La persécution de Dioclétien, t, 1, p
en Asie !, en Égypte 2, le lono du Danube *, l’his- toire nous montre-t-elle des soldats ou même des
officiers donnant leur vie pour leur foi. Mais elle nous montre aussi le christianisme se propageant à toutes les époques parmi les militaires, à tel point que la dernière persécution commença par une épuration des armées romaines, où officiers et soldats furent mis en demeure de sacrifier aux dieux ou d'abandonner le service 4. Le cycle des persécutions s'achève, en 323, par l'exécution de quarante soldats chrétiens, en Arménie, sous le règne de Licinius ÿ. Us
Peut-être aucune profession n'a-t-elle donné au ciel autant de martyrs, ei d'aussi modérés dans leurs réponses, d'aussi retenus dans leur force, que l’état militaire.
Une question se pose ici, et peut-être, en m’entendant raconter la conquête du monde romain par le christianisme, vous l'êtes-vous déjà posée à vous-
mêmes. Comment, à la fois conquis et conquérants,
les chrétiens, devenus si nombreux, de tous les états, de toutes les situations sociales, se sont-ils, jusqu’à la fin, laissé décimer sans résistance? A peine, dans quelques Actes de martyrs, au quatrième siècle, commence-t-on à percevoir l’accent d’une protesta-
4. Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle, p. 439; Les Dernières persécutions du troisième siècle, p. 192; La Persécution de Dioclétien, t. I, p. 110; t. I, p. #3, 46, 143; Julien l'Apostat, t. IL, p. 153, 454. — 2. Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième stècle, p. 386. — 3. La persécution de Dioclélien, . 4, p. 1414, 420, 300. — 4. Eusèbe, Hist. eccl., NII, 4; Chron.; Lactance, De mort. pers., 10. — 5. Voir plus haut, p. 147.
tion un peu plus vive, et comme d'un douloureux étonnement. Les persécuteurs, cependant, sentaient eux-mêmes leur faiblesse. Il suffisait quelquefois d'un geste inconscient des chrétiens pour faire trem-
bler les juges'. Habitués les uns au gouvernement
et à la politique, d'autres aux métiers qui demandent de la force ou de l'adresse, d’autres, comme les esclaves, à souffrir, d'autres, comme les soldats, à combattre, — ayant parmi eux des écrivains de grand talent, capables d'agiter l'opinion publique, de semerles paroles enflammées qui poussent à l’action, — les chrétiens, surtout dans les moments où la force intérieure de l’Empire romain était affaiblie par les compétitions et les guerres civiles, se fussent aisément formés en un parti puissant, avec lequel les persécuteurs eussent été obligés de compter ?. Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ?
Parce que Jésus-Christ, qui les envoyait « comme des brebis au milieu des loups %, » a voulu que la conquête du monde par eux fût toute pacifique. Ils étaient destinés à apprendre aux hommes, par leur exemple, ce que ceux-ci avaient oublié ou n'avaient point connu, la charité, la douceur, la résignation, la patience, l'amour des ennemis, l’oubli des injures. Ils étaient destinés à leur faire connaître la valeur de cette vertu nouvelle, dont le nom, avec ce sens, ne se rencontre nulle part avant l'Évangile,
1. Eusèbe, Hist. ecel., VI, M, 23. — 2. Une seule Passion, à ma connaissance, montre les chrétiens usant de réprésailles, et tuant des païens pour venger un martyr. Ce sont les Actes de saint Apollinaire de Ravenne (c. 21), œuvre du septième siècle, entièrement fabuleuse. Voir Zattoni, Il valore storico della Passio di S. Apollinare, dans Rivista storico-critica delle Scienze teologiche, 1905, p. 675.