PROCÉDÉS MODERNES. OÉ L ATINOBROM U RE
ne dépassait pas celle du collodion, et celui-ci continua à régner en maître dans le monde photographique. Ce n'est qu'en 1878 que Kennett découvrit que les émulsions de bromure d'argent dans la gélatine acquéraient une sensibilité considérable par la maturation. Il entendait par maturation le maintien à une température élevée de l'émulsion pendant un temps plus ou moins prolangé, et de ce jour la Photographie instantanée devint abordable pour tout le monde.
Quelle est donc la transformation qui opère un tel effet? Pendant longtemps on ne sut trop à quoi l'attribuer. M. Chardon, en préparant des émulsions au collodion, avait bien remarqué que cette préparation chan- ' geait de couleur avec lé temps ; que, tout d'abord, elle paraissait blanchâtre par la lumière transmisé, puis jaunâtre, enfin rougeâtre, et que c'était alors qu'elle était le plus sensible.
Le savant photographe belge Van Monckhoven constata qu'il se faisait des changements analogues dans l'émulsion au gélatinobromure et que le maximum de sensibilité était atteint lorsque l'émulsion présentait une coloration verte à la lumièi*e transmise.
Mais ce n'était là qu'une constatation et non une explication. C'est encore à un chimiste belge que nous devons l'explication de ce fait : M. Stas, dans une remarquable étude sur le bromure d'argent, fit observer que ce sel pouvait affecter diverses formes, sans changer de composition chimique, qu'on pouvait l'obtenir à l'état floconneux jaune ou blanc, à l'état pulvérulent jaune intense ou blanc perlé, à Tétat grenu blanc ou jaune, à
l'ëtat cristallisé jaune. C'est cet état grenu appelé bromure vert qui constitue la variété la plus sensible.
Ces diverses naodifications s'opèrent plus lentement dans un liquide acide que dans un liquide neutre, aussi une méthode consiste à obtenir ce bromure d'argent. en présence de l'ammoniaque; je vous donnerai une formule tout à l'heure. Mais on l'obtient plus régulièrement peut-être par le temps, en laisant mûrir l'émulsion, soit chaude, soit froide.
Quelle que soit la méthode employée, on cherche à avoir du bromure vert, et M. Eder a constaté qu'à mesure que la transformation s'opère, les particules de bromure d'argent augmentent de volume; tout d'abord elles mesurent moins de ^^ de millimètre, et elles deviennent trois fois plus grosses en quelques jours; après quinze jours de digestion dans le liquide gélatineux, elles, peuvent atteindre de y|-- à -^ de millimètre et elles sont alors visibles à l'œil nu.
Cette connaissance de l'état physique des couches de bromure d'argent recevra dans la pratique une utilisation directe. Ainsi, voulez-vous photographier un paysage, un dessin très détaillé, et êtes-vous obligés de rechercher la finesse de détails, vous emploierez une émulsiou peu digérée ; la marque rouge des plaques Lumière ; mais vous serez obligés de poser assez longtemps, dix à quinze secondes. Voulez-vous aller plus vite en conservant une netteté encore suffisante, vous prendrez des plaques jaunes de Lumière, et au lieu de dix secondes, vous en poserez quatre ou cinq. Enfin, voulez-vous de l'instantané, prenez des plaques
it-
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bleues; ces dernières ont le grain le plus gros, si gros parfois que vous le voyez à la loupe et presque à Tœil nu. De là la difficulté de ragrandissement des clichés instantanés.
Comme vous le voyez par cet exemple, la pratique trouve un guide dans la connaissance scientifique théorique, et voilà pourquoi il ne faut pas la mettre entièrement de côté, comme le veulent trop souvent professionnels ou amateurs.
Je devrais vous dire, dans cet ordre d'idées, pourquoi le bromure en gros éléments est plus sensible que celui en fines particules, et là je suis obligé d'avouer que nous ne savons pas; un jour peut-être, un chimiste ou un physicien plus ingénieux, plus perspicace, trouvera l'explication de ce phénomène; pour le moment, c'est encore un point inconnu.
Préparation des émolsions et des plaques au e^ôlatinobromure.
