HUITIÈME LEÇON. — DES EPREUVES POSITIVES
ment pleine d'eau. Cette opération, effectuée avec rapidité trois ou quatre fois, enlève tout d'abord l'excès d'hyposulûte; mais il faut la proioup^er pendant une heure ou deux, en laissant un intervalle entre chaque lavage.
Si Ton dispose d'eau courante, ce lavage s'opère encore plus facilement; mais, dans ce cas, on fera usage d'une cuvette spéciale, dans laquelle l'eau entre par le foud et s'écoule par un trop-plein ménagé dans le haut des parois, se renouvelant ainsi constamment.
Autrefois, on croyait utile de prolonger ces lavages pendant douze et môme vingt-quatre heures; mais on sait aujourd'hui qu'au bout de deux heures Télimination de l'hyposulfite est complète.
On a proposé bien des méthodes pour faire disparaître chimiquement les traces d'hyposulfite; mais, en général, elles ne sont pas entrées dans la pratique, et l'on se contente de l'élimination mécaniq«ie par des lavages multiples. Cependant, le système Mercier (sel iodé) donne de bons résultats, et il suffit de placer les épreuves déjà lavées, mais très rapidement, dans une solution à 10 pour 100 de ce sel, pour éliminer complètement l'hyposulfite. On retire après lavage les épreuves et on les met à sécher par suspension.
Nous verrons dans notre prochaine réunion comment il faut terminer et conserver les épreuves ainsi obtenues.
DES ÉPREUVES POSITIVES [suite).
La bonne exécution des épreuves positives a une telle importance que je crois nécessaire de revenir encore aujourd'hui sur cette question, et avant de vous parler des divers tirages aux sels de fer, au platine, au charbon, j'insisterai sur quelques détails du tirage aux sels d'argent.
Et tout d'abord une petite rectification ; ce n'est pas 4 kilomètres de papier au citrate d'argent que fabriquent chaque jour MM. Lumière dans leur usine de Montplaisir, à Lyon, mais bien 8 kilomètres, et la nouvelle installation que Ton organise en ce moment portera cette quantité à 12 kilomètres.
De même, les plaques, qui se fabriquent aujourd'hui à raison de 80000 par jour, arriveront au chiffre quotidien de 120000.
J'avais donc raison de dire que la Photographie serait la grande caractéristique de notre siècle, et que les éléments qu'elle met en œuvre constituent main-
Trutat. — Dix leçons. 13
tenant une branche importante du commerce français. Lyon, sous ce rapport, occupe la première place après Paris; et, si nous ne pouvons en dire autant de Toulouse, nous savons aujourd'hui que c'est une des villes de province où Ton s'occupe le plus de Photographie; et la preuve la plus évidente, c'est votre présence en aussi grand nombre à ce cours que vous suivez si assidûment. La popularité dont jouit ici l'enseignement photographique sera bientôt connue partout, car MM. Lumière pourront joindre prochainement à leurs vues animées celle intitulée : Sortie du Cours de f*hotographie de Toulouse, vue très réussie et que nous ferons passer sous vos yeux à la fin de cette leçon.
Virage et fixage.
Mais revenons à nos épreuves positives.
N'oubliez pas surtout qu'il faut une très grande propreté des mains, des cuvettes, et employer de l'eau en abondance pour éviter les taches.
En second lieu, si l'on veut obtenir un mixage unU forme, un fixage régulier, on devra ne pas virer une trop grande quantité d'épreuves à la fois et les agiter^ les changer de place continuellement en faisant passer tour à tour en dessus celle qui est en dessouSi
Si vous avez cinquante épreuves à virer, par exemple» n'en traitez que quinze à la fois, et lorsque cette pre* mière portion est terminée, ne commencez la deuxième qu'après avoir abondamment lavé vos cuvettes et vos mains et passé les unes et les autres dans de
DES iPREUVBS POSITIVES. 147
Teau acidulée à 5 pour 100 d'acide chlorhydrique.
Si vous m'en croyez, ne virez pas à l'excès : les épreuves seront meilleures, les tons plus chauds^ les demi-teintes mieux conservées ; si vous virez au bleu ou au gris, elles deviendront fades et perdront tout leur effet»
Aux formules de bains de virage que je vous ai données» j'en ajouterai deux autres, Tune à l'or, l'autre au platine»
Le virage à l'or se fait en dissolvant dans de l'eau bouillie 4g' de phosphate d'or préparé par Mercier : la solution sera d'abord jaune, puis elle deviendra incolore ; dans cet état, elle sera prête à l'usage.
C'est la formule la plus simple, car il n'y a rien à ajouter au phosphate d'or, que vous achetez tout préparé.
La seconde formule est aux sels de platine : c'est celle qui vous donnera le plus facilement des tons noirs veloutés, si difficiles à réaliser avec les sels d'or. Donc vous emploierez le virage au platine lorsque vous voudrez obtenir cette coloration <
Le bain se composera de :
Ëau bouillie 1000^*^
Chloroplatinite de soude 1 s'
Acide citrique, i ..»..».... » 3
Vous éviterez de virer à une vive lumière quand vous ferez usage de ce bain, et vous le conserverez dans un flacon en verre jaune entouré de papier noir ; ai l'on négligeait cette précaution» la lumière agirait sur la solution en précipitant le platine.
I'jS neuvième le com.
Avec cette seconde formule, il faut passer les épreuves virées dans un bain de sel de cuisine à 5 pour 1000, les laver de nouveau avant de les plonger dans Thyposulôte.
Enfin, il est prudent d'ajouter au bain d'hyposulfite ordinaire 5 pour 100 de bisulfite de soude liquide : cette addition aura pour résultat d'empêcher la sulfuration des épreuves, c'est-à-dire le jaunissement des blancs.
Voilà pour le traitement des épreuves aux sels d'argent, méthode le plus habituellement employée.
Épreuves anx sels de fer.
Occupons-nous maintenant des tirages aux sels de fer : ceux-ci donnent des épreuves peu artistiques, mais dont le prix de revient est extrêmement réduit; les épreuves sont bleues, nuance bleu de Prusse.
Les papiers spéciaux à ces tirages se trouvent tout préparés dans le commerce et dans d'excellentes conditions; voici, à titre de renseignement, la composition dont ils sont recouverts.
On fait une solution de citrate de fer à 30 pour 100 et une autre de prussiate rouge de potasse à 25 pour 100 ; on mélange les deux solutions et l'on ajoute 50^*5 d'ammoniaque.
Il existe d'autres formules; mais celle-ci est la plus simple et donne de très bons résultats. Ce papier, d'une teinte verdâtre, est exposé à la lumière pendant un temps assez long, puis plongé dans l'eau pure : les parties préservées de Taction de la lumière se dissolvent
et laissent le papier absolument blanc, les autres deviennent d*un beau bleu.
