DE LA PREMIÈRE ÉDITION
En retraçant les faits dont j’ai été témoin pendant les derniers jours du règne de Charles X , je ne prétends pas même ébaucher des Mémoires. Le hasard m’ayant placé près de plusieurs chefs militaires pendant le combat, ayant suivi le gouvernement royal jusqu’à sa dissolution complète à Rambouillet, je puis, en recueillant mes souvenirs, raconter ce que nous avons vu et éprouvé pcndaiit cette agonie de six jours de la monarchie. Peut-être fournirai-je ainsi des matériaux à l’historien qui, voulant puiser à toutes les sources, saura se placer en dehors du prestige dont des écrivains contemporains et passionnés environnent ce que l’on est aujourd'hui convenu d’appelerla glorieuse semaine et les immortelles journées.
Sans doute la postérité la plus reculée redira comment, en trois jours, s’est écroulé le beau trône de France, et le souvenir de cette catastrophe sera immortel. Mais à côté de tous ces éloges pompeux, qu’il nous soit au moins permis d’exposer les faits sous un autre point de vue, et de dire notre opinion sur les acteurs passifs de ces combats si vaulés.
Sous-lieutenant dans la Garde, je n’y étais eutré qu’après quatre ans de service dans un régiment d’infanterie de ligne. La Garde, corps d’élite , n’était pas, ainsi que beaucoup de personnes mal instruites l'ont cru, uu corps privilégié : car, sans opposer en su faveur l'existeuce daus les régimens de ligne des compagnies d'élite privilégiées, sans rappeler la formation des corps d’élite à toutes les époques où l’on a voulu composer l’armée pour la vic-
;( io )
toire, il est bon d’apprendre ù ceux <pii nous croyaient les partisans absolus du privilège, que, dans la Garde comme partout, l’avancement dévolu aux sous-officiers était consacre'. Ainsi un capitaine et plusieurs lieutenans de notre régiment étaient sortis de nos sous -officiers ; et, pour fairevoir quedes émigrés, des xoldals de Cob/entz n’étaient pas nos chefs préférés, je citerai encore mon régiment, dont le colonel , le lieutenant-colonel , et deux chefs des bataillons qui ont combattu à Paris avaient fait partie , en i8l5, de l’armée de la Loire, toujours fidèles au drapeau !
Ainsi je ne devais ni à des faveurs, ni à des protections de cour mon grade d’ailleurs peu éminent ; mes opinions librement professées étaient constitutionnelles, et tout entier à mon état dont je connaissais les devoirs, je cherchais à répandre le bienfait d’une instruction spéciale et nécessaire sur un certain nombre de sous-officiers et soldats confiés à cet effet aux soins de quelques-uns de mes camarades et aux miens. Cultivant les arts avec ardeur , je me trouvais lié avec une partie de la jeunesse parisienne, partageant ses travaux, ses utopies; soldat, je l’ai Combattue ! Je crois donc pouvoir dire aujourd’hui ce que nous avons éprouvé au moment de la publication des ordonnances. En apprenant les sensations cruelles que tant d’accidens imprévus, que tant de fautes sans cesse renouvelées causaient en nous, on jugera combien peu sont fondés les reproches qu’ou nous fait sur nos cruautés et «* notre fanatisme.