FLINT
Silice 42,5
Oxyde de plomb 43,5
Potasse 11,7
Alumine 1,8
Chaux 0,5
Arsenic traces.
Il y a longtemps que la fonderie de Paris avait obtenu des combinaisons toutes différentes, mais les opticiens ne savaient pas les employer, et ces nouveaux types étaient tombés dans Toubli. Zeiss à léna, poussé par le docteur Rudolph, essaya de les travailler, mais
les fondeurs allemands ne savaient pas les produire à coup sûr. Ils obtinrent alors une large subvention du gouvernement allemand et arrivèrent enfin à les fabriquer couramment.
Mais M. Mantois s'est de nouveau mis à Tœuvre, et a si bien perfectionné cette fabrication, qu'il fournit maintenant une énorme quantité de verres aux opticiens allemands; à Goerz, par exemple, il expédie chaque semaine plus de 1000^8 de verres.
Voici comment se font ces verres :
On met dans un creuset de grande capacité, pouvant contenir de 600^6 à 1000*'g, la silice, la potasse, enfin les matières que l'on veut associer.
Le creuset rempli, le four est muré et l'on ne laisse qu'une petite ouverture, la gueule, par laquelle on pourra vérifier la marche de la fonte et la travailler.
On enfourne les différents éléments par quantités successives, car le premier effet du feu est de faire bouillonner, mousser la matière en fusion; si Ton remplissait trop le creuset, elle s'échapperait.
Il faut de quinze à dix-huit heures pour ces enfournements successifs.
On chauffe alors pendant dix heures environ, et l'on passe à l'affinage de la matière, c'est-à-dire qu'on la chauffe à outrance de façon à obtenir un mélange bien homogène, et à faire remonter à la surface toutes les bulles d'air ou de gaz qu'elle contenait tout d'abord; pour cela, il faut une température de 1600» à 1800* et il arrive par trop souvent que les creusets en terre fondent eux-mêmes; dans ce cas, tout est perdu.
Cette période de chauffe dure de vingt à trente heure^; on enlève alors de petites quantités de verre et l'on voit si toutes les bulles ont disparu.
Quand ce résultat est obtenu, on écréme la masse afin d'enlever toutes les substances étrangères qui sont remontées à la surface, et Ton passe à une nouvelle opération, le brassage; en remuant la matière avec une barre de fer recouverte de terre réfractai re, on la mélange bien, on l'empêche de se séparer en couches diverses et Ton obtient une masse bien homogène.
Pendant dix à quinze heures, on brasse ainsi la matière, et chaque ouvrier ne peut travailler plus de cinq minutes de suite, à cause de la chaleur intense qui s'échappe par la gueule du four. On laisse alors tomber le feu peu à peu pendant l'opération du brassage, le verre s'épaissit et lorsqu'on ne peut plus remuer la barre de fer, on laisse refroidir pendant cinq à six heures, jusqu'au moment où la surface du verre rend un son franchement cristallin. On mure alors le four et on laisse le refroidissement complet s'opérer très lentement, dix à quinze Jours, quelquefois un mois, pour éviter la trempe du verre.
Au bout de ce temps, on démolit le four et l'on ouvre le creuset, dans lequel on trouve la masse de verre toujours brisée en morceaux plus ou moins gros.
On étudie alors à la loupe chaque morceau, au moyen d'un marteau on élimine les parties défectueuses où se trouvent des bulles et des fils, et ces morceaux perdus représentent souvent la moitié de la masse totale.
Bien heureux quand toute la masse ne s'est pas cris-
tallisée ou dévitrifîée, accident assez commun et qui rend tout le travail iautile.
Une fois reconnus bons, les morceaux sont placés dans des moules de terre et j)ortés dans des fours : c'est le moulage; il ne faut plus chauffer qu'à 800» environ pour rendre le verre pâteux et non fluide. On moule en plateaux ou en lentilles qu'il faut encore recuire. Enfin on polit deux faces opposées, on vérifie l'intérieur et on livre à Topticien.
