BAIN FAIBLE
Eau 600"
Glycérine 4006-
Le premier s'emploie pour les plaques fortement insolées, le second pour celles qui manquent un peu d'exposition.
On laisse agir le bain assez longtemps, une heure au moins, jusqu'à disparition du relief, ce que l'on constate en passant le doigt sur la plaque.
On cale alors la plaque sur la presse, comme nous venons de le dire, et on Tessuie en tamponnant avec du linge usé : les vieux bas de coton conviennent parfaitement pour cet usage.
On encre alors soit au rouleau de cuir (cuir souple), soit au rouleau de gélatine.
Les encres employées pour les tirages phototypiques doivent être de qualité spéciale; celles de Lorilleux sont excellentes.
Généralement, les premières épreuves sont imparfaites : ou elles prennent trop d'encre ou, au contraire, elles la refusent. Mais, en insistant avec le rouleau, on arrive à charger ou à dégager la planche, suivant le cas. On charge en roulant doucement et en appuyant légèrement ; on dégage en roulant rapidement et sans pression.
Les papiers peuvent être collés ou sans colle, ou encore couchés; ces derniers rendent mieux les demiteintes et enlèvent plus complètement l'encre.
Pour avoir des marges blanches, on peut faire des
IMPRESSIONS PHOTOMÉCANIQUES. iSS
réserves sur le cliché ou employer des caches sur la dalle. Le mieux est de faire usage des deux moyens à la fois.
La couleur des encres permet de varier à l'infini les effets des tirages en Phototypie, et cette coloration doit être en rapport avec le sujet et avec l'effet que Ton veut réaliser.
Il ne faut pas oublier que ces épreuves sont de véritables photographies procédant par demi-teintes, par épaisseurs superposées, que ce sont des lavis en quelque sorte et non des lithographies, encore moins des gravures. Il ne faut donc pas chercher à les imiter, à tirer toujours en noir comme le faisaient dans les premiers temps tous les imprimeurs en Photocollographie.
C'est précisément à un Toulousain, M. Quinsac, que l'on doit les premières épreuves imprimées d'après ces principes, et la supériorité de ses impressions était si évidente qu'il obtint d'emblée la plus haute récompense à l'Exposition de 1889.
Ce que nous disons au sujet de l'emploi des couleurs est tellement vrai, que la Photographie imite, à s'y méprendre, les tirages aux sels d'argent; il suffit pour cela d'employer des encres dites teintes photographiques et de vernir les épreuves : il n'y a guère alors que les gens du métier qui peuvent distinguer les unes des autres.
Les épreuves imprimées en Phototypie, malgré la perfection à laquelle sont arrivées certaines maisons : M. Royer, de Nancy, la Société des Arts graphiques, de Genève, par exemple, ont cependant un défaut pour
les éditeurs. Elles ne peuvent être utilisées pour Tillustration d'un livre qu'en procédant à un second tirage, car il est impossible de les imprimer avec le texte.
Et cependant, c'est là le but poursuivi aujourd'hui par tous les éditeurs : gravures intercalées dans le texte et tirées en même temps. On a donc cherché, dès les débuts de la Phototypie, à résoudre le problème, et ce n'est que tout récemment qu'une solution pratique a été trouvée; et cette solution est si complète qu'elle est appliquée maintenant même aux journaux illustrés. Vous n'avez, qu'à feuilleter les numéros de ïlllustra^ tion, et vous vous convaincrez que tout est traité par la gravure photographique, quelle que soit la nature des originaux : dessins, tableaux ou photographies.
Il y a donc intérêt à connaître les méthodes employées, soit que vous ayez l'intention de pratiquer toutes les opérations qui aboutissent au cliché typographique, soit que vous désiriez seulement être à même de donner au graveur l'épreuve ou le cliché photographique qui lui est nécessaire. Enfin, pour tout le monde, il est intéressant, croyons-nous, de savoir comment sont obtenues ces magnifiques illustrations qui tendent à remplacer l'antique gravure sur bois.
