UN VOL SUR VENISE I
prit, sort avec majesté de sa haute cathédrale. Quelle grâce, quel désir de l'espace ! « En route ! » dit le jeune officier, et déjà nous glissons à une hauteur de deux cents mètres, avec une vitesse de 64 kilomètres.
Voici la ville toute nette, ses îles, ses îlots, la mer, et notre ombre comme un gros poisson nous suit dans les eaux.
Venise, trésor glorieux, occupe le centre d'espaces ensoleillés par le couchant et qu'entoure la brume. Repos charmant de la ville bleue et rose, douce comme un duvet d'oiseau, au milieu de sa lagune laiteuse. Quel malheur d'être, sur cette tranquillité, un oiseau si bruyant!
Je respire Tair marin, l'air des cimes, et puis l'émerv^eillement des féeries.
Nous passons au-dessus du jardin que j'avais tant aimé la veille.
Parmi cinquante manuscrits, sous la
lyS DIX JOURS EN ITALIE
poussière d'avant la guerre, j'ai un vieux travail imparfait sur les jardins de Venise. Quelle enquête j'avais faite pour les dénombrer : celui de la Giudecca plein de roses ; celui non loin de la gare, celui... Mais, laissons; livronsnous au plaisir présent, au plaisir de prendre une intelligence parfaite des formes de Venise, de son grand canal qui serpente et de toute la résille de ses moindres canaux. Mon regard plonge émerveillé à travers les rayons du soleil et les vapeurs de l'eau dans la place Saint-Marc et dans les diverses coupures au fond desquelles s'agite le charmant petit peuple. Venise elle-même, dans cette immensité claire, semble une fragile créature dont je crois sentir la respiration, la palpitation délicate.
Mais déjà c'est fini de goûter le plaisir des oiseaux. La prairie a réapparu. Des