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ou mendiés, mais travaillant jusqu'à devenir une autorité dans la matière, un adversaire estimé et
redouté des maîtres étrangers à notre foi (4). Iya des laïques de plus d’une sorte : gentilshommes qui occupent noblement une part de leur vie à cet apos-
tolat de l'histoire : Montalembert, Carné, Falloux, Champagny, Broglie, de Meaux, Vandal et autres; — magistrals qui s'étaient crus inamovibles, comme Paul Allard; — anciens journalistes comme Paul Thureau-Dangin ; — professeurs comme Casimir Gaillardin, comme avait été Ozanam lui-méme, Ne rappelons que l'élite de cette élite et, pour plus de lumière et de brièveté tout ensemble, attachonsnous moins à la suite chronologique des ouvrages qu’à celle des objets ou époques (2).
Encore est-il bon de placer ici une remarque préliminaire.
Ouvre de science et d’art, à ce double titre l’histoire a beaucoup progressé de nos jours. Mais encore ce progrès semble-t-il plus éclatant à mesure que l'entreprise est moins vaste, dans la monographie d’une époque, d’un règne, d’une province, dans la biographie, dans l’hagiographie surtout. À part les abrégés ou manuels, qui ne sont pas la grande histoire, d’honorables tentatives ont démontré que l’ample récit des dix-neuf siècles de l'Église, par
(1) Gorini : Défense de l'Église contreles erreurs historiques de MM. Guizot, Auguslin el Amédée Thierry, Ampère, Quinet, Fauriel, Aimé Marlin, etc. (4 édit., 4 in-8o). J.-J, Ampère, l'ami et l'éditeur d'Ozanam, était alors déchu de ses convictions premières, mais il devait y remonter. |
(2) C'est la marche indiquée par Mgr Baunard dans quelques pages de son bel ouvrage : Un siècle de l’Église de France, p. 319 et suivantes, surtout 286. — Y a-t-il, de ma part, réminiscence ou rencontre? Je me tiendrais également honoré de l’une ou de l’autre supposition.
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exemple, dépasse tout effort individuel (1). Combien *
plus à l’aise est le biographe pour satisfaire à toutes les exigences éveillées en nous par les progrès même du genre : ampleur, précision, détail abondant et certain, vraie couleur des époques, vraie psychologie du personnage, bien prise sur le vif, dans les menus faits et les paroles authentiques! Aussi, parmi d'inévitables médiocrités, l'hagiographie contemporaine a-t-elle pu nous donner des travaux de haute valeur, des chefs-d’œuvre quelquefois. Là le Saint n’est plus une ombre terne, imprécise et quasi impersonnelle, une sorte d’étiquette mobile appli-
quée de rencontre sur un catalogue des invariables
perfections chrétiennes ; il est réel et distinct; il vit de la vie propre à son temps, mais encore de sa vie personnelle et originale, figure vraie dans un cadre
vrai. On le comprend, on le voit, on sent la nature:
sous la grâce, l'homme sous le héros. On l’admire d'autant plus et on l'aime, si du moins le biographe a su l'aimer tout d’abord. Et voilà bien ici la loi première : l'histoire est art et science; l’hagiographie est, de plus et par essence, foi et amour (2).
Il peut arriver en outre que le Saint ait largement contribué à faire son époque; tels un Léon le Grand, . un Grégoire VIT, un Bernard, un Louis IX. En tout cas, il l’éclaire, soit comme type supérieur des
(1) Ainsi, les histoires générales de l'Église essayées par l'abbé Rohrhacher ou l'abbé Darras. OEuvres utiles à certains égards, mais contestables en bien des points et dont la première aurait besoin d'être mise en français.
(2) Voir une lettre de Mgr Dupanloup à l'abbé Bougaud publiée en tête de la Vie de sainte Chantal (2° édition et sui=
vantes). À sa manière, toujours copieuse et quelque peu flottante, l’'éminentévêque y.donne aux hagiographes d'excellents conseils.
vertus dont elle a le sens et Le goût, soit comme protestation vivante contre les désordres où elle s'abandonne, Ainsi, pour qui étudie l'humanité depuis le Calvaire, une vie de saint bien faite arrivet-elle parfois à contenir moralement, à suppléer, au besoin, l'histoire générale du temps; ainsi du moins peut-elle toujours y porter un surcroît de lumière, de couleur, de vie. Nous ne tarderons pas à le voir.
Supposons donc un chrétien qui connaît sa foi et l’honore, jaloux d’en bien posséder les titres, d'en savoir les œuvres caractéristiques et probantes, pour tout dire, un esprit noblement curieux de l'histoire religieuse où l’histoire profane se trouve nécessairement comprise et englobée. Celui-là doit grande reconnaissance à nos écrivains catholiques du dix-neuvième siècle ; ils ont beaucoup fait pour Jui.
