PROCÉDÉS MODERNES. 6BLATIN0BR0 MURE
solution bouillante de potasse, puis dans l'eau d'où ils sortent absolument propres : de cette façon, quatre hommes parviennent à laver 4000 mètres carrés de verres dans une journée.
L'émuision est préparée, suivant des formules particulières, dans un laboratoire éclairé par des lanternes munies d'un double verre jaune dépoli et vert cathédrale, tandis que les émulsions spéciales aux plaques orthochromatiques sont faites à la lumière rouge très faible.
•L'émuision lavée et filtrée est abandonnée pendant plusieurs jours dans des vases de porcelaine; là elle mûrit et acquiert la sensibilité voulue; elle est soumise chaque jour à des essais et, lorsqu'elle est en état, on la porte à l'atelier de coulage.
L'opération du coulage se fait automatiquement, seul moyen d'obtenir des couches parfaitement égales d'épaisseur; les verres sont placés sur une toile sans fin et entraînés sous une auge à fente étroite qui dépose à leur surface l'émuision chaude et convenablement liquéfiée; de là les plaques couchées passent dans un long tunnel de 17™ de long et entouré de glace, de façon à obtenir une coagulation rapide de la gélatine. A la sortie du tunnel, elles sont prises par des ouvrières et portées aux chambres de séchage. Cellesci sont traversées par de l'air sec et débarrassé de toutes poussières par des filtres de coton cardé; une machine à vapeur y entretient constamment un courant d'air régulier. Lorsque les bandes sont sèches, elles sont découpées" au calibre et empaquetées.
Dans tous ces ateliers, on évite avec le plus grand soin toutes les poussières, causes de taches et d'accidents de toutes sortes, grâce aux microbes qu'elles transportent et qui ne manqueraient pas de pulluler à la surface des plaques couvertes de gélatine, milieu de culture par excellence. Aussi les jupes sont-elles proscrites des ateliers Lumière et remplacées par des culottes en tussor soigneusement battues et aseptisées tous les jours. L'usine occupe actuellement quatre cents ouvriers ou ouvrières ; elle possède 300 chevaux-vapeur qui actionnent les moteurs et les dynamos qui fournissent de la lumière aux lampes.
On emploie 600 ''g d'émulsion par jour, trois barriques bordelaises! qui donnent 60000 plaques, pouvant couvrir une surface de deux hectares et demi ; et cependant ces messieurs considèrent cette production quotidienne comme insuffisante et agrandissent encore leur usine.
Les affaires de cette maison dépassent aujourd'hui le chiffre de 8 millions par an : vous pouvez voir par là quelle est l'importance en France de Tindustrie photographique, car les autres branches qui s'occupent de la fabrication des appareils ou de produits sont en rapport avec la fabrication des plaques.
Mais, à côté de l'usine de MM. Lumière, nous avons encore à signaler les importantes fabriques de M. Guilleminot, de M. Jougla, à Paris, et celles de M. Perron, à Mâcon, Saint-Clair, à Bordeaux, qui livrent également au commerce de nombreuses et bonnes plaques.
Chacune de ces maisons fabrique des plaques de
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sensibilité différente, désignées et distinguées par la couleur des étiquettes :
Lumière : rouge, jaune, bleue.
Jouqla : orange, jaune, verte.
Guilleminoty \
Perron, > une seule sensibilité.
Saint-Clair, )
En outre, MM. Lumière, Jougla et Perron fabriquent des plaques sensibles aux rayons colorés, dites orthochromatiques f et MM. Lumière et Jougla, des plaques spéciales pour les rayons X.
A l'étranger, il existe de nombreuses fabriques de plaques; mais elles n'ont aucune supériorité sur les nôtres. Il n*y a donc aucune raison pour nous d'aller chercher au dehors ce que nous trouvons en France, dans les meilleures conditions possibles.
Emploi des plaques an gélatinobromure.
Nous avons donc en main de bonnes plaques, il nous reste à examiner comment nous devons nous en servir.
Dans le laboratoire et à la lumière rouge ou verte, la plaque est retirée de sa boîte, la surface couverte de gélatine soigneusement époussetée, au blaireau ou mieux à la balayette de velours, placée dans le châssis et portée à la machine.
Si vous employez les châssis à rideaux, vous pouvez, à la rigueur, vous passer du voile noir; dans le cas contraire, châssis à volets, ouvrez celui-ci sous le voile noir, sinon vous aurez des coups de jour.
Pose. — Vous faites poser alors votre plaque le temps voulu, et cette appréciation du temps de pose est une des choses les plus difficiles à bien connaître : sa durée dépend de la nature des plaques ( marque rouge, jaune ou bleue); de l'éclat de la lumière, soleil ou lumière diffuse, heure de la journée; de l'objectif, simple ou double, aplanat ou anastigmat; enfin, de la grandeur du diaphragme. Nous étudierons cette question en détail en vous parlant du travail sur le terrain; aujourd'hui, nous nous limiterons aux manipulations proprement dites.
La pose effectuée, nous rapportons la plaque dans le laboratoire pour la soumettre aux bains de développement et de fixage.
Développement. — Dans les commencements du gélatinobromure, on ne connaissait qu'un bain de développement, celui à l'oxalate de fer. Il donnait de bons résultats, mais demandait des poses rigoureusement exactes; il manquait de souplesse; enfin il était insuffisant pour les instantanés. Cependant, pour les paysages posés, pour le portrait à Tatelier, il est excellent. Voici la formule à employer :
A. Eau 100"
Oxalate de potasse 30 s'
B. Eau 100"
Sulfate de fer 30k'
Acide sulfurique quelques gouttes.
