LE LAC DE MISURINA
et de glaces. L'épisode le plus fameux, c'est la prise du Monte-Cristallo.
Les officiers italiens me l'ont racontée en face même des hauts murs coupés à pic et chargés de neiges éternelles.
Un prêtre du pays qui avait soigné làhaut des blessés amis et ennemis, confirmait les détails.
Les Autrichiens occupaient le Monte- Cristallo, d'où l'on domine la conque d'Ampezzo et toute la vallée du Felizon, et ils allaient y monter de l'artillerie. De toute urgence, il fallait les expulser. Maiscomment escalader ces quinze cents mètres de parois verticales ?
Un officier, alpiniste très connu, s'en chargea. Il choisit ses hommes dans tous les régiments. Un beau soir, les voilà qui partent munis de centaines de mètres de cordes, de crampons, d'instruments à forer les rochers. Pen-
dant sept jours, on vit une chaîne de petits points gris, une chaîne d'hommes qui travaillaient suspendus au long de l'immense muraille. Ils plantaient des anneaux dans la pierre, attachaient des cordes, enfonçaient des pointes de fer là où manquait une saillie pour y poser le pied. Les travailleurs alpins se relayaient. Derrière eux, les soldats s'exerçaient à pratiquer le chemin, pour le bien connaître, degré par degré. Chaque jour l'escalade atteignait un peu plus haut. Enfin les premières crêtes furent atteintes à i.ooo mètres au-dessus de la vallée. On tirait parti des « canaloni » (canaux, cheminées), des fissures, des corniches... Un soir, l'escalade définitive fut donnée. Les soldats avaient des espadrilles de corde, pour ne pas donner l'éveil à l'ennemi par le bruit de leurs pas, et pour avoir meil-