On peut virer au noir par l'acide gallique, mais ce procédé a l'inconvénient de salir presque toujours les épreuves; aussi n'est-il pas à recommander.
Les papiers au fer sont surtout employés par les architectes pour reproduire à bon compte les dessins au trait, et l'on emploie comme clichés de simples calques sur papier transparent; dans ce cas, les traits s'enlèvent en blanc sur un fond bleu.
Épreuves aux sels de platine.
Les épreuves obtenues avec les papiers au platine sont beaucoup plus belles que celles faites aux sels de fer et supérieures même à celles que procurent tous les autres procédés; mais elles coûtent près de dix fois plus que les épreuves à l'argent.
Ces papiers sont assez difficiles à préparer ; toutefois on en trouve d'excellents chez M. Poulenc; ils sont recouverts d'un mélange de chloroplatinite de potasse et d'oxalate de fer : la lumière agit sur eux comme sur les papiers bleus aux sels de fer; mais ils ont besoin d'un développement.
On expose donc le papier derrière un cliché, jusqu'à ce que l'image se détache en brun sur le fond jaune du papier; quand tous les détails sont venus, on développe sur une solution froide d'oxalate de potasse, et l'on fixe simplement dans de l'eau acidulée à 3 pour 100 par l'acide chlorhydrique.
tûO NEUVIÈME LEÇON.
Le défaut des papiers au platine est leur peu de stabilité, ils ne se conservent pas longtemps; aussi faut-il toujours employer des papiers fraîchement préparés.
Éiir«ttiré8 AU dhârbon.
Noui passons maintenant aux papiers dits au oharbon.
La première méthode, la plus ancienne» oonsiste à enduire le papier d'une mixtion qui acquiert à la lumière la faculté de happer les couleurs en poudre; cette mixtion est composée de gomme, de glucose et de bichromate de potasse. On expose le papier à la lumière et, l'insolation terminée, on frotte avec un pinceau chargé de couleur en poudre. Ce système est surtout employé pour les émaux; dans ce cas, la couleur est constituée par un oxyde métallique mélange à un fondant approprié.
La seconde méthode, la plus employée, est toute différente : une mixtion composée de gélatine et de matière colorante est étendue sur des feuilles de papier. On sensibilise au bichromate, on insole et la gélatine est devenue insoluble dans tous les points frappés par la lumière.
Les épreuves au charbon sur papier gélatine ont le grand avantage d'être absolument inaltérables aux agents chimiques ; cependant, malgré cette qualité de premier ordre, cette méthode n'est pas entrée dans la pratique courante, ce qui, à mon avis, est inexplicable de la part des photographes, car les tirages au charbon ne sont guère plus difficiles que ceux aux sels
d'argent et ne sont pas beaucoup plus coûteux; toutefois, les manipulations sont bien différentes de celles usitées dans les tirages ordinaires, et c'est là probablement Tunique cause de ce délaissement injustifié»
Dans ces derniers tempSi plusieurs tentatives ont été faites pour remettre en usage ces tirages au charbon; les manipulations ont été simplifiées et peut-être, espérons- nous^ les amateurs soigneux reviendront-ils à ce mode de tirage. Il a le grand avantage, outre la solidité, de donner à coup silr toutes les colorations désirées .
Nous décrirons rapidement ce procédé* Le papier est enduit, au moyen de machines spéciales, d'une couche de gélatine dans laquelle a été incorporée une couleur insoluble soigneusement broyée. Oe papier est coupé aux dimensions voulues et rendu sensible en l'immergeant dans une solution de bichromate de potasse à 3 pour 100; on sèche par suspension dans une pièce à l'abri de Thumidité.
Le papier sensibilisé ne se conserve pas longtemps ; il vaut toujours mieux le préparer le soir pour l'employer le lendemain.
L'épreuve insolée est développée au nioyen d'un bain d'eau chaude ; toutes les parties influencées par la lumière sont devenues insolubles, les demi-teintes du cliché ont produit une insolubilité partielle (proportionnelle), et les grands noirs, le ciel, ont laissé à la gélatine toute sa solubilité.
Mais revenons en arrière, afin de préciser les condi* tiens dans lesquelles il faut se placer.
Les clichés seront tout d'abord préparés en les en-
152 NBUYIBME LECOlf.
tourant d'une bordure de papier noir, et cela afin de laisser tout autour de répreuve une bande de gélatine non insolée et qui conserve toutes ses propriétés adhésives à l'eau froide.
De plus, le cliché doit être l'etourné, si Ton veut obtenir directement des épreuves dans leur vrai sens; avec les clichés ordinaires, il faut faire une double opération de transfert. En effet, si l'on plongeait directement répreuve insolée dans Teau chaude, toutes les demi-teintes disparaîtraient, et c'est là ce qui a empêché pendant longtemps l'emploi de la gélatine bichromatée. L'insolubilisation de la lumière se fait effectivement de dehors en dedans et, dans les demi-teintes, la partie insolubilisée repose sur une couche qui n'a pas subi l'action de la lumière : l'eau chaude peut donc la dissoudre et elle entraîne avec elle les parties légèrement insolées. Il faut par conséquent opérer le dépouillement à l'envers et, pour cela, enlever la cx)uche tout d'une pièce, détacher le papier et n'employer l'eau chaude que lorsque ce retournement est effectué ; mais alors l'image se présente en sens inverse, les parties de droite se trouvent à gauche et réciproquement. Voilà pourquoi il faut user d'un cliché préalablement retourné, comme nous l'avons déjà indiqué : c'est le procédé de simple transfert. Dans le cas contraire, une fois le développement effectué, il faut retourner une seconde fois l'épreuve : c'est le procédé de double transfert. Examinons maintenant la méthode à employer.
L'épreuve retirée du châssis positif est tout d'abord
plongée dans Teau ; lorsqu'elle est distendue, et sans attendre, on la pose, gélatine en dessous, sur un papier préparé spécialement et dit papier de simple transfert; celui-ci est enduit de gélatine insolubilisée par Talun. On retire de l'eau les deux papiers collés l'un sur l'autre et, au moyen d'une raclette en caoutchouc, on assure l'adhérence bien complète des feuilles ; on met en presse pendant quinze ou vingt minutes.
Au bout de ce temps, on porte les épreuves dans un bain d'eau tiède à 25** ou 30** C; après quelques minutes d'immersion, la feuille de support de la gélatine bichromatée se détache et flotte sur l'eau; si cet effet tarde à se produire, on élève la température de l'eau .