Au moment de se servir de cette solution, on mé-
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langeait 3 parties de A et 1 de B, plus quelques gouttes de bromure de potassium à 10 pour 100; celui-ci était destiné à ralentir le développement et à le corriger dans le cas d'un excès de pose.
L'oxalate de fer fut abandonné et remplacé par Tacide pyrogallique additionné d'ammoniaque, mais il était difficile d'éviter une coloration jaune des clichés.
A Tammouiaque on substitua le carbonate de soude, et, pour éviter la coloration trop rapide du bain, on fit usage du sulfite de soude. La formule suivante est excellente :
A. Eau 100"
Sulfite de soude cristallisé 30 s*
Acide pyrogallique 1
B. Eau 100"
Carbonate de soude 206»
G. Eau 100"
Bromure de potassium 10 s'
Pour l'usage, on mélange :
Solution A 100"
Le cliché ainsi obtenu est de couleur brune, paraît très léger, mais donne d'excellentes positives.
L'emploi de ce développateur demande une certaine habitude, car il est difficile d'apprécier la valeur du cliché, la coloration trompant souvent sur son intensité; de plus, il tache fortement les doigts en jaune. On enlève ces taches avec de l'eau acidulée.
Aujourd'hui, presque tous les amateurs ont abandonné l'acide pyrogallique pour Vhydroquinone. Voici une des meilleures formules :
Eau 1000 «
Sulfite de soude cristallisé 80^'
Carbonate de soude 120
Hydroquinorr^ 10
Métol 1
On ajoute toujours quelques gouttes de bromure à 10 pour 100. Le bain neuf sert à développer les instantanés; le bain coloré, ayant déjà servi, convient mieux pour les épreuves posées.
Enfin le révélateur à la mode, le dernier venu, et il mérite réellement toute faveur, est celui au diamidophénol; il se compose de :
Eau 1000"
Sulfite de soude cristallisé GO»'
Diamidophénol 5
Une observation importante pour tous ces bains de développement est celle-ci ; ne jamais employer de sulfite de soude décomposé. Ce sel s'altère rapidement à l'air et son action devient nulle alors; toutefois, il est facile de s'apercevoir de cette décomposition lorsqu'on use du sulfite cristallisé; les cristaux doivent être transparents ; s'ils deviennent opalescents, opaques, la décomposition a eu lieu. Voilà pourquoi nous eng.igeoûs à employer le sulfite cristallisé de préférence au sulfite anhydre, car ce dernier se décompose à l'air, plus lentement il est vrai que le sel cristallisé, mais à la vue
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il ne change pas d'aspect et rien ne nous avertit de sa décomposition. C'est là une cause d'insuccès qu'il est important de connaître.
On trouve dans le commerce des révélateurs tout préparés et quelques-uns sont excellents. Nous citerons entre autres ceux de M. Mercier, de M. Gaumont, à Paris; et à Toulouse, ceux de MM. Regnault et Fachinetti.
Lavage. — Quel que soit le révélateur employé, on lave le cliché abondamment lorsqu'il a atteint toute l'intensité voulue; mais si le développement s'est prolongé quelque temps, il est bon de laver à l'eau acidulée (acide tartrique à 1 pour 100) avant de fixer; et cela afin d'éviter la coloration jaune des blancs.
Fixage. — Le fixage se fait dans :
Eau 1000'"^
HyposulliLe ac soude 200»'
Bisulfite de soude (liquide; 50
On laisse dans ce bain jusqu'à ce que toute coloration blanche ait disparu au dos de la plaque, puis on lave abondamment. On place enfin le cliché dans une cuve à rainures et on le laisse dans l'eau fréquemment renouvelée au moins deux heures; le lavage en eau courante se fait plus rapidement et est toujours infiniment préférable. Un cliché imparfaitement lavé s'altérera au bout d'un certain temps et l'image disparaîtra peu à peu. Cet effet est produit par les traces d'hypo-
sulfite qui peuvent être restées daus la couche : il est donc important de les éliminer complètement par Un lavage soigné.
On peut encore, pour plus de sûreté, employer à cet efifet le sel iodé de M. Mercier, qui n'est qu'un mélange d'iode et de chlorure de potassium ; ce sel a la propriété de détruire toutes les traces d'hyposulfite et s'emploie en bain à 10 pour 100.
Séchage. — Le cliché ainsi lavé est mis à sécher à i'abri de la poussière et du soleil, car dans ce dernier cas il pourrait fondre, accident désagréable et qui détruit tout le travail fait.
Cette dessiccation est longue, elle demande douze heures au moins, et quelquefois il y a intérêt à sécher rapidement.
On peut activer la dessiccation en plongeant l'épreuve dans un bain d'alcool qui s'empare de l'eau contenue dans la couche. On peut aussi faire sécher à l'essoreuse, il est bon cependant de passer préalablement à l'alcool.
Mais le procédé le plus rapide est celui au formol; on étend au moyen du doigt sur la couche de gélatine une petite quantité de formol du commerce et, au bout de deux minutes, on peut faire sécher au feu, la gélatine étant devenue insoluble.
Une fois secs, les clichés sont placés soigneusement soit dans une boîte à rainures, soit dans la boîte en carton du fabricant, à la condition d'interposer une feuille de papier blanc entre chacun d'eux, soit en les
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plaçant séparément dans des enveloppes que Ton trouve toutes faites chez M. Gaumqnt : c'est la meilleure méthode.
Obtenir un bon cliché est le but principal de tout photographe, c'est là qu'il pourra montrer toute son habileté, et comme manipulateur et comme artiste, car il pourra faire œuvre d'art, comme nous le dirons dans notre prochaine réunion.