LE LAC DE MISURINA I
leure prise sur la pierre. Ce fut un long grimpement sur les neiges, dans un labyrinthe de pierre et de glaces. Divisés en grosses patrouilles, les Italiens enveloppèrent laCresta Bianca. A peine les Autrichiens surpris eurent-ils ouvert le ieu sur les plus proches, la fusillade les cerna de partout.
Voilà l'épisode fameux de la prise du Monte-Cristallo, tel que le rapporte Barzini. Prenez-le comme type d'une série indéfinie d'exploits tout semblables ; escalade du col Rosa, du iMonte- Piana...Mais quand nous connaîtrions tousces« jours degloire», pour bien apprécier l'effort de ces soldats, il nous resterait encore à nous représenter l'ordinaire de leur vie glaciale, au milieu des tourmentes de neige, dans les abris des rochers, au-dessus des abîmes, ravitaillés à des mois d'intervalle...
En regardant le silence prodigieux y de la vallée mélancolique où repose ^ sous le brouillard le lac de Misurina, j'avais peine à donner un sens à cette rumeur sourde d'artillerie qui nous venait des hautes cimes neigeuses. De même dans les vallées d'Alsace ou bien à ces altitudes de i.3oo mètres, à deux pas de ces noms qui sentent la mort, le Vieil-Armand, le Linge, nous commettions bien involontairement l'impiété de ne plus voir la guerre. Guerre d'usure, guerre invisible ! Combien, sur toutes les parties du front, le soldat anglais, russe, belge, serbe, italien, français est obligé de fournir des efforts supérieurs à ceux de ses plus glorieux anciens 1 Où est le temps que Lodi, Castiglione, Arcole, Rivoli ouvraient les Alpes de Garnie et de Styrie et menaient les avant-gardes du général Bo-