On comprend combien les difficultés augmentent avec la dimension des morceaux moulés; aussi, je vous citerai ce qui s'est passé pour fondre la plus grande lentille connue, qui mesure 1",05 de diamètre.
Tout d'abord, M. Mantois obtint dans un énorme creuset un bloc homogène pesant 240 "^s; après élimination au marteau et à la meule des parties défectueuses, on effectua un premier moulage en forme de décagone.
Un nouvel examen montra de nouveaux défauts, mais ceux-ci étaient à la surface et on put les enlever; le bloc ainsi corrigé affectait une forme en arc de cercle, il fallut le mouler une seponde fois.
Après ce second moulage, on put achever l'enlèvement de tous les fils, de toutes les bulles, et le bloc au lieu de 240'^s se trouvait réduit à 145^^8:.
Enfin, un dernier moulage l'amena à la forme voulue.
Il avait fallu dix-sept mois de travail pour arriver au but, et cela grâce à une heureuse conduite de tous les temps de l'opération, car trop souvent un accident oblige à tout recommencer.
Vous comprenez sans peine à quels prix élevés arrivent ces énormes masses de verre.
Mais revenons un peu en arrière. Le moulage se fait au creuset de terre, ou à la presse : je vous ai décrit le premier; le second consiste à ramollir des disques découpés dans les plateaux, ou des masses de volume calculé par une pesée, et à les soumettre à une presse en fonte composée de deux mâchoires. Le travail fait ainsi est beaucoup plus rapide, les pièces ont meilleur aspect; mais il est plus difficile de recuire et d'éviter la trempe.
Le travail du fondeur est ainsi terminé, et celui de l'opticien va commencer.
Travail des lentiUes.
L'opticien débite les plateaux carrés du fondeur; au diamant il trace un cercle, et à la pince il dégrossit les bords. Plus simplement, il prend un verre moulé. Si celui-ci est trop épais, il supprime à la scie enduite d'émeri la partie supplémentaire.
Puis le travail du tour commence.
Le tour d'opticien ne ressemble pas à celui du tourneur en bois; au lieu d'être horizontal, il est vertical. Le tour français est actionné à la main, le tour allemand au pied, au moyen d'une pédale et d'un renvoi de mouvement.
Dans les grandes usines (il en existe plusieurs dans les Vosges), les tours sont actionnés par un moteur hydraulique, mais pour l'opération du dégrossissage
58 TROISIÈME LBCON.
seulement. Le finissage se fait toujours à la inain.
Si Ton a à travailler une surface plane, lentille planconvexe ou plan-concave, on monte sur le tour un plateau de fonte soigneusement dressé, on Tenduit d'une bouillie d'émeri et l'on use la surface du verre jusqu'à ce qu'elle soit devenue plane.
Pour les surfaces courbes, on met à la place du plateau droit des mandrins courbes (balles) tournés avec un soin extrême et de rayon déterminé; les uns sont en saillie, les autres sont creux. A Témeri, on fait le même travail de mise en forme pour les surfaces courbes, comme on l'a fait pour les surfaces planes.
Il reste encore à arrondir les bords laissés bruts. Pour cela, on colle à chaud, au moyen d'un mastic résineux, la lentille à déborder sur un mandrin de bois qui se fixe sur l'axe du tour. Au moyen d'un cylindre de fer enduit d'émeri à l'intérieur, on arrondit la lentille.
Celle-ci étant mise à la forme est dépolie, il reste à la polir^ sans altérer les courbures.
Pour cela, on colle sur le plateau ou sur la balle du papier, on le couvre de tripoli en poudre impalpable et l'on polit la surface. On achève ce polissage avec du rouge d'Angleterre.
Certains verres de la nouvelle série sont extrêmement durs et Ton ne parvient à leur donner le dernier poli qu'en enduisant les balles avec de la poix; le travail est plus difficile alors et demande des ouvriers exercés.