Je ne voudrais pas que ce dernier mot fût interprété comme une critique de la gravure sur bois; pour moi, celle-ci restera toujours un procédé de premier ordre au point de vue artistique, et, à ce point ûe vue, un beau bois gravé sera toujours une œuvre supérieure. Mais c'est là un procédé long et coûteux et qui ne
IMPBBSSIONS PHOTOMÉCANIQUES. 185
répond plus aux exigences de la vie moderne, qui se résument en deux mots, pourrait-on dire : rapidité et bon marché.
Quoi qu'il en soit, nous n'avons à nous occuper ici que de l'application de la Photographie à la gravure.
Gravure photographique.
Tout d'abord je vous rappellerai qu'on distingue deux espèces de gravure : la gravure en creux, gravure au burin, gravure à l'eau-forte qui se pratique sur des plaques de métal, cuivre ou acier; et la gravure en relief, dite taille en épargnes, qui se faisait toujours autrefois sur bois, et qui se fait aujourd'hui sur métal.
Dans la première méthode, l'encre est retenue par les lignes creusées par le burin ou par l'acide; dans la seconde, l'encre est déposée sur les parties saillantes ; les blancs sont épargnés, d'où le nom de taille en épargnes.
Pour la gravure en creux, les tirages s'effectuent sur une presse à cylindre ; la gravure en relief se tire sur une presse à surface plane, la presse typographique.
Gravure en creux. — Je ne vous dirai que quelques mots de la gravure en creux obtenue par la Photographie, car c'est un procédé difficile et coûteux, mais qui donne cependant des épreuves admirables.
Les différentes méthodes de gravure en creux dérivent du procédé à l'eau-forte : dans celui-ci, le graveur
t86 DIXIÈME LEÇON.
commence par étendre une couche de vernis à la surface d'une plaque de cuivre polie; puis, au moyen d'une pointe, il dessine son image en entamant le vernis, de façon à mettre le cuivre à nu. Quand cette opération est faite, il plonge sa plaque dans un bain d'acide: partout où le vernis est resté intact, la surface du cuivre reste unie ; là, au contraire, où il a été enlevé par la pointe, l'acide ronge le métal et fait ainsi une dépression dans laquelle l'encre pourra s'accumuler.
Par ce procédé, il est difficile d'obtenir de grands espaces noirs, l'encre ne s'attachant pas bien aux creux d'une certaine largeur; le graveur cherche alors à rendre rugueuses ces grandes plages noires, et il y parvient en produisant sur le métal un grain d'aquateinte.
Cette opération consiste à recouvrir la plaque de cuivre de résine en poudre impalpable et à soumettre ensuite cette plaque ainsi saupoudrée à l'action de la chaleur. La résine fond ; cependant, comme elle est en très petite quantité, elle ne forme pas une couche unie, mais bien une sorte de treillis de grains; on mord, c'est-à-dire on soumet la surface ainsi grainée à l'action d'un bain acide qui ronge les parties non recouvertes de résine, les intervalles existant entre les grains, et la plaque se trouve ensuite parsemée de nombreux petits trous dans lesquels l'encre se déposera en y adhérant parfaitement.
Avant de mordre, le graveur fait des réserves sur la plaque de manière à conserver les blancs de l'image, puis par des procédés de brunissage il obtient des demi-
IMPRESSIONS PHOTOMéCANIQUBS. 187
teintes, et il termine son travail en opérant à la pointe.
C'est cette dernière méthode que l'on emploie dans la gravure photographique en creux, et la Photographie remplace ici la main du graveur.
Je m'explique, en vous exposant la méthode employée qui est des plus simples et de date très récente.
On produit d'abord un grain de résine sur une plaque de cuivre polie, en opérant comme je viens de l'indiquer. Sur ce grain on décalque une épreuve négative au charbon, absolument comme nous l'avons vu faire dans le procédé sur papier.
La feuille de papier gélatine adhère très facilement au grain de résine, et l'on développe à l'eau chaude ; lorsque l'image est bien venue, on laisse sécher, puis on passe à la morsure à l'acide : alors il se produit un effet tout particulier.
La gélatine fait réserve dans les grands blancs : le ciel, par exemple; elle laisse au contraire agir l'acide dans les parties où elle a été entièrement dissoute par l'eau chaude, c'est-à-dire dans les grands noirs ; enfin elle ne se laisse pénétrer dans les demi-teintes que proportionnellement à leur épaisseur. Et l'on obtient ainsi une gravure qui ressemble à s'y méprendre à une aquateinte.