Comment se font ces émulsions? On prépare d'un côté une solution de gélatine et de bromure alcalin, bromure de potassium ou bromure d'ammonium; quelques opérateurs ajoutent une petite quantité d'iodure pour donner plus de corps à la couche. Cette solution se fait à chaud à 30® environ; quand elle est complète, on ajoute une solution de nitrate d'argent qui donne immédiatement naissance à du bromure d'argent.
Voici une formule.
On divise en général en deux parties les différentes solutions.
!Eau 700"
Gélatine 506'
Bromure d'ammonium 20
lodure de potassium 0,6
/ Eau 100"
B. Azotate d'argent IS»'
( Ammoniaque q. s.
On peut employer trois méthodes pour augmenter la sensibilité du bromure d'argent : le temps, la température, l'alcalinité.
Le temps demande pas mal de journées à la température ordinaire; mais la maturation est plus rapide si la chaleur est de 30? à 40°, elle s'effectue alors en cinq ou six jours. Si l'on chauffe l'émulsion à fiO°, il suffit de quelques heures; à 100°, il faut environ trente minutes.
Enfin, l'adjonction d'ammoniaque opère la transformation à froid; elle demande alors de douze à vingtquatre heures.
Si vous voulez des couches très fines, mais peu sensibles, couches pour positives transparentes, la maturation sera supprimée, et l'on procédera immédiatement au lavage. Il faut, en effet, laver l'émulsion pour enlever les sels solublos qu'elle peut contenir et qui altéreraient la couche. Il peut rester du nitrate d'argent non transformé ou du bromure; enfin, il y a toujours en résidu de l'azotate de potasse, ou de l'azotate d'ammoniaque qui résulte de la double décomposition du bromure parle nitrate d'argent. Il est important d'éli-
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miner tous ces produits ; s'il restait du nitrate d'argent en excès, il attaquerait la gélatine et la colorerait; s'il restait du bromure non transformé, la sensibilité diminuerait; on a beau doser exactement ces deux corps, on n'arrive presque jamais à une précipitation* complète; enfin l'azotate de potasse cristalliserait dans la couche. Voici comment se fait cette opération du lavage : on verse l'émulsion chaude encore liquide dans de grandes cuvettes en porcelaine; lorsqu'elle a fait prise par le refroidissement, on la divise en fragments que Ton réunit dans un nouet d'étoffe à larges mailles du canevas, et, en pressant le tout à la main, on fait sortir la gélatine en minces filets, en vermicelle; on jette la gélatine ainsi réduite dans l'eau, on agite, on change l'eau plusieurs fois, ou l'on soumet à iin lavage continu, pendant quelques heures, de façon à éliminer tous les sels solubles. Il ne reste plus qu'à fondre à nouveau l'émulsion, en la chauffant le moins possible, et à l'étendre sur les plaques de verre.
Celles-ci auront été nettoyées avec soin et recouvertes d'un enduit préalable, destiné à faciliter l'étendage de la gélatine, de façon qu'elle coule régulièrement à la surface des plaques.
Voici la formule de cet enduit :
Eau lOO*-'"
Silicate de potasse 2»'
ou tout simplement :
Eau 100"
Sucre 5»'
On étend la gélatine sur la glace à raison de :
12" pour des plaques 13x18
On fait sécher en plaçant les plaques de niveau dans un courant d'air sec.
Une fois sèches, on emballe les plaques avec soin dans des boites hermétiquement closes par des bandes de papier collé.
Ne jamais interposer de papiers imprimés : les caractères se décalquent sur la couche sensible.
Dans les grandes usines, on procède un peu différemment, et voici ce que j'ai vu dans une visite à la fabrique de MM. Lumière, de Lyon, l'usine la plus considérable de ce genre.
Les verres destinés aux plaques sont de deux sortes : verres blancs du Nord, provenant des usines de Belgique, ou glaces de Bohême. Ils arrivent à l'usine par caisses de 120 "^6 à 140^b, à raison de TOOOO"'? par mois, soit environ 20 -wagons.
Les feuilles de verre sont découpées après un choix sévère (aujourd'hui) en bandes de 60 <"™ de long et de 15 cm ou 24«="' de large.
De l'atelier de coupage les verres passent au nettoyage; celui-ci se faisait autrefois à la main et était extrêmement long, maintenant il se fait à la machine.
Les verres placés sur une toile sans fin sont entraînés entre des rouleaux de molleton et passent dans une