catastrophes qui sont venues tour atour fatiguer son attention , jepouvais craindre que le public auquel je m’adressais, ne parcourût qu’avec indifférence cet album de nos derniers malheurs ; mais 1 accueil que vient d obtenir la première édition , me fait voir qu a mesure que l’enthousiasme factice qu’était parvenu a exciter , dans les premiers momens , la plupart des relations populaires , décline et s’éteint , la raison nous permet aussi d’élever la voix avec quelque faveur parmi nos opposans , et de nous en faire entendre.

Ainsi , profitant de cette position avantageuse, j’aurais

pu , en faisant paraître une nouvelle édition de mon ou-, vrage , former un récit plus complet , et insérer une grande quantité d’ora dit populaires ou militaires ; mais ces relations , faites après coup , ne pourraient entrer convenablement dans le cadre que je me suis tracé. Je m’en abstiendrai donc , ne pouvant en garantir l’authenticité, et resterai fidèle à mon but de raconter ce que j’ai recueilli moi-môme alors, et de peindre de mon mieux les scènes déplorables dont j’ai été témoin. La position de celui qui raconte influe nécessairement sur les jugemens qu'il porte et sur ses opinions , comme celle du peintre influe sur l’image du site reproduit par ses pinceaux. Voilà pourquoi , avant de commencer mon récit , je m’étais permis de rappeler au lecteur ma position particulière.

J’aurais bien pu encore , il est vrai , d’après ce qui s’est passé au mois de décembre , revenir sur la composition des masses qui ont combattu en juillet , et je crois qu’à l’exception des jeunes chefs , j’aurais été forcé , en dépit d’une autorité très populaire , celle du héros des Deux- Mondes, de reconnaître, à la parodie de décembre, les braves des premières barricades. Je pourrais m’étonner de voir aujourd’hui presque maltraités les véritables héros de juillet, et renvoyer sur leurs bancs ceux que l’on a si fort encouragés à les quitter , pour conserver la tôte de tant de gens qui la cachaient alors et la portent si haut aujourd’hui. Je pourrais enfin, au rôle de narrateur joindre celui de critique ; mais comme les faits seuls doivent parler > et parler plus haut que les raisonnemens , je crois que cela pourrait nuire à la confiance que j'ai cherché a mériter , et à la bonne foi avec laquelle j’ai retracé la plupart des faits vus par moi et bien observés. Ainsi, a 1 exception de quelques particularités que j’avais pensé devoir omettre

«lans la première édition , l’ouvrage que je soumets de nouveau au jugement du public , est tel qu’il a déjà pru.

Je profiterai seulement de l’accueil que ces notes ont trouvé , pour appeler l’attention du lecteur sur un point de quelque importance pour de braves officiers, celui de la défense des droits de la Garde Royale , si violemment méconnus. Je serais heureux, que parmi ceux que mes souvenirs peuvent intéresser , il se trouvât quelque député, ami impartial , mais ardent de la légalité , qui se décidât un jour à embrasser la défense de notre cause, et voulût bien la soutenir à la tribune. Et pourquoi, à l’exemple «le tant d honorables , qui pendant huit ans , se sont plu à protéger de leur éloquence les réclamations du colonel Simon -Lorière , ne se porterait- il pas le défenseur de pétitionnaires officiers de l’ex-Garde? Pourquoi , au moment où une loi nouvelle est proposée aux Chamlnes , laquelle diminue le temps d’ancienneté nécessaire pour passer d’un grade à un autre, pourquoi, au moment où tant d officiers sont rappelés sous les drapeaux , ne ' iendrait-il pas s élever contre l’effet rétroactif qu’on applique à une ordonnance qui prive des officiers restés fidèles à leurs sermens militaires , et qui n’ont su que remplir leurs devoirs , d’une ancienneté qui les empêche de pouvoir concourir avec avantage avec leurs anciens ou leurs nouveaux camarades de l’armée? Est- il donc juste que ceux-là surtout , cpii n’ont ni parens ni amis auprès de Messieurs les Ministres, ni moyens d’existence autre que leur noble état , se voient encore les plus maltraites? N est-d pas curieux de voir une ordonnance , faite pour satisfaire aux exigcanccs du jour, sacrifier, dans 1 ex-Garde , les officiers soi-disant les plus populaires ; puisque ceux qui n’avaient aucune aisance , ceux qui ne

pouvaient se résoudre à accepter les dégoûts , les tracas et les privations de la demi-solde , ont justement plus

perdu que les autres? (i)

« Réparez les torts qui nous ont été faits, » pourrionsnous dire aux députés de la France , si la plainte était permise , et si la voie hiérarchique ne devait nécessairement faire parvenir , sous peine de défaveur ou de punition , au Ministre , les plaintes contre le Ministre. Que de raisons n’aurions-nous pas à faire valoir, nous qui sommes restés fidèles à Charles X malheureux , en voyant que les plus fermes soutiens de la nouvelle monarchie sont en grande partie, et les anciens amis de Napoléon heureux , et des Bourbons ! Nos sermens , qui n’ont point été violés , pourraient être comptés pour quelque chose , et cette raison devrait empêcher que nos droits ne fussent pas comptés pour rien. Enfin , que d’argumens eu faveur d’un corps qui faisait l’objet de l'admiration des étrangers par sa composition , comme il était celui de l’émulation de toute l’armée , dont il formait l’élite ! Mais , en attendant que la tribune généreuse retentisse des justes réclamations de l’ex-Garde Royale , le seul espoir des officiers qui en faisaient partie , est que la vérité sur leur conduite soit bien connue ; je m’estimerai heureux, si j’ai pu y contribuer par le récit que j’ai tracé.

(t) Voir l'ordonnance du licenciement , qui prescrit que ceux des officiers qui reprendront de suite du service , perdront complètement le grade supérieur.

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