UNE JOURNEE AUTOUR DE GORITZ IO
un haut mur, la montagne, tantôt à pic sur le fleuve, tantôt à quelques kilomètres en arrière. Où qu'on veuille franchir l'isonzo, on rencontre cette barrière, très haute, escarpée, imposante. La forteresse pourtant a une porte, la vallée de Vipacco. C'est là qu'est Goritz, Gorizia, comme disent nos amis. Mais pour garder cette porte, la nature s'est faite complice des Autrichiens ; elle a placé en avant les brusques hauteurs du Podgora, auxquelles s'attachent un fouillis de collines, puis le mont Sabotino, sombre imposant. Tout ce système de crêtes, j'allais dire tout ce cortèi^e de duègnes, est armé à outrance et surveille l'horizon.
Aussi que de précautions dans nos approches ! A travers ce charmant Frioul, radieux de soleil et de pluies
printanières, nous sommes allés de villa en villa rejoindre des chefs qui nous menaient dans leurs observatoires, d'où nous apercevions, toujours par des judas, en écartant des roses et des jasmins, quelque nouvel aspect de la ville désirée.
Mais je perds le ton d'un récit de guerre. C'est la faute de ces pays d'enchantement. Appliquons-nous à prendre une manière plus desséchée.
En quittant Udine, le matin du i5 mai, nous avons d'abord traversé Cividale où, sur la haute rive du Natisone, repose, dans une position sauvage, une petite salle byzantine, toute précieuse, dont la partie basse est boisée en style rococo. C'est absurde, et c'est d'une grâce ! J'admire les Italiens de respecter ces assemblages que les siècles ont composés au mépris de