‹ DixChapitre 4 sur 7 · NOUVELLE SERIE · texte numérisé non relu

NOUVELLE SERIE

Un brave homme choisit ses amis ; Un orgueilleux ses eunemis ; Un égoïste ne veut ni des uns ni des autres ; Un habile va des uns aux autres ; Un amoureux ne sait plus tout ce que ces mots-là veulent dire.

Cette expérience, si vantée par tous ceux qui aiment à parler comme les autres, sans jamais penser à ce qu'ils disent... celte pitoyable expérience, que nous appellerons le souvenir, si vous voulez, a dans son sac plus de vils cailloux

188 l'album de kabl

qu'antre chose... mais j'y ai trouvé ane perle... à savoir que la meilleure façon d'être heureux» c'est de s*occnper du bonheur d'un autre.

Le moyen de se fâcher, et la traîtresse déclaration!

lui. — Certes, vous avez de nombreux défauts, mais aussi une divine qualité qui les efface tous. KLLE. — Voyons cette qualité.

LUI. — Je vous aime.

On s'excuse, tout confus, dans une société de femmes, d'un mot involontaire et quelque peu vif... informez-vous, et vous saurez que sans ressentir la moindre confusion, elles avaient entendu plus que vous n'avez dit et que vous ne redoutiez.

— X. n'est point sans un certain talent.

— Sans doute... il a celui de faire croire qn^'il en a.

L*ALBUli DE KARL 1 89

On n'a jamais tu (c'est une femme qui me l'assure) un homme, si aimé et si délicat que TOUS l'imaginiez, qui n'ait dit à la femme la plus préYenuepour lui, deux ou trois choses que celle-' ci ne comprendra et ne pardonnera jamais.

Je ne crois pas cela... mais je crois que les femmes aiment à prendre les devants, ou bien encore à se donner des raisons à elles-mêmes, pour une foule de cas... déraisonnables.

Être orgueilleux sans être ambitieux..., c'est peut-être aussi une façon de bonheur.

Dans un honnête homme, il n'y a jamais qu'un honnête homme ; — dans une honnête femme il y a quelquefois dix

Ce n'est pas être riche que d'ignorer ses richesses, et d'être forcé de recourir à des tran<< gersou à des mémoires pour les connaître.

4 90 l'album de KARL

X... &it d'uD livre récemmeDt para cette définitioD qui pourrait également coDyeDÎr à certaines personnes :

— Un assemblage déplaisant d'aimables choses.

Par une bizarrerie de nature qui n*est pas sans plusieurs exemples, X..., romancier populaire, insupportable à lire, est un causeur Tif et agréable.

— Comme il se ferait du tort, dit Karl, s'il écrivait comme il parle.

Il y a une différence énorme entre avoir de l'esprit ou un esprit. Celui-ci ne vit que de mots.' L'autre peut toujours s'en passer.

Il était arrivé bien innocemment à Karl de rendre péniblement jalouse dona Luisa, au sujet

vGooQle

igi,

l'album DE KARL ^ 491

d'ane autre dame que noos appellerons... non, ne l'appelons pas.

Le Hanovrien cherchait à s'expliquer comment on avait pu prendre de l'ombrage^ sa conduite et ses intentions étant également pures.

— Cependant, disait Karl, sur quoi reposezvous ces singulières préventions ? Cette personne et moi nous ne sommes du même avis sur aucun point. Tous nos entretiens sont des discussions, tandis que nous deux au contraire nous sympathisons en tout....

— C'est bien cela qui me déplaît, répondit l'affligée ; vous êtes plus blessé par elle.

J'ai connu de ces êtres débordant de confiance en chaque jour qui se lève, et imprimant à tout le cachet d'une vie si joyeuse et si personnelle, qu'il est consolant de penser à eux lorsque l'abus des spéculations philosophiques vous a fait douter du passé, du présent et de vous-même. .. Soudain la figure d'un de ces personnages vous traverse, et vous vous dites :

— Do moins celui-là est !

1 92 l'album de kabl

Ed amour aussi bien qu'en art, en politique et en tout le reste... il y a le génie et la patience.

Karl disait de X...:

— Il n'y aurait rien d'aussi vil que ses injures^ s'il n'y avait pas ses rétractations.

11 y a une grande différence pour moi entre les plaisirs que nous tirons par tous nos sens, de notre commerce avec la nature, et ceux que nous^ devons aux produits intellectuels : par exemple, un beau livre. Le matin, dans une forêt, humide encore des fraîcheurs de l'aube et toute murmurante de concerts invisibles, emporté sur un jeune cheval, je suis heureux de me taire, de n'avoir pas à raconter ce que j'éprouve si ardemment. S'agit-il au contraire d'une lecture qui m'a ému. Je suis poussé par le besoin d'en parler. Qui m'aime alors me comprendra, et qui me comprend je l'aimerai.

Page 1