On agite alors l'épreuve dans Teau chaude et, peu à peu, l'image se dépouille et se montre très complète si le temps de pose a été exact ; elle est noire et empâtée si la pose a été trop longue, sans détails si la pose a été trop courte.
C'est là, du reste, la véritable difficulté du procédé : l'appréciation du temps de pose. Le papier étant entièrement noir ne laisse voir aucune trace d'image ; il faut donc contrôler l'action de la lumière par un témoin, par un photomètre. Le moyen le plus simple consiste à employer un cliché de même valeur, à l'exposer à la lumière en même temps que celui qui reçoit le papier au charbon, et à suivre l'effet de l'insolation sur un papier aux sels d'argent placé derrière le cliché de contrôle. Il faut, en général, tirer un peu moins qu'avec les sels d'argent; un ou deux essais donneront les indications voulues.
154 ICEUYIÈMB LBÇON.
AU lieu d'un cliché ordinaire, on peut employer un des nombreux photomètres que Ton trouve dans le commerce. Le plus simple de ces instruments est composé d'une série de bandes de papier à calquer superposées en échelons, de telle sorte que le premier degré est constitué par une épaisseur de papier, le deuxième par deux, le troisième par trois et ainsi de suite. Chaque échelon porte un numéro imprimé en noir; il suffit donc de lire le dernier numéro marqué sur le papier sensible pour avoir une appréciation exacte de l'action de la lumière.
L'épreuve obtenue comme nous venons de le dire est en sens inverse du cliché ; si celui-ci n'est pas retourné, il faut donc retourner une seconde fois l'épreuve. Voici comment on opère. Au lieu de faire adhérer la feuille de papier recouverte de gélatine colorée et insolée à une feuille enduite de gélatine, papier de simple transfert, on la place sur une feuille imprégnée de stéarine, papier de double transfert. Le dépouillement s'opère de même façon, puis on applique Tirnage terminée et toute mouillée sur une feuille de papier do simple transfert, on met en presse et on laisse sécher.
Lorsque les deux feuilles ainsi collées sont bien sèches, on imbibe d'alcool avec un tampon de coton l'envers du papier stéarine, et bientôt la feuille de double transfert peut s'enlever. S'il reste un peu de stéarine sur l'image, on l'enlève en frottant avec le tampon à l'alcool.
Voilà la méthode la plus usitée et aussi la plus facile. Un autre procédé consiste à développer d'abord
sur verre dépoli au lieu et place du papier de transfert et à enlever sur papier après développement ; mais il n'est pas toujours aisé de régulariser l'action de l'eau chaude, qui agit surtout sur les bords, le verre étant moins bon conducteur de la chaleur que le papier.
épreuves sur papier Artl^e et sur papier gommé.
Un nouveau procédé supprime toutes ces manipulations et développe l'image à l'endroit sans aucun transfert. Il consiste dans l'emploi du papier Artigue et donne des résultats magnifiques ; mais on ignore encore la nature de cette préparation. Il suffit de sensibiliser ce papier spécial, enduit d'une couche noire, dans un bain de bichromate de potasse à 3 pour 100 et de le dépouiller directement dans Teau tiède. Cette opération est facilitée en mêlant de la sciure de bois à l'eau chaude. Avec un peu de soin, on peut de la sorte modifier l'action du développement, ménager certaines parties de l'image, diminuer l'épaisseur de celles qui restent trop noires.
Disons toutefois que ce procédé est assez coûteux et qu'il présente quelque difficulté dans son exécution, car le temps de pose doit être d'une exactitude absolue.
Un autre procédé, très en faveur aujourd'hui pour les photographies d'art ou prétendues telles, est le procédé à la gomme. Celui-ci est extrêmement simple, d'un bon marché exagéré, mais il exige des clichés un peu forts et ne donne pas toujours l'effet attendu. Il consiste à étendre au pinceau sur le papier une couche
composée de gomme à 40 pour 100 additionnée de bichromate de potasse et de couleur broyée à Teau (couleurs en tube pour aquarelle). On pose au photomètre, et Ton développe à Teau à peine tiède et à la sciure de bois.
Voilà quelles sont les principales méthodes de tirage par noircissement direct; d'autres systèmes ont été proposés, mais ils ne sont guère pratiques et restent encore à l'état d'expériences de laboratoire ; je les laisserai donc de côté.
Tirages par contact et par agrandUsement.
Les tirages par développement dont j'ai à vous parler maintenant ont été les premiers mis en pratique, et, dès le début de la Photographie, Blanquart-Evrard avait organisé à Lille une usine de tirage, dans laquelle il obtenait ses positives sur un papier à Tiodure d'argent, développé à l'acide gallique. Mais les images avaient une coloration peu agréable, et son procédé n'eut pas de succès, les papiers au chlorure d'argent et à noircissement direct donnant plus aisément des teintes meilleures.
On revient aujourd'hui aux tirages par développement, et l'emploi du gélatinobromure a rendu cette méthode plus facile en même temps qu'elle donne une bonne couleur aux épreuves.
Enfin les agrandissements sont devenus faciles avec ces papiers, et de là tout un système nouveau : petits clichés et grandes épreuves. Il y a effectivement un
très grand avantage à ne transporter sur le terrain que de petits appareils, 9 x 12 par exemple, et l'on ne peut se faire une idée aujourd'hui de toutes les difficultés qu'entraînait avec lui l'emploi des appareils de grandes dimensions. Je me rappellerai toujours la peine que j'ai eue à faire parvenir au sommet de la Maladetta une machine 30 x 40 et six plaques de ce format.
Nous examinerons successivement les tirages par contact et les tirages par agrandissement.
On trouve maintenant dans le commerce d'excellents papiers au hromure pour positifs, mais nous nous servons toujours des sortes fabriquées par MM. Lumière; elles sont toutes excellentes et d'une très grande régularité. Dans tous les cas, je vous donnerai pour conseil de ne pas changer de marque, et, lorsque vous serez habitués à une espèce spéciale, ne l'abandonnez pas.
Les papiers Lumière se font en trois sortes : le papier A à surface mate pour tirage par contact, le papier B à surface mate pour agrandissements, le papier C à surface brillante. La rapidité de ces trois espèces diffère dans les rapports suivants :
Marque des papiers A B C
Coefficient de pose 4 1 3-|-
Occupons -nous d'abord des tirages par contact. Ceux-ci se feront toujours à la lumière artificielle, lampe au pétrole ou bec de gaz. Pour mon compte, j'emploie toujours un bec Auer enfermé dans une lanterne à projection : j'ai alors un foyer lumineux à grande surface, ce qui est un avantage dans ce cas.
1J8 NEUVIBMB LEÇON.