Arrivées à ce point, les lentilles doivent être réunies
entre elles et collées, ce qui se fait au moyen de baume de Canada, que Ton chauffe à une température déterminée.
Il ne reste plus qu'à monter les lentilles ainsi faites dans une monture de cuivre : simple travail de tourneur et qui demande également beaucoup de soins et de précision.
Essai des objectifs.
L'objectif terminé, il faut encore, par des essais, déterminer ses qualités ou ses défauts, et c'est là une chose que tout amateur doit savoir faire.
Quelles sont donc ces opérations?
Pour la partie mécanique, la monture : toutes les parties doivent être ajustées avec soin; aucune partie ne doit ballotter; les pas de vis doivent prendre facilement; les pas de vis trop fins sont sujets à s'altérer; il faut donc les éviter.
L'intérieur doit être enduit au noir mat et ne donner aucun reflet.
Les lentilles doivent être serties dans un plan bien perpendiculaire à l'axe : la moindre obliquité de la lentille rendrait la mise au point inégale.
Mais la partie optique est bien plus importante à vérifier.
La première condition est de connaître la distance focale de l'objectif, c'est-à-dire la distance à laquelle les images sont nettes.
Distance focale, — Aujourd'hui, les bons opticiens gravent cette distance focale sur le tube de l'objectif, mais il est bon de la vérifier, et nous vous décrirons plus tard la méthode la plus simple.
Diamètre du champ de netteté. — On visse l'objectif sur une chambre très grande et l'on mesure le diamètre de la zone noire qui entoure l'image : on voit alors quelle est la grandeur de la plaque que l'on peut employer; celle-ci doit avoir en diagonale la longueur de ce diamètre.
Voici quelques chiffres :
Diamètres. Plaques.
Champ de netteté, — Toutefois, il ne faut pas oublier que l'image n'est nette jusqu'au bord qu'avec un diaphragme assez réduit : l'objectif le meilleur est celui qui donne la netteté avec le diaphragme le plus grand.
Il faut ensuite -étudier le diaphragme, et surtout le diaphragme le plus grand; c'est une donnée importante, et les opticiens gravent ce chiffre sur le tube de l'objectif, à côté de la distance focale.
Mais comment désigner l'ouverture de ce diaphragme? Plusieurs méthodes ont été indiquées; à notre avis, la meilleure est celle qui est donnée par le rapport de l'ouverture au foyer. Ainsi on dit que l'objectif donne net à /". 3 : cela veut dire que Touverture
du diaphragme est le tiers de la longueur focale; ainsi f. 10, c*est le dixième de la longueur focale.
Ce système donne ainsi une idée exacte de la valeur de l'objectif et du temps de pose.
Distorsion. — Il est bon de vérifier la correction des effets de distorsion. Pour cela on trace sur le verre dépoli une ligne verticale ; on met bien de niveau la chambre et Ton vise un fil à plomb ; son image doit se confondre avec le trait du verre dépoli.
Foyer chimique. — Ce défaut n'existe presque jamais; maintenant on peut ne pas s'en inquiéter.
Tache centrale. — Quelquefois il se produit au milieu de l'image une tache centrale qui gâte toutes les épreuves: ce défaut, qui provient de réflexions malheureuses sur les surfaces des lentilles, est toujours corrigé aujourd'hui. Si on le constate parfois avec les nouveaux objectifs, il est dû alors à de la buée déposée sur les lentilles : il faut donc les essuyer.
Du choix d*un objectif.
Mais quel objectif faut-il employer ? En principe, un objectif ne peut tout faire, le portrait et le paysage, par exemple, et lorsqu'on cherche à atteindre la perfection, chaque genre de travail demande un objectif différent. Cependant, aujourd'hui, les aplanats et les anastigmats sont employés à tout faire, aussi bien le portrait que le paysage et les reproductions. Mais,
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