Ces planches sont tirées par l'imprimeur en tailledouceT, et la beauté des épreuves obtenues dépendra de l'habileté de l'ouvrier, car la difficulté consiste principalement dans l'encrage, et une même planche, suivant la manière dont cette opération est pratiquée, peut donner des épreuves dures, désagréables, ou, au
188 DIXIÈME LBCOZf
contrairei de magnifiques impressions où toutes les demi-teintes sont admirablement conservées.
Cependant il paraîtrait que les planches gravées de M. Lumière (je ne sais exactement par quelle méthode, mais il s'agit simplement d'un tour de main particulier) sont bien des planches en aquateinte, et qu'en outre elles sont très faciles à tirer.
Gravure en relief. — La gravure en relief est plus importante peut-être, et, bien qu'elle demande certaines précautions pour le tirage, elle est plus pratique et plus employée. Nous avons donc à nous en occuper
avec plus de détails.
Je vous rappellerai tout d'abord un fait essentiel et qu'il ne faut jamais oublier, c'est que la Photographie procède par demi-teintes, par épaisseurs juxtaposées, et la gravure par points noirs et blancs plus ou moins larges, plus ou moins serrés.
Il faut donc opérer une véritable transformation de la photographie pour en obtenir une gravure en relief.
On a essayé en premier lieu le grain d'aquateinte, mais il était trop fin et donnait des épreuves qui s'empâtaient au tirage; cet inconvénient avait amené un moment l'abandon du procédé, cependant on y revient aujourd'hui, et nos imprimeurs savent maintenant tirer partie de ces clichés déclarés tout d'abord inutilisables.
On a essayé ensuite de diviser l'image en interposant un réseau de tulle, de gaze, etc. (la toile à bluter constituait le meilleur réseau), entre la plaque et h cliché. Mais on avait alors des images grises, san&
IMPBESSIONS PHOTOMÉCANIQUBS. 189
effet, ou, pour mieux dire, d'un effet désagréable, rappelant trop un tamis.
Et la gravure n'est devenue possible que lorsqu'à été découvert l'effet des réseaux.
Qu'est-ce qu'un réseau ?
Un réseau consiste en une glace sur laquelle on a gravé une série de traits d'une extrême finesse, c'està-dire à raison de 50, 60, 80, 100 par centimètre. Ces traits sont remplis d'une substance noire opaque. On prend deux plaques ainsi préparées et on les reporte l'une sur l'autre, en disposant les lignes gravées perpendiculairement les unes aux autres. On obtient ainsi une sorte de treillis excessivement fin.
Mais, allez-vous me dire, la gaze produit le même effet; il n'y a qu'à choisir une étoffe à trame assez fine et assez serrée.
Non, il n'y a pas à comparer la gaze au réseau, et cela pour deux raisons.
Tout d'abord la trame de l'étoffe est rarement régulière; d'autre part, elle est fort difficile à tendre; aussi la régularité du réseau constitue un avantage qui le rend inôniment supérieur.
Mais le réseau s'emploie d'une manière toute différente : on ne le place plus en contact avec la plaque à graver ; il sert à obtenir des clichés graines, avec lesquels on peut directement faire les réserves nécessaires sur la plaque de cuivre recouverte d'un vernis sensible à la lumière : celui-ci étant tantôt du bitume de Judée, tantôt une couche bichromatée, albumine ou gélatine.
190 DIXIÈME LSCOIf.
En cela on n'a fait que produire artificiellement» sans avoir recours au dessinateur, des clichés semblables à ceux obtenus en photographiant des dessins faits sur le papier à procédé.
Quelles sont les particularités qui distinguent ces dessins? Ils sont tracés au crayon sur un papier gaufré spécial; cette gaufrure fait que le noir du crayon ne se dépose que sur les parties saillantes du papier et ne pénètre pas dans les creux; ceux-ci restent blancs et divisent le dessin en une infinité de petits points blancs et noirs, plus ou moins serrés: dans les noirs ceux-ci se touchent, dans les gris ils sont plus espacés ; ils disparaissent dans les blancs.