Ed ouvraat et refermant vivement la porte de la lanterne, j*obtiens des pesés très précises et entièrement semblables entre elles.
Il est difficile de donner des durées approximatives pour les temps de pose, et Tappréoiation exacte de ces durées ne peut s'acquérir que par Texpérience. Il est donc de toute nécessité, au début, de faire quelques essais préalables au moyen de bouts de papier de petites dimensions; dans tous les cas, cette pose ne sera que de quelques secondes. Le papier coupé à la grandeur voulue est placé derrière le cliché, dans le châssis positif, et porté devant la source lumineuse ; puis on passe au développement.
Agrandissements.
Quand, au contraire, on procède par agrandissement, on emploie une disposition spéciale. On peut faire des agrandissements soit à la lumière du jour, soit à la lumière artificielle; le premier moyen est surtout utilisé avec les appareils mobiles, les cônes d'agrandissement; les seconds demandent une lanterne spéciale*
Un cône d'agrandissement consiste en une boîte portant à une de ses extrémités le petit cliché, au milieu un objectif, et à l'autre bout le papier sensible. On en trouve aujourd'hui dans le commerce plusieurs modèles excellents ; le plus complet est celui de M. Gaumont, car il permet des agrandissement» de diverses dimensions, et pour cela les distances entre le cliché, l'objectif et le papier sensible sont variables;
DES ÉPBBUVBS POSITIVES. 159
des points de repère soigneusement ûxés évitent tout tâtonnement et permettent d'agrandir un 6 1 x 9 en 9 X i% en 13 x 18 ou en 18 x 24.
Lorsqu'on a à sa disposition une fenêtre s'ouvrant au Nord (ou du moins à Tabri du soleil), on peut éta*blir, à peu de frais, un appareil à agrandissements de toutes dimensions. Pour cela faire» on bouche tous les carreaux de la fenêtre avec du papier noir ou du carton, ne laissant qu'une ouverture de la grandeur du plus grand oliohé à agrandir. En avant, o'est-à-dire en dehors, on dispose un réflecteur en papier blanc ou en glace étamée, en l'inclinant à 45<>» de manière à réfléchir sur le cliché la lumière envoyée par le ciel. Mais si Ton peut disposer d'un espace libre en avant de la fenêtre et si celle-ci se trouve au rez-de-chaussée ou sur une terrasse, on cherche à faire refléter sur le cliché la lumière du soleil au moyen d'un écran en toile blanche : on obtient alors un éclairage plus intense qui facilite la mise au point et réduit le temps de pose.
Enfin, très souvent, on opère à la lanterne, et par ce moyen on peut faire des agrandissements en toutes circonstances» La lanterne se compose d'une boîte de tôle, dans laquelle se place la source lumineuse : lampe électrique, chalumeau à oxygène, bec de gaz ou lampe au pétrole. A l'avant, un condensateur formé de deux grandes lentilles concentre la lumière sur le cliché; celui-ci est maintenu dans une coulisseï et en avant se trouve l'objectif qui agrandit l'image.
L'intensité du foyer lumineux varie suivant les divers modes d'éclairage que nous venons d'énumérer,
160 NEUVIÈMK LEÇON.
le pétrole donnant la lumière la plus faible, l'électricité la plus forte. Mais, en général, on est forcé par les circonstances d'adopter tel ou tel système, et souvent on n'a guère le choix. La lentille éclairante doit être d'un diamètre égal à la diagonale du cliché; ainsi, pour un cliché 9 x 12, il faut un condensateur de 15^°».
L'objectif peut être un objectif double à portrait; c'est le meilleur pour l'agrandissement des portraits. Mais, pour le paysage, les anastigmats sont de beaucoup supérieurs. Les uns et les autres doivent pouvoir se diaphragmer.
Dans tous ces systèmes, le papier sensible doit être placé sur un chevalet mobile, sur lequel on le Ûxe au moyen de grosses épingles (de tailleur) et non avec des punaises dont les têtes produisent des taches blanches sur l'épreuve.
La mise au point est souvent difficile, car on ne se rend pas aisément compte du moment où l'on a obtenu le maximum de netteté que peut donner le cliché employé; aussi est-il plus facile de faire une mise au point préalable avec un test formé d'un morceau de gaze de soie collé sur un verre. On pose celui-ci à la place que doit occuper le cliché, et Von met au point les mailles de la gaze. Le plus ordinairement l'image n'est pas nette sur toute sa surface, elle devient floue sur les bords; on rétrécit alors le diaphragme jusqu'à ce que la netteté générale soit suffisante. En avançant ou reculant plus ou moins l'écran, on augmente ou diminue la grandeur de l'image.
L'appareil étant ainsi réglé, on met en place le papier
sensible, en ayant bien soin de ne pas le mettre à Tenvers. (On distingue parfaitement le côté gélatine en touchant la surface essayée avec le doigt humecté.) Pendant cette opération, il est nécessaire de fermer l'objectif, de softe que l'on ne voit plus ce que l'on fait; on évite cet inconvénient en mettant devant l'objectif un verre jaune suffisamment foncé, qui permet encore de distinguer l'emplacement occupé par l'image et arrête l'action photogénique de la lumière pendant le temps très court que demande cette opération.
La pose étant faite, on procède au développement, celui-ci peut se faire de plusieurs façons : au fer, au diamidophénol ou à Vhydroquinone. Chaque mode de développement a ses partisans et donne de bons résultats ; mais, quel qu'il soit, les manipulations exigent beaucoup de soins pour éviter les mauvaises colorations et les taches.
L'oxalate de fer a été tout d'abord employé ; voici une excellente formule :
A.. — Eau 1000"
Sulfate de fer 3006'
Acide tartrique 25
B. — Eau 1000«*-
Oxalate de potasse 300 «'
G. — Eau 1000"
Bromure de potassium 10 «'
On mêle pour l'usage et au moment de s'en servir :
A 100 parties.
Iu2 IfBUYiiMB LEÇONi
L'épreuve, préalablement distendue dans Teau et appliquée sur le foûd d'une cuvette un peu plus grande que le format du papier* est inondée d'un seul jet avec le développateur. Aussitôt l'image venue au point voulu, on rejette le bain de fer et on le remplace im^ médiatement par Un bain aoide oomposé soit d'acide ohlorhydrique & 2 pour 100» soit d'acide citrique à 5 pour 100, afin de dissoudre les sels de fer qui pourraient adhérer à l'image et qui formeraient des taches. On lave et l'on ûxq*
MM. Lumière ont proposé l'emploi du diamidophénol, et aujourd'hui presque tous les développements de papier bromure se font avec cette substance. Le bain se compose de :
Eau bouillie 1000"
Sulfite de soude cristallisé 40**
Diamidophénol 6
Bromure à 10 pour 100 2
Le développement s'effectue très vite et donne une belle coloration rappelant les épreuves au platine.
