UNE JOURNEE AUTOUR DE GORITZ I OQ
toute logique et qu'il serait déraisonnable de vouloir ramener à l'unité de style. Je les admire, je les envie, je les propose en modèle. Aucun d'eux, jamais, fût-ce d'un souffle, n'a détérioré la parure de son pays. Quand je vois avec quelle intelligence, sans rien de trop, en laissant à la beauté toute simplicité et familiarité, l'Italie préserve les monuments de son génie religieux, je songe avec horreur aux méchants que je n'ai pu convaincre d'épargner les petites églises de France.
Le sens de l'art décoratif est répandu chez les Italiens avec une prodigalité dont nous n'avons en France aucune idée. Je m'en suis assuréen visitant les divers chefs de leur armée. De même que chez nous les états-majors habitent souvent des châteaux de village, leurs généraux sont amenés à se loger dans
les plus agréables villas du pays vénitien, et ainsi, sans m'écarter du programme qui m'était tracé, j'ai pu étudier cequisubsiste descassines italiques et de leurs délices. « Et là je trouvai les plus beaux lieux du monde, belles galeries, belles prairies, force vignes et une infinité de cassines à la mode italique par les champs plein de délices. » Ainsi parle Rabelais. Il semble définir le pays de Goritz.
Près d'Ipplis, le général Garioni habite au milieu d'un parc une petite maison dont les chambres sont ornées de fresques encadrées dans des stucs, les parquets peints et les plafonds formés de poutres apparentes. Des arbres parfumés s'inclinent sur une terrasse où l'on voudrait relire l'Arioste. C'est un séjour, comme ceux que le poète remplit de fées et de chevaliers, mais les