‹ dix lecons sur le martyreChapitre 112 sur 201 · Saint Matthieu, x, 16; saint Luc, x · texte numérisé non relu

Saint Matthieu, x, 16; saint Luc, x

| mais se lit à tous les feuillets de ce livre divin, la foi, c'est-à-dire la persuasion de la vérité, assez intime et assez enracinée dans l’âme pour que celui | qui la possède n'hésite pas à lui sacrifier sa vie. Ils - étaient destinés à prouver, par trois siècles de martyre, la puissance d'une doctrine qui, demeurant - volontairement faible et désarmée, devait néanmoins triompher de tous les obstacles et abattre à ses pieds toutes les puissances. S'ils avaient eu recours aux armes de ce monde, s'ils avaient usé du droit . de légitime défense, peut-être eussent-ils vaincu par les moyens humains; mais dès lors on n’eût pu voir * en eux que la pius honnête, la plus pure, la plus respectable des factions qui se disputaient l'Empire romain : ils n'eussent pas été le #2artyrum candidatus exercitus que chante l'Église : une des pages les plus admirables de la démonstration évangélique - n'aurait pas été écrite.

J'ajouterai qu’en dehors même de ces raisons pro- - videntielles, la sage tactique suivie par les direc- » teurs de la pensée chrétienne aurait interdit aux fidèles toute désobéissance et toute révolte. Vous savez quelle idée fausse les hommes d'État s'étaient formée du christianisme. Ils y voyaient l’antithèse de la civilisation romaine. A leurs yeux, l’un et l'autre étaient incompatibles. On ne pouvait être à la fois Romain et chrétien. Les apologistes consacrè- . rent leur persévérance et leur talent à combattre cet absurde préjugé. Dans toutes les pages de leurs écrits, ils démontrent que les chrétiens sont les plus fidèles sujets de l'Empire; que plus ils s'efforcent d'atteindre la perfection morale prescrite par l'É- . vangile, plus ils obéissent aux lois et respectent le

| | souverain; qu'ils prient pour la personne des empe- | reurs et pour la perpétuité de l'Empire; qu'ils con-| sidèrent comme liées ensemble la durée du monde et celle de l'Empire romain; qu’en un mot ils professent le plus complet « loyalisme. » Mais cette démonstration par le raisonnement n’avait de valeur que si les chrétiens y conformaient leur conduite. ! Toute résistance des persécutés aurait détruit l’ar-

gumentation aussi habile que sincère de ceux qui

parlaient en leur nom. Aux hommes qui, sans cesse

repoussés, frappaient sans cesse à la porte de la cité | romaine, elle eût fermé irrévocablement celle-ci. Elle eût rendu la réconciliation impossible. Si les chrétiens s'étaient conduits en ennemis de l'Empire, un empereur n'eût pu terminer le conflit trois fois

séculaire en se faisant lui-même chrétien. La patience

des martyrs a seule rendu possible Constantin.

Avant de subir l'épreuve corporelle de la torture et du supplice, les martyrs avaient dû sortir victorieux d'épreuves morales, qui pour un grand nombre d’entre eux furent très cruelles. L'étude que nous avons faite des différentes conditions sociales des chrétiens aidera à le comprendre; car le sacrifice qui leur était demandé variait selon le rang auquel ils étaient soudain appelés à renoncer, les biens qu'il leur fallait abandonner, la situation mondaine dont ils devaient déchoir pour demeurer fidèles à leur foi. Il y avait donc, pour certains, une épreuve préalable plus dure à traverser, — bien que nul, quel que fût son état ou son rang, et parût-il même avoir peu de chose à perdre en ce monde, ne dût être exempt d'un premier déchirement moral avant de s’exposer volontairement aux souffrances physiques. Comme au divin Maître des martyrs, le calice était offert à chacun avant la croix.

Mais l’amertume pouvait différer, et les contemporains des persécutions s'en rendaient compte. Écrivant à un ami, qui, après avoir occupé de hauts emplois et possédé de grandes richesses, venait d'être arrêté comme chrétien, Origène lui dit : « Que

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