Ce bain ne se conserve pas et* doit être préparé au moment de s*en servir ; toutefois on peut faire à l'avance la solution de sulfite de soudOi On peut développer cinq ou sii épreuves de suite dans lé même bain, mais pour une plus grande quantité, 11 faut le renouveler.
Enfin, Vhydroquinone a la préférence de quelquesuns et donne plus facilement que tous lès autres développateurs des tons noirs bruns.
DES ]âFBEUVB9 POSITIVES. 163
Voici une bonne formule :
Eau bouillie 1000*'
Sulfite de soude cristallisé 150»'
Hydroquinone . 4 .»<•*« .1 .... i ...:.. . 4
Paramidophénol (base),. 3
Lithine caustique 4
Bromure à 10 pour 100 2
Cette solution mère est étendue de moitié d*eau pour rusftge; il est bon de ne développer que quelques épreuves dans chaque quantité de bâin^ autrement les blancs pourraient jaunir.
Le fixage de fait dans la solution suivante :
Eau 1000"
Hyposulfite de soude 200»'
bisulfite de Soude liquide 25"
Les lavages ne doivent pas se prolonger au delà de deux heures; sinon les épreuves perdraient leur fraîcheur.
Montage d«s épréUYdi.
Les épreuves positives ainsi obtenues^ par noircissement direct ou par développement, ne sont pas encore terminées. Elles doivent encore être rognées, de façon à éliminer toutes les bavures qui peuvent s'être produites sur les bords. Cette petite opération se fait au moyen d'un canif ou d'une pointe à couper et d'un calibre ou équerre en verre. Pour obtenir des bords bien nets, on place l'épreuve sur une feuille de verre ou sur une plaque de zinc et, appuyant fortement le
calibre sur Timage, on coupe rapidement et sans hésitation. Les très petites épreuves 4^x6 et 6-|-x9 peuvent se couper aux ciseaux, et, dans ce cas, le calibre sert à guider les branches des ciseaux, qui doivent être assez longues pour trancher chaque bord en une seule fois.
Une fois découpées, les épreuves sont la plupart du temps collées sur cartons, de grandeur et de couleur variées, suivant le goût de chacun. Avant de procéder au collage, on immerge toutes les épreuves dans Teau et, quand elles sont bien distendues, on les retire et l'on enlève avec du papier buvard blanc Teau qui est adhérente. On les met en pile, puis on les enduit à Tenvers de colle d'amidon; on les applique sur le bristol, on recouvre le tout avec une feuille de papier buvard blanc et Ton frotte à la main en tous sens.
Les épreuves ainsi collées et bien sèches sont enfin passées au cylindre, d*où elles sortent parfaitement planes et satinées.
Bien des amateurs se contentent de placer leurs épreuves dans des albums à encoches; de cette façon, il est facile de changer une épreuve sans être obligé de la décoller, ce qui présente parfois des inconvénients.
Positives transparentes sur verre.
Les épreuves sur verre sont très employées aujourd'hui pour les projections et elles sont très faciles à obtenir grâce aux plaques spéciales que l'on trouve dans le commerce.
Ces tirages se font soit par contact, soit par réduction à la chambre noire.
Lorsque les clichés sont à la dimension voulue, 6 ^ X 9, 8 X 9 et même 9 x 12, le tirage par contact est tout indiqué. Il suffit alors de placer dans un châssis positif le cliché, de lui superposer une plaque à positifs, de poser très peu à la lumière artificielle et de développer avec le bain ordinaire additionné d'une forte quantité de bromure de potassium.
Lorsque les clichés sont plus grands, 13 x 18 par exemple, il faut les réduire à la chambre noire en les photographiant par transparence, ce qui se fait sans difficulté avec une chambre à trois corps. Dans ce cas, la pose doit être plus longue que dans les tirages par contact, et quelques essais préalables sont nécessaires.
D'une manière générale, les épreuves transparentes doivent être peu développées, les grands blancs doivent être d'une transparence complète, les noirs aussi peu opaques que possible. Ce double effet s'obtient en bromurant fortement le développateur et en posant suffisamment pour que le développement s'opère avec rapidité.
Ces épreuves, après avoir été fixées, lavées et séchées, se montent en les doublant d'un second verre mince pour préserver la couche de gélatine ; on interpose entre eux une cache de papier noir et Ton borde avec du papier aiguille; enfin, à l'endroit et à droite, on place un petit pain à cacheter blanc qui servira d'indicateur pour la mise en place dans la lanterne.
IMPRESSIONS PHOTOMÉCANIQUES.
Les épreuves photographiques, qu'elles soient ob^ tenues par les procédés aux sels d'argent ou au charbon, ont toutes l'inconvénient de nécessiter des manipulations fort longues; de plus, elles sont toujours assez Coûteuses. D'autre part, les épreuves aux sels d'argent n'ont qu'une solidité, une stabilité assez problématiques. De là l'hésitation des éditeurs à les employer pour l'illustration du livre; il leur fallait, en effet, des images photographiques inaltérables comme les gravures ordinaires, pouvant se produire rapidement à la machine, et d'un prix de revient peu élevé.
Entrevu depuis longtemps, ce problème n'a été complètement résolu que dans ces derniers temps : tout d'abord les reproductions mécaniques furent difficiles à obtenir, et les images ainsi produites étaient ou insuffisantes, ou d'un noir uniforme, ou, au contraire, d'un gris sans effet.
Mais le problème avait une telle importance que
IMPRESSIONS PHOTOMÉCANIQUES. Iti7
partout les chercheurs se sont mis à l'œuvre; peu h peu, les procédés se sont modifiés, améliorés; aujourd'hui les impressions photographiques sont choses courantes, et il est peu d'éditeurs qui n'aient recours à ce mode d'illustration.
Aussi allons-nous étudier avec quelques détails les différentes méthodes employées dans les ateliers de lithographie et de typographie.
Effectivement, certain procédé emprunte au lithographe son mode dlmpression, c'est-à-dire des planches à surface continue, sans relief appréciable; d'autres procédés, au contraire, utilisent de grands reliefs semblables à oeux des caractères et des clichés typo^ graphiques.
Enfin, la gravure photographique en creux est une véritable gravure à l'aquateinte, et elle se tire par les mêmes moyens.
