‹ dix lecons sur le martyreChapitre 44 sur 201 · Eusèbe, Hist. eccl., VIII · texte numérisé non relu

Eusèbe, Hist. eccl., VIII

2, Saint Augustin, Breviculus coll, cum donaf., II, 34,

nack pense que, entre 250 et 307 — en un peu plus d'un demi-siècle — leur nombre avait à Rome au moins doublé, peut-être quadruplé !, — ce qui le porterait à cent, ou même deux cent mille âmes. Bornons-nous à dire qu'il s'était accru dans de très grandes proportions, et que cet accroissement peut seul expliquer la conduite de Maxence. Il explique aussi comment, cingans plus tard, Constantin entrant avec le signe du Christ sur ses drapeaux, et bientôt même arborant la croix sur des monuments publics, ne suscita dans Rome aucune protestation : les païens de l'aristocratie étaient trop bons courtisans pour laisser entendre leurs murmures, et le sentiment populaire était favorable au christianisme.

Notons ici l’un des caractères les plus remarquables de la prise de possession des grandes cités de l’Empire romain par le christianisme. A la physionomie de chacune d'elles, à cet ensemble de traditions, d'institutions, de coutumes qui fait la personnalité d’une ville, il ajoute presque toujours quelque trait. De l’aveu des païens eux-mêmes, l'école de catéchisme où professèrent Pantène, Clément, Origène, augmente d’un fleuron nouveau la couronne littéraire et philosophique d'Alexandrie. La ville de commerce, de luxe, de plaisir, de sophistique frivole, que fut de tout temps Antioche reçoit une

4. Harnack, Die Mission und Ausbreitung des Christenthums, p. 5H.

LA VIE INTENSE DE L'ÉGLISE PRIMITIVE. 73 noblesse intellectuelle plus sérieuse de la longue série de ses évêques lettrés, de son école biblique, des conciles qui se tinrent dans ses murs. Jérusalem, si abaissée dans son influence et sa dignité de ville depuis Hadrien, redevient un centre d’études par la bibliothèque qu'y fonde au troisième siècle un de ses évêques. Césarée de Palestine paraît à la même époque un des foyers intellectuels du christianisme, presque une seconde Alexandrie. Césarée de Cappadoce est un foyer d’études religieuses à peine moins actif : il ne s’éteindra plus jusqu’au jour où viendra s’y former la pléiade de grands Cappadociens qui donneront un caractère si original et si puissant à la pensée chrétienne. Carthage acquiert une influence extraordinaire, et rayonne bien au delà de la province dont elle est le chef-lieu, en devenant, surtout depuis saint Cyprien, la véritable capitale religieuse de toute l'Afrique romaine. Enfin la Rome chrétienne, loin de vivre ensevelie au fond des catacombes, ou de se sentir comme oppressée par le poids immense de la Rome politique, porte ses directions et ses bienfaits jusqu'aux extrémités du monde civilisé, et

même par-dessus les confins du monde barbare. Les rapports entretenus-par elle avec les autres Églises nous donnent l'image et comme la sensation d'une activité toujours en mouvement. Ses pasteurs envoient des lettres dans tous les pays. Les questions de dogme, de discipline, appellent à tous les moments leur intervention. Il semble qu’à peine née, l'Eglise romaine se soit sentie tout de suite universelle. Au premier siècle, Clément écrit aux fidèles de Corinthe !. Au second siècle, Éleuthère reçoit une

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