Lucien, Alexandre
de.
offert par une province située au sud de la Bithynie, l'ancienne Phrygie, qui, au second siècle, dépendait administrativement de l'Asie proconsulaire. Elle fut, au moins dans sa partie méridionale ‘, l’une des contrées le plus tôt et le plus complètement évangélisées. Bien qu'elle ait eu des martyrs sous -Mare Aurèle ?, cependant les fidèles y vécurent, jusqu'aux grandes persécutions du troisième siècle, dans une paix à peine troublée. Aussi ne cherchaientils pas, comme ailleurs, à dissimuler leur foi. L'inscription d’Abercius est célèbre * : elle ouvre avec éclat la série des épitaphes ouvertement chrétiennes qui se rencontrent dans ce pays, non parmi les ténèbres de quelque catacombe, mais à fleur de terre et à la clarté du soleil *. Dans ces épitaphes, on
4. Dans la région que traverse la route allant d’Antioche de Pisidie à Ephèse, et aux environs d’Iconium. Le christianisme se répandit beaucoup plus tardivement au nord de la province.
2. Thraseas, évêque d’Euménie; Sagaris, évêque de Laodicée. Lettre de Polycrate d'Éphèse, dans Eusèbe, Hisf. eccl., V,24;cf. IV, 26.
3. Ne pouvant reproduire la bibliographie très étendue de cette inscription, je renvoie, pour le commentaire, à De Rossi, {nscr. christ. urbis Romae,t. Il, p. xu-xxiv, et pour le fac similé aux pl. IHI-VII du Nuove Bullettino di archeologia cristiana, 1895, Les arguments présentés par Ficker, Harnack, Dietrich, contre l’origine chrétienne de l'inscription d'Abercius ont été réfutés par De Rossi, Duchesne, Schultze, Zahg, Wilpert, Batiffol, Grisar, Wehofer, les rédacteurs des Analecta Bollandiana. M. Franz Cumont a résumé et, semble-t-il, clos la discussion en termes excellents : « La plupart des arguments qui ont été invoqués pour étayer cette thèse hasardée (la thèse du paganisme de l'inscription) sont détruits par une simple comparaison avec les inscriptions chrétiennes de la même époque, et les particularités de ce texte remarquable entre tous s'expliquent par la persistance d’usages et d'idées antiques dans les communautés primitives de Phrygie. » Les inscriptions chrétiennes d'Asie Mineure, dans Mélanges d'histoire et d'archéologie publiés par l’École française de Rome, 1895, p. 290.
4. Le Rossi, Roma sotterranea, t. I, p.107; Duchesne, Saint Abercius, dans Revue des questions historiques, juillet 1883, p. 4; F. Cumont, article cité. « La Phrygie, dit celui-ci (Mélanges d'histoire et d archéologie, p. 296), nous a Conservé ce que Rome même ne peut
écrit des formules comme celle-ci : « Un chrétien a élevé ce tombeau à un chrétien !. » On y salue « les amis de Dieu. » On y menace les sacrilèges « de la vengeance de Dieu?. » Mais on y grave aussi la mention fréquente des charges municipales exercées par les fidèles %. On s’y dit attaché à sa ville natale, et l’on stipule contre les violateurs du tombeau des amendes au profit de la caisse municipale et du trésor public {. On est à la fois, sans difficulté comme sans embarras, et presque sans péril, Romain et chrétien. « En fait, écrit Ms Duchesne, dans ce canton reculé de la province d'Asie, le christianisme est déjà libre et dominant 5. »
M. Renan avait dit, après avoir raconté l’évangéli- sation de ces contrées à l’âge apostolique : « La Phrygie fut dès lors et resta trois cents ans le pays essentiellement chrétienf. »
La Phrygie représentait à peu près la moitié de la province d'Asie, qui comprenait en outre, sous l'autorité d’un même proconsul, à l'ouest la Mysie, la Lydie et la Carie. Ces régions, baignées par les flots tout grecs de la mer Égée, et remplies de souvenirs classiques, étaient pleines aussi des
nous offrir, une série de tombeaux chrétiens, antérieurs à Dioclétien, élevés à ciel ouvert. » — 4. Xpiottavos ypiottav émoinoev. Le Bas et Waddington, Voyage archéologique, t. III, n° 783; Armanet, Echos d'Orient, t. VII, 1904, p. 206; Mirbeau, 2b2d., p. 329. — 2. Ibid., n° 4703. — 3. Ramsay, Cities and bischoprics of Phrygia, n°: 359, 361, 364, 368, 391. Cf. Cumont, n°° 437, 141, 146, 462. — 4. Voir les inscriptions chrétiennes de Phrygie citées par H. Leclercq dans le Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de lilurgie, art. Amendes dans le droit funéraire, p. 1582-1583. — 5. Duchesne, dans Revue des ques- -tions historiques, juillet 1883, p. 31. — Une épitaphe datée de l’an 216 donne à Hiéropolis le nom de ville « élue, » éxexth: probablement « élue » au sens chrétien du mot, c’est-à-dire en grande partie convertie; Duchesne, dans Mélanges d'histoire et d'archéologie, 4895, p. 467, note. — 6. Renan, Saint Paul, p. 365.
souvenirs chrétiens de la première heure, la prédication de saint Paul et le gouvernement de saint Jean. Les populations y sont plus fines, moins disposées aux enthousiasmes crédules, que celles de la montagneuse Phrygie : mais le christianisme est parmi elles aussi répandu et presque aussi influent. Toutes ces grandes villes aux noms harmonieux, Éphèse, Smyrne, Sardes, Pergame, Philadelphie, Thyatire, Troas, Magnésie du Méandre, Tralles, Parium, sont pleines de chrétiens. Il n’en est presque aucune qui ne se glorifie de « quelque grande lumière, » c'est-àdire du souvenir d'un martyr ou d'un docteur illustre !. L’épiscopat y est très ancien, très puissant, étroitement uni au clergé et au peuple?. Les évèchés y sont, dès le second siècle, très rapprochés, ce qui montre la densité de la population chrétienne : on trouve des villes épiscopales à quinze, à dix-sept milles l’une de l’autre %. Les ménagements politiques, les sympathies mêmes que montrent aux chrétiens « beaucoup » de magistrats, et dont témoignent la lettre du proconsul d'Asie Granianus à l'empereur Hadrien et la réponse d'Hadrien au successeur de ce proconsul *, sont une marque de la puissance morale déjà acquise, dans ces régions, par les membres de V Église. A la fin du second siècle, les évêques d'Asie ont si bien conscience de cette force des chrétiens, que l’un d’eux, l’apologiste Méliton de Sardes, écri-