Tous ces procédés sont basés sur deux réactions connues depuis longtemps : Tune n'a fait que continuer l'œuvre de Niepce et emploie le bitume de Judée que la lumière rend insoluble; mais ici il n'y a possibilité que de reproduire des dessins sans demi-teintes conti^ nues. L'autre réaction use de gélatine bichromatée comme dans le procédé au charbon que nous avons déjà décrit, et peut donner des demi-teintes continues. Mais la gélatine a l'avantage de donner également les résultats obtenus avec le bitume de Judée; aussi ce dernier est-il presque tout à fait abandonné aujourd'hui^ à cause de sa lenteur à s'impressionner à la lumière, et on lui préfère la gélatine, qui demande à peine
quelques minutes d'exposition au lieu des heures qu'il exige.
Procédés à deml-telntes oontinnes.
Nous décrirons d'abord le procédé désigné primitivement sous le nom de Phototypie, auquel on a substitué plus tard celui de Collographie, qui est plus exact.
Comme j'ai eu l'occasion de le dire dans l'exposé général des méthodes photographiques, c'est un ingénieur français, Poitevin, qui a découvert cette propriété singulière delà gélatine bichromatée, de retenir l'encre grasse des lithographes partout où elle a subi l'action de la lumière et de la repousser dans les parties non insolées, qui absorbent l'eau comme la pierre lithographique.
Il y avait donc, par ce fait, identité entre ces deux méthodes, d'où le nom de Photolithographie donné à l'origine au procédé.
Mais la gélatine bichromatée diffère de la pierre lithographique par une propriété spéciale et essentielle : c'est de retenir l'encre proportionnellement à l'action de la lumière, et elle donne ainsi des demiteintes continues, ce que ne peut faire la pierre lithographique. En effet, si vous examinez à la loupe une lithographie au crayon reproduisant des demi-teintes, vous constatez que la couche d'encre n'est pas continue, qu'elle est constituée par une infinité de petits points (le graine de la pierre), que les noirs sont fournis par des points serrés, que les gris foncés présentent des points plus écartés, que dans les clairs ces points sont
IMPRESSIONS PHOTOMÉCANIQUES. 169
encore plus éloignés les uns des autres, et qu'il n'en existe point dans les blancs.
Ce fait est capital, essentiel, et il nous servira à expliquer les insuccès de nombre de recherches.
Le procédé de Collographie donne des épreuves à teintes continues identiques aux photographies aux sels d'argent. Il consiste essentiellement à déposer sur une surface dressée, bien plane, une couche de gélatine bichromatée; celle-ci est à son tour placée sous un cliché négatif et exposée à la lumière.
La couche insolée est mouillée abondamment, essuyée à l'éponge, puis au chiffon, et recouverte d'encre d'imprimerie au moyen d'un rouleau de lithographe ou de typographe. L'encre s'attache en quantité sur les noirs de l'image, en proportion moindre sur les demi-teintes, elle n'adhère pas sur les blancs. Sur la planche ainsi encrée on pose une feuille de papier blanc et au moyen de la presse on obtient une épreuve.
Voilà la méthode dans son ensemble; nous allons l'examiner en détail dans chacune de ses parties.
Le support était primitivement une pierre lithographique sur laquelle on étalait une couche très mince de gélatine bichromatée. Mais la pierre- était lourde, difficile à placer dans un châssis positif; d'un autre côté, la couche de gélatine trop mince ne donuait pas toutes les demi-teintes et les épreuves étaient dures, sans nuances, d'un aspect uniforme blanc et noir.
Plus tard, on substitua à la pierre les feuilles de cuivre plané des graveurs en taille-douce. Les manipulations devinrent plus faciles; la gélatine adhérait
170 OIXIÈMl LEÇON.
avec force au métal et elle ne s'enlevait plus en écailles comme cela arrivait trop souvent sur la pierre.
Arosa produisit le premier des épreuves excellentes par l'emploi de ce procédé, et à Toulouse M. Quinsac obtint également avec lui des résultats absolument parfaits ; il y a donc lieu décrire ses manipulations, bien qu'il soit presque abandonné aujourd'hui dans les grands ateliers et remplacé par une application sur dalles de verre.
Le cuivre, cuivre rouge, en feuilles de 4°>«a à 6»» d'épaisseur, est d*abord dressé et plané par un ouvrier spécial, le planeur; puis on le dépolit au moyen de grès pulvérisé, de façon à obtenir une surface mate bien égale. Cette opération a pour but de renforcer Tadhérence de la couche de gélatine, car celle-ci, versée sur la surface polie des plaques de graveur en taille*douce, s'enlèverait d*elle«méme au séchage.
Sur la plaque préparée comme nous venons de le dire on étend une couche de gélatine composée de :
re
et
Eau 230
Gélatine 30
Colle de poisson vraie. 10
Eau 120
Bichromate de potasse. . . « * 10^
On sèche à l'étuve an ne dépassant pas 40<>.
On insole sous un cliché, en s'aidant d'un photo* mètre, pour se rendre compte du temps de pose : c'est là le défaut du procédé et ce qui Ta fait abandonner dans les ateliers actuels.
IMPRESSIONS PHOTOMÉCANIQUES. 171
La planche insolée à point est mise à dégorger dans Teau jusqu'à ce que le bichromate soit entiôrement éliminé; puis elle est placée sur la presse et encrée.
Pendant le tirage, on mouille la planche comme le lithographe qui tire sur pierre.
Par ce procédé M. Quinsac obtenait des épreuves de toute beauté; mais le cuivre ne pouvait guère se tirer qu*à la presse à bras, ce qui élevait considérablement le prix des tirages. C'est ce qui a causé Tabandon de cette excellente méthode.
Elle est remplacée aujourd'hui par un procédé sur dalles de verre; et ici nous allons entrer dans des détails complets, car c'est le procédé le plus pratique, celui qu'il faut employer et qui donne assez facilement de bons résultats. Il est certainement, maintenant, à la portée de tout lithographe soigneux, patient et un peu persévérant.
Le support consiste dans des dalles de verre épais de icm ^ 2^°*, suivant les dimensions, les petites dalles n'ayant pas besoin d'une forte épaisseur. Leur surface est dépolie et leurs bords arrondis, de façon à ne pas couper le papier au tirage.
La gélsitine doit être choisie avec soin; toutes les sortes ne sont pas bonnes à employer, et il faut distinguer les gélatines dures et les gélatines molles, les unes donnant des couches absorbant peu d'eau, les autres, au contraire, gonflant beaucoup ; dans la pratique, on fait des mélanges, et ceux-ci varient avec l'époque de l'année : il faut augmenter en hiver la proportion de gélatine molle et la diminuer en été. Trois
marques sont employées de préférence : la gélatine anglaise de Nelsson, excellente, mais deux fois plus chère que les autres ; la gélatine de Drescher, marque spéciale pour la Photographie, et la gélatine Coignet, marque Médaille d'or.
