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OZANAM ET. LES HISTORIENS CATHOLIQUES CT
P. Danzas sur les commencements de l' Ordre Do-
minicain (1). Après Chavin de Malan, mieux quelui, Pabbé Lemonnier nous a conté saint François d’Assise : récit sérieux, d’une distinction simple, auquel on associe comme involontairement par la pensée, les Poëles franciscains d'Ozanam et la suave légende des lioretti. Mais où est l'historien catholique des Croisades ? Ce n’est assurément pas le semi-voltairien Michaud. Du moins aurons-nous le Saint Louis de Wallon pour fermer le moyen âge et sa Jeanne d'Arc pour ouvrir l’âge moderne.
Résistons au désir de cataloguer par avance toute une bibliothèque où, d'ailleurs, il resterait des lacunes. Par exemple, qui nous donnera une bonne histoire du protestantisme, au moins en France et jusqu'à l’édit de Nantes ou à la Révocation? L’auteur exploiterait et compléterait des travaux déjà précieux : L'histoire de la Ligue par Chalembert (2); mieux encore, la Lique et les Papes de l'Epinois, les Luttes religieuses en France au seizième siècle par le Vicomte de Meaux, le Saint Pie V du Comte de Falloux, le Sixte-Quint, écrit en fort bon francais par un diplomate autrichien, le Baron de Hübner. A cette époque orageuse, Dieu venge et console son Église en multipliant les Saints ; mais on les voudrait tous présentés avec le même cœur et le même talent que Sainte Thérèse dans sa Vie d’après les Bollandistes, œuvre lumineuse et attachante d’une Carmélite qui n'oublie que de signer.
La première moitié du dix-septième siècle, une de nos plus belles périodes religieuses, est pleine
Œ)T. IV, p. 400.
(2) Au moins se garderait-il de suspecter, comme Chalembert, la sincérité du Béarnais converti.
des grands noms de saint Francois de Sales, de sainte Chantal, de saint Vincent de Paul, au-dessous desquels j'oserais volontiers écrire celui du Cardinal de Bérulle. Aucun n'a manqué d’'historien. Sous la plume de M. Hamon, curé de Saint-Sulpice, l’aimable saint de Genève revit assez bien, mais avec je ne sais quelle solennité ecclésiastique, sans toute sa grâce et toute sa fleur, N'y aurait-il pas là un beau thème à reprendre? Il servirait de pendant ou de frontispice à l’édition définitive des Œuvres qui s'élabore depuis quelques années à la « Sainte Source », au premier monastère d'Annecy. Plus heureuse que le fondateur même, la fondatrice a trouvé un biographe éminent, et l'Æistoire de sainte Chantal me paraît, avec la Sainte Élisabeth de Montalembert et le Saint Léger de Dom Pitra, un des trois chefs-d'œuvre de l'hagiographie contemporaine. L'abbé Bougaud a repris encore, mais avec un bonheur un peu moindre, l'histoire de saint Vincent de Paul déjà très complèle, mais assez terne et sèche dans les quatre volumes de l’abbé Maynard. Quant à Bérulle, qui fut chez nous l'introducteur du Carmel, le créateur de l’Oratoire et l’un des grands personnages ecclésiastiques de l’époque, en lisant son histoire dans les trois volumes de l'abbé Houssaye, on incline à l’estimer aussi favorisé que sainte Chantal.
Et n'est-ce pas encore une bonne fortune que:de pouvoir étudier Louis XIV dans le substantiel ou-. vrage de Gaillardin ? La forme est nette, sans grand éclat du reste ; le fond copieux et sûr. Ainsi toute l'histoire littéraire s'y trouve éparse, mais amplement et judicieusement contée; l'histoire religieuse de même ; presque seul à l'encontre de l'opinion en
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vogue, cet universitaire n accorde pas à l’idole janséniste un grain d’encens.
Pour le dix-huitième siècle, rien de notable, que les belles études d'Albert de Broglie, chrétiennes d'esprit, mais plutôt politiques et diplomatiques par leur objet. Joignons-y pourtant les deux excellents livres de Nourrisson : Voltaire et Rousseau. Voilà de l’histoire assurément, et de la plus utile, de la meilleure.