Un cliché fait dans ces conditions permet d'obtenir toutes les réserves nécessaires à une bonne morsure. Et cette sorte de gravure chimique donne de superbes résultats; mais elle nécessite l'intervention du dessinateur et n'utilise qu'accessoirement la Photographie.
Eh bien, le réseau produit un effet du même genre et donne des clichés dans lesquels les noirs et les demi-teintes sont donnés par des points disposés comme je viens de vous le montrer.
Voici comment la chose se produit :
On place le réseau non plus contre la couche sensible, mais à une très petite distance en avant de la plaque, et, ainsi interposé, le réseau a la propriété de diviser l'image proportionnellement aux différentes intensités, effet qu'il est assez difficile d'expliquer. Je vais essayer cependant.
Le réseau placé dans la chambre novre reçoit l'image
IMPRESSIONS PHOTOMÉCANIQUES. 191
formée par l'objectif, absolument comme le verre dépoli, mais en la modifiant au passage. Partout où se projette à sa surface une partie noire de cette image, il ne se produit aucun effet, car les noirs empêchent la lumière d'arriver jusqu'à lui. Au contraire, les parties blanches laissent pénétrer la lumière sur le réseau, et ces rayons lumineux le traversent; de plus, ceux-ci sont plus ou moins nombreux, plus ou moins intenses dans les demi-teintes, dans ]es gris.
De là trois effets distincts : tous les rayons sont arrêtés par les noirs de Timage, une partie seulement traverse les gris, ils passent en totalité dans les blancs.
Devant ces diverses parties, cependant, le réseau est interposé, mais il se traduit sur la plaque sensible par des résultats tout différents : il disparaît complètement dans les blancs, il s'atténue dans les gris, et cela par un effet d'irradiation.
Qu'est-ce que l'irradiation en Photographie ?
S'il vous est arrivé de vouloir photographier une fenêtre de face, en vous plaçant à l'intérieur d'une pièce éclairée seulement par cette fenêtre, il est certain que vous n'avez jamais pu obtenir une image nette des barreaux; ils devaient être comme inondés de lumière.
Cela résulte de plusieurs causes : d'une part, la lumière très vive qui passe sur les côtés des barreaux de la fenêtre semble se réfléchir sur eux, les contourner> et elle impressionne la plaque; enfin, il se produit un autre effet, celui du halo, occasionné par le rayon lumineux qui frappe la couche de gélatinobromure, traverse cette couche quand il est très intense> et va se
192 DIXIÈME LBCON.
réfléchir sur la surface postérieure du verre ; ce rayon réfléchi est renvoyé en avant et va influencer la couche par derrière.
Et maintenant ce qui est un inconvénient dans la pratique ordinaire devient une méthode excellente dans le cas qui nous occupe.
Dans les parties du réseau qui reçoivent une vive lumière, ces effets dlrradiation et de halo se produisent et les lignes disparaissent complètement ; la réduction de la couche sensible envahit toute la surface.
Dans les gris, où les rayons lumineux sont moins nombreux, le hajo est moins étendu, et le réseau est plus ou moins visible.
De là une succession de points blancs et noirs, plus ou moins gros, plus ou moins compacts, qui forment à la surface de répreuve un effet absolument semblable à celui qu'obtient le graveur sur le papier à procédé ; de là des clichés qui donnent à la morsure toutes les réserves voulues et, en définitive, produisent des gravures photographiques complètes.
Dans la pratique, on opère ainsi. Comme dans tous les procédés de tirage mécanique, il faut employer un cliché retourné; on peut user de clichés pelliculaires, ceux sur collodion sont les meilleurs. Mais il vaut peut-être mieux obtenir directement sur glace un cliché retourné en opérant ce retournement optiquement par un prisme placé soit en avant, soit à l'intérieur de l'objectif.
Le cliché ainsi retourné permet de graver zinc ou cuivre, soit par le bitume, soit par la gélatine. Et ici
IMPRESSIONS PHOTOMÉCANIQUES. 103
on a recours à la méthode du gillotage, dans le détail de laquelle nous ne pouvons entrer, et qui n'est plus photographique.
Photolltliographie.
Mais, à côté de ces procédés de gravure en relief, je dois encore placer une méthode d'un usage courant et qui constitue une véritable gravure en relief, la Photolithographie par réserve ou par report.
La Photolithographie par réserve se pratique surtout sur zinc; elle pourrait se faire également sur pierre, mais le poids et la forme des pierres les rendent incommodes ; le zinc est du reste entré dans l'atelier du lithographe et son emploi est bien connu aujourd'hui des ouvriers.
On opère aussi avec des clichés retournés, mais on ne peut obtenir de résultats complets qu'en reproduisant des dessins au trait.
Les clichés pelliculaires au collodion caoutchouté sont ceux qui conviennent le mieux ; ils doivent être d'un noir opaque dans les fonds et d'une transparence parfaite dans les blancs, dans les traits.
Le zinc en feuilles assez minces et préparé pour la lithographie, c'est-à-dire bien plané, est d'abord décapé dans un bain d'acide nitrique à 5 pour 100, puis lavé abondamment et séché rapidement de façon à éviter toute oxydation. On le recouvre alors d'une couche de bitume de Judée dissous à raison de 5 pour 100 dans de la benzine très pure, benzine cristallisable anhydre.
Quand la couche est sèche, on place la feuille de 2inc ainsi recouverte sous le négatif et on Texpose à la lumière un temps plus ou moins long; cette exposition ne doit pas être inférieure à dix minutes au soleil, et elle demande une journée entière par un ciel gris.
On développe dans un bain composé d'essence de térébenthine et d'un peu de benzine ; la térébenthine seule est peut-être préférable. Sous Teffet de ce dissolvant, tout le bitume qui n'a pas subi l'action de la lumière se dissout : les traits restent donc en noir sur le fond gris du zinc.
On lave abondamment à l'eau, puis on prépare le zinc par un bain d'eau gommée acidulée ou avec la solution suivante :
Eau 1000"
Acide gallique 50 «'
Gomme arabique 20
Acide phosphorique 20
La planche ainsi préparée s'imprime très bien et peut fournir une certaine quantité d'épreuves.
Ordinairement, le lithographe tire sur ce zinc une épreuve de report qu'il décalque ensuite sur pierre.
Les résultats sont excellents; mais le temps de pose exigé par l'insolation du bitume est quelquefois bien long en hiver.
Le procédé à l'albumine blchromatée a sur le bitume l'avantage d'être plus rapide et n'exige qu'une pose de une à deux minutes seulement.
IMPRESSIONS PHOTOMÉCANIQUES. 190
Au lieu de bitume on fait usage de la solution suivante :
Albumine d'œufs lOO»'
Bichromate de potasse 2,50
Eau 50'
I ce
On filtre et Ton étend sur le zinc préalablement décapé et lavé.
On sèche à la chaleur, en ne dépassant pas 50".
Après l'insolation, on plonge la plaque dans une cuvette d'eau colorée avec du rouge d'aniline; cette opération permettra de suivre plus aisément l'effet du développement auquel on procède ensuite. Effectivement, les traits du dessin colorés en rouge restent seuls sur la plaque, et le fond, qui n*a pas subi l'action de la lumière, se dégage en laissant le zinc à nu.
On lave et l'on fait sécher. On reprend la plaque, on la mouille à l'éponge , puis on l'encre au rouleau ; enfin on prépare le zinc.
On peut alors tirer directement ou faire une épreuve de report.
Enfin un autre procédé permet d'obtenir directement sur papier une épreuve à l'encre grasse que Ton décalque sur pierre.
Pour cela on enduit d'albumine bichromatée une feuille de papier, absolument comme nous l'avons fait pour le zinc, et on la traite de même façon ; l'épreuve se reporte directement.
Mais, dans ce cas, il ne faut pas employer de cliché retourné.
Il existe bien d'autres procédés de gravure photographique qui utilisent la propriété de la gélatine bichromatée. de se gonfler inégalement dans Teau et de donner des images en relief, images que Ton reproduit en galvanoplastie, pour obtenir des planches de gravure. Mais dans presque tous la technique est assez compliquée et demande toujours des praticiens spéciaux.
ÉpreiiTes en relief.
Voici cependant une application de ce genre qui est intéressante par elle-même, et qui a pour nous un attrait particulier, celui d'être pratiquée à Toulouse : ce sont des épreuves en relief pouvant être utilisées comme motifs de décoration.
On insole une couche épaisse de gélatine bichromatée coulée sur un verre dépoli, puis on fait gonfler cette couche dans Teau ; Timage en relief ainsi obtenue est moulée au plâtre, et sur ce moulage on obtient, au moyen de la galvanoplastie, une planche de cuivre que l'on peut argenter et oxyder à volonté, comme le sujet que je mets ici sous vos yeux.
C'est à M. Jullian que nous devons ces spécimens, qui ont une véritable valeur artistique, comme vous le voyez.
Photoohroiiiie.
Indépendamment des nombreuses applications que je viens de vous décrire, la gravure photographique a
IMPRESSIONS PHOTOMÉCANIQUES. 197
encore eu pour résultat de rendre pratiques les impressions en couleur : la Photochromie.
D'après deux savants physiciens, Young et Helmholtz, il n'existerait que trois couleurs fondamentales :
le rouge, le vert et le bleu,
qui produisent par leur mélange toutes les couleurs possibles. D'après Brewster, il faudrait considérer comme les trois couleurs primitives
le rouge, le jaune et le bleu.
Leur mélange constitue le noir; leur absence, le blanc.
Il s'agissait donc de tamiser en quelque sorte ces couleurs primitives, de photographier sur une plaque toutes les parties rouges, à l'exclusion des autres, sur une deuxième plaque les parties jaunes, et enfin sur une troisième les parties bleues.
C'est ce que M. Ducos du Hauron a réalisé en interposant des verres colorés en avant de la plaque sensible; et il produit ainsi des négatifs dont chacun fournit des épreuves représentant isolément le rouge, le jaune ou le bleu.
Cette opération, très difficile autrefois, est relativement facile aujourd'hui, grâce aux plaques orthochromatiques spéciales, sensibles aux rayons colorés.
Par superposition, ces trois épreuves donnent une représentation exacte du sujet : peinture ou photographie d'après nature.
Telle est la dernière application, la dernière découverte de la Photographie, et c'est elle qui terminera également notre dernière Conférence.
Je suis arrivé effectivement aujourd'hui au bout de ma tâche, et je n'ai plus qu'à examiner si j'ai atteint le but que se proposait le Conseil municipal en me demandant de faire un essai d'enseignement de la Photographie.
Si j'en crois les dires des uns et des autres, cette innovation répondrait bien à une nécessité du moment. Et je le croirais d'autant plus volontiers, que l'empressement que vous avez mis à venir à ces conférences a dépassé de beaucoup tout ce que je pouvais espérer.
Cependant, je ne me fais aucune illusion sur l'insuffisance de cet enseignement, et je sens combien il a été incomplet ; mais à cela il y avait deux causes : d'une part, mon temps était limité, et, d'autre part, je ne savais pas à l'avance ce que serait mon auditoire. Aussi ma surprise a été complète, ma satisfaction des plus vives, quand j'ai vu combien étaient nombreuses les personnes qui venaient assister à nos réunions.
J'ai donc essayé de mon mieux de répondre à cet empressement, et je n'ai ménagé ni mon temps, ni mes peines, cherchant surtout à rendre clair l'exposé des méthodes photographiques, en joignant autant que possible l'exemple à la théorie, en mettant sous vos yeux les résultats obtenus par les maîtres en Photographie.
Mais là aussi a été le côté insuffisant de cet enseignement; en Photographie, la pratique a unejmpor-
IMPRESSIONS PHOTOMÉCANIQUES. 199
tance de premier ordre, et les difficultés matérielles ne nous permettaient pas de faire entièrement ce qui aurait été nécessaire en cela.
J'ai donc été forcé de faire un peu de théorie, et cependant je vous avais promis d*en parler peu, mais j*ai fait de la théorie pratique, en quelque sorte.
Dans cet ordre d'idées, j'ai insisté particulièrement sur l'application des règles de Tart à la Photographie, et je vous ai démontré, je l'espère, qu'en photographiant un paysage, par exemple, on pouvait composer son sujet, l'interpréter, faire en un mot œuvre d'art dans toute l'acception du mot.