A ce propos, je dois vous prévenir que les gélatines subissent à la longue une sorte de décomposition, surtout si elles sont placées dans un endroit humide; elles perdent alors leur consistance et leur élasticité et ne peuvent supporter un long tirage.
N'employez donc que des gélatines fraîchement fabriquées et achetées depuis peu; placées dans de bonnes conditions, vous pourrez les conserver pendant un an.
Le bichromate de potasse doit être en gros cristaux, et il est inutile de demander au droguiste du bichromate pur; au contraire, le bichromate du commerce donne de meilleurs résultats, sans que Ton sache trop pourquoi; mais c'est là un fait que la pratique a démontré.
L'eau distillée est non seulement inutile, mais elle donne plutôt de mauvais résultats ; pour le procédé dont nous parlons, l'eau de nos fontaines est excellente.
Vous avez donc en mains : gélatine, bichromate et eau; il ne reste plus qu'à préparer votre enduit sensible. Les manipulations nécessaires pour cela seront facilitées par l'emploi du vase à cuire de Voirin, qui n'est autre qu'un bain-marie en cuivre ; il vous faudra de plus un filtre à chaud et un thermomètre.
IMPRESSIONS PHOTOMÉCANIQUES. 173
Vous mettez donc dans un vase en verre de Bohême :
Eau 400"
Gélatine Drescher 32 «'
Gélatine Nelsson n" 2 8
et vous laissez la gélatine se gonfler pendant quelques heures; quand elle est saturée d'eau, vous placez le verre de Bohême dans la pince, puis dans le bain-marie, et vous portez le tout sur un fourneau à gaz; quand la gélatine est entièrement dissoute et bien mêlée en la remuant avec un agitateur en verre, vous ajoutez 6r de bichromate de potasse pr^lablement pulvérisé, vous laissez cuire le tout pendant une demi-heure, et vous procédez ensuite à une première filtration sur une flanelle serrée et préalablement lavée à l'eau bouillante.
Vous filtrez une seconde fois et v,otre gélatine bichromatée est prête.
Pendant cette opération, vous avez préparé les dalles en les recouvrant d'une couche composée de :
Bière légère 200"
Silicate de potasse 20»'
Les dalles ainsi enduites sont ensuite portées à l'étuve, et quand elles seront sèches on les couvrira de gélatine.
Uétuve se compose d'une caisse de bois supportée sur quatre pieds, à fond de tôle et portant en son milieu une grande glace dont on assure Thorizontalité parfaite en s'aidant d'un niveau à bulle d'air et au
174 OtXiÈlCI LEÇON*
moyen dd vis calantes adaptées à dôs traverses ; un couvercle percé de trous recouvre le tout; enfin, audessous» on place un fourneau à gaz.
Les dalles silicatées, bien mises de niveau et parfaitement sèches, la température de Tëtuve s'élevant à 40», on procède à l'étendage de la gélatine bîchroma» tëe, en ayant soin de vérifier auparavant son degré de chaleur, qui doit être également de 40».
On verse alors à la surface des dalles la gélatine bichromatée, de façon k former une couche d'un demimillimètre d'épaisseur, soit 30<« pour une dalle de 21 X -25.
Avec le doigt on étend la gélatine versée d'abord au milieu de la dalle, et Ton cherche surtout à éviter les bulles d'air; s'il s'en présentait, on les crèverait avec la pointe d'une aiguille.
Toutes les dalles étant couvertes, on ferme l'étuve lentement et avec précaution, de façon à ne pas soulever de poussière, et Ton chaufife environ deux heures à deux heures et demie en maintenant constamment la température à 40°.
Sous aucun prétexte il ne faut ouvrir Tétuve pendant le séchage ; autrement, on provoquerait des inégalités dans la couche.
Il faut éviter également les courants d'air dans la pièce où l'on opère et n'ouvrir et ne fermer les portes que très doucement et le moins souvent possible.
Au bout de deux heures, on éteint le fourneau et on laisse refroidir très lentement.
Toutes les opérations que nous venons de décrire
IMPRESSIONS PHOTOMilGANIQUES. 175
ont été f&itôB à lA lumière du jour, la gélatitie biohro^ lâatée n'étant sensible que lorsqu'elle est sèôhe.
Il faut douze heures environ pour que Tétuve soit oomplètement refroidie.
Où enlève alors les plaques en s'éôlairant à la lumière jaune et on les serre dans une boîte à rainures. En cet état, elles sont prêtes à l'insolation, mais elle! ne se conservent bonnes à l'usage que deux ou trois jours; en tout cas, il vaut mieux les employer le len^ demain de leur préparation.
Retournement des clichés, — Le cliché dont on se servira sera un cliché retourné, sinon on aurait des épreuves à l'envers; et la chose se comprend aisément. Vous savez que dans le cliché ordinaire l'image est à l'envers et que cette image se trouve reproduite à l'endroit sur la positive qui en résulte. Sur la dalle insolée derrière le clichéi il se produit également une positive, mais celle-ci, en donnant une épreuve à l'impression, la retourne aussi^ mais sans inverser les teintes; et les choses placées à droite dans l'original se trouveraient à gauche dans le tirage.
Par quel moyen retourne*t-on les clichés? Tout simplement en les enlevant de leur support de verre ; on obtient de cette façon une pellicule que Ton peut appliquer contre la dalle, en la retournant dans le sens opposé*
Rien de plus aisé quand on a affaire à des clichés sur COUodion: il suffit alors (à la condition d'avoir talqué le verre avant de répandre le collodion à sa
176 DIXIÈME LBCON.
surface) de recouvrir cette couche de coUodion d'une solution de caoutchouc dans la benzine à raison de 8 à 10 pour 100; lorsque la benzine est évaporée, on verse une couche de collodion à 1 pour 100, qui empêchera le caoutchouc de se coller. On fait un trait au canif tout autour de la plaque et la couche s'enlève facilement.
Les pellicules ainsi obtenues sont très minces, ce qui fait qu'on éprouve quelques difficultés pour les étendre convenablement dans les châssis. On fait alors cet enlevage à la gélatine. Pour cela, on prépare une solution de
Eau 500"
Gélatine 40»'
Glycérine . 5
Alcool 25"
L'alcool est ajouté goutte à goutte, en agitant continuellement la solution pour éviter la coagulation.
On met de niveau le cliché sur un pied à vis calantes et l'on verse à sa surface une épaisseur de 2"™ à 3"»"» de gélatine, puis on laisse sécher. Sur la gélatine sèche on verse une couche de collodion à 1 pour 100 pour éviter les moisissures, on coupe au canif sur les bords et l'on enlève.