Tout d'abord la soi-disant Vie de Jésus par Ernest Renan (1863) nous a rendu le service d'évoquer une gerbe de récits sérieux, authentiques, remettant l'Homme-Dieu dans son vrai jour. Nous avons vu L. Veuillot s’employer, pour sa part, à cette belle tâche (1). Les hommes d'église ne pouvaient y manquer : Mgr Dupanloup, MM. Bougaud, Lesêtre, Le Camus(2). Entre tous, j'aimerais à nommer l'abbé Pauvert, ecclésiastique poitevin dont le tort fut d'écrire en province, et l'abbé Fouard qui, malgré le même désavantage, a su forcer l'attention publique. Homme de foi, de doctrine, de saine et agréable littérature, ce prêtre rouennais n’a pas seulement écrit une excellente vie du divin Maitre;
(1) Tome IV de nos Esquisses, p. 319 et suivantes. (2) MM. Bougaud et Le Camus devinrent évêques par la suite : le premier, de Laval et Le second, de la Rochelle.
il a fait revivre saint Pierre, saint Paul, saint Jean, presque toutes les origines chrétiennes. Et, pour le croyant que je suppose, voilà un précieux recours,
À travers ces mêmes origines, Mgr Duchesne lui sera un conducteur docte, sage et plutôt sévère, j'entends que, dans son /Jistoire ancienne de l'Eglise, l'auteur, attentif peut-être à s'accréditer auprès des esprits défiants, parle volontiers le froid langage de la science pure, et s'accorde çà et là un ton d'ironie quelque peu singulier (4). La même route semblera plus riante, si on la fait avec le comte Franz de Champagny ou le prince Albert de Broglie. Le premier nous mène de Jules César à Constantin, le second de Constantin à la mort de Théodose : Champagny çà et là plus piquant, assez curieux — d’aucuns disent trop — d'allusions au temps actuel, d'ailleurs très suffisamment grave et sûr, mais ne croyant pas devoir s'interdire de laisser parler son âme, sa foi; — Broglie plus élégant, plus académique, plus parfait gentilhomme en sa manière; d'abord suspect d’une certaine timidité à l'endroit du surnaturel, mais dont les dernières éditions, du moins, sont irréprochables (2). À ces deux œuvres maîtresses joignons telle monographie ou biographie : l'Histoire des Persécutions et celle de Julien lApostat par M. Paul Allard, les lecons de l'abbé
(1) L. Duchesne : Histoire ancienne de l'Église. Deux vo-
lumes sur trois ont paru (1906-1907) et, bien que cette publi=
cation appartienne au vingtième siècle, je la note ici à raison de son importance et comme résultat définitif delecons fuites pendant le dix-neuvième,
(2) Quand parut son livre, Dom Guéranger, le docte et redoutable abbé de Solesmes, fit à l'encontre une vive et longue campagne, à laquelle Pie IX en personne crut devoir mettre lin. Je tiens du cardinal Pie ce dernier détail,
nr sur ses Pères, É nt Cécile d Dom Gué- ranger, le Saint Ambroise de Mgr Baunard ou celui d'Albert de Broglie, la Sainte Paule de l'abbé Lagrange et son Saint Paulin de Nole; voilà pour nous édifier amplement sur les quatre premiers siècles chrétiens. | - Ozanam nous prend où Broglie nous laisse. A lui, nous le savons, le cinquième siècle, puis la partie la plus intéressante des trois suivants. Déjà, du reste, Montalembert le seconde. Indiqués seulement par Ozanam, les Moines apparaissent en pleine lumière, les Moines qui, sous les Papes et les Évèques, sont les vrais éducateurs de l'Occident chrétien. L'époque mérovingienne s'est éclairée grâce aux travaux d'un savant Belge, M. Godefroy Kurth, à la vie de Saint- -Ouën par M. l'abbé Vacandard, à celle de Saint-Léger par un prêtre d’Autun, plus tard Dom Pitra le Bénédictin et le Cardinal. Ce dernier livre, publié en 1846, aujourd'hui trop peu connu et difficile à retrouver peut-être, me semble un pur chef-d'œuvre et le digne frère de Sainte Élisabeth, son aînée de dix ans. M. Vétault, reprenant et complétant Ozanam, nous à donné une idée suffisante de Charlemagne (1); nous arrivons au moyen âge.
Ici, les grandes œuvres d'ensemble vont manquer, sauf peut-être l'histoire générale de l'époque par Casimir Gaillardin, livre un peu confus, un peu jeune, un peu poussé au pittoresque, et bien critique, ce semble, à l'endroit du grand Empereur. Mais, pour jalonner la voie moins largement frayée, voici des œuvres de détail, quelques-unes fort belles, voire éminentes. L'Europe et le Saint-Siège à l’époque
(1) Vétault : Histoire de Charlemagne. Mame, in-4. .
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