Les plaques au gélatinobromure se prêtent moins facilement à cette opération, et bien des méthodes ont été proposées. Voici la meilleure à mon avis ; c'est du reste la dernière publiée par les journaux de Photographie.
IMPRESSIONS PHOTOMÉCANIQUES. 177
On commence d'abord par insolubîliser la couche de gélatine au moyen du formol :
Eau 100"
Formol 8»'
Glycérine 1
On étend au pinceau cette solution sur la gélatine, et on laisse sécher.
Lorsque le cliché est sec, on fait une incision au canif à 2™"^ ou 3™°» des bords et on le plonge dans le bain suivant :
Eau 100 "
Acide chlorhydrique 58'
Au bout d'un certain temps, le cliché se sépare du verre; on change l'eau plusieurs fois pour éliminer toute trace d'acide.
On retourne ensuite la pellicule et on Tenlève avec la plaque, de telle façon que le côté qui était en dehors soit posé sur le verre.
On fait sécher, et il n'y a plus qu'à enlever la pellicule, qui est alors parfaitement plane.
On peut doubler ce cliché, si on le trouve trop mince, avec une feuille de gélatine ou avec une couche de collodion épais à 3 pour 100.
Il suffit, le cliché étant sec, d'inciser la couche tout autour et d'enlever.
Si Ton veut éviter toutes ces manipulations, on peut employer, pour faire les clichés, les glaces pellicu-
i7S DIXIKMI LEÇON.
laires de Jougla ou de Guilleminot, ou encore le papier pelliculaire de Balagny.
Au lieu de détacher la couche de gélatine, ce qui est toujours une opération délicate, on peut produire de toutes pièces un cliché retourné sans toucher à l'original.
Je citerai deux procédés.
Vous tirez, par contact si vous avez besoin d'un cliché de même grandeur, à la chambre noire si vous voulez réduire, une épreuve positive transparente en employant des plaques à couches minces et lentes dites à diapositives; les plaques rouges de Lumière peuvent également servir.
Quand l'épreuve est complètement venue et après un lavage abondant, on la plonge dans le bain suivant :
Eau 1000"
Bichromate de potasse 20
Acide nitrique 5
et on la porte au jour jusqu'à ce qu'elle soit entière' ment blanche.
On soumet ensuite l'épreuve à un lavage à grande eau, puis on la passe dans un bain de sulûte de soude à 4 pour 100 pour enlever toute trace de bichromate. Enfin on l'immerge de nouveau dans le bain de déve« loppement, où elle se transforme alors et de positive devient négative ; il ne reste plus qu'à fixer.
Le procédé aux poudres est excellent ; il permet de modifier un cliché, de faire venir des détails insuffisamment développés.
IMPRESSIONS PHOTOMÉCANIQUES. 170
On prépare la solution suivante :
Eau 800"
Gomme arabique 40»'
Glucose 80
Suore blano • 16
Solution saturée da bichromate de
potasse 200"
Là solution vieille de deux ou trois jours donne de meilleurs résultats que lorsqu'elle est fraîchement préparée.
On étend cette mixtion sur un verre parfaitement nettoyé, et Ton fait sécher à la chaleur, à Fabri de la lumière.
Dès que la couche est sèche, on expose la plaque derrière le cliché, puis on procède au développement de la manière suivante :
Après avoir retiré la plaque du châssis et l'avoir exposée quelques minutes à l'air humide du labora* toire, on la développe au moyen de plombagine très finement pulvérisée. A l'aide d'un pinceau on passe sur toute la surface de la plaque cette plombagine bien sèche, qui s'attache partout où la lumière n'a pas agi ; le ciel devient noir. En passant plusieurs fois le pinceau, on arrive à renforcer les parties trop transparentes. Si la plombagine adhérait difficilement, on exposerait la plaque quelques instants au-dessus d'une cuvette d*eau ; enfin, on peut également faciliter l'adhé^ renée de la plombagine en projetant l'haleine sur les parties à renforcer.
Lorsque le négatif ainsi produit a toute l'intensité
voulue, on dégage bien les blancs avec un pinceau sec, et Ton verse à sa surface une couche de coUodion à 1 pour 100 de coton.
Le coliodion ayant fait prise, on plonge la plaque dans Peau pour dissoudre tout le bichromate qui colore en jaune les parties transparentes de l'épreuve.
On a ainsi un cliché retourné et tout prêt aux impressions.
Insolation. — Le cliché pelliculaire étant obtenu, on insole au châssis positif jusqu'à ce que tous les grands noirs soient bien accusés et les détails bien nets partout.
Il est facile de vérifier l'état de l'insolation en ouvrant le châssis et en regardant à l'envers.
La pose faite, il faut procéder à une seconde insolation pour obtenir une adhérence complète de la couche de gélatine à la surface du verre.
Pour cela, on place la couche de gélatine sur un morceau de drap noir et on l'expose à la lumière pendant deux ou trois minutes à l'ombre. On lave alors la plaque jusqu'à disparition absolue de la teinte jaune, et ensuite elle est prête pour l'impression. On la porte sur la presse.
Impression, — - On pourrait au besoin se servir d'une presse lithographique ordinaire, mais on risque de déchirer la couche avec le râteau ; on évitera cet accident en mettant sous le cuir du châssis une plaque de zinc assez épaisse, de 14"™ environ.
IMPRESSIONS PHOTOMÉCANIQUES. 181
Quoi qu'il en soit, il vaut infiniment mieux employer le râteau à rouleau que nous avons combiné dès nos premiers essais. Cet accessoire, très simple, est ainsi constitué : à chaque extrémité du morceau de bois qui porte sur la pierre sont fixées deux attelles de fer faisant une saillie de 10*"" ou 12*^". Ces attelles sont percées d'un trou dans lequel pivote une tige de fer de 2cm (Je diamètre. Sur cette tige est emmanché un rouleau de bois dur de 10«™ à 12«™ de diamètre. On comprend sans peine que, grâce à cette disposition, la pression est donnée par le mouvement rotatoire d'une surface cylindrique, et non par glissement sous une surface résistante. De là cette qualité importante pour le tirage des couches de gélatine, de ne pas occasionner les arrachements qui se produisent assez fréquemment avec le râteau ordinaire des lithographes.
Enfin, on évitera toute difficulté en employant les excellentes presses phototypiques de Voirin, à rouleau oscillant.
Quelle que soit la presse utilisée, on commence par caler la dalle au moyen de griffes ordinaires, et Ton a le soin de placer au-dessous une feuille de papier blanc pour suivre Tencrage.
Mais, avant cette opération, il faut soumettre la dalle à un mouillage à la glycérine. Pour cela, on la pose (sèche) sur le pied à caler et on la couvre, suivant son état, de l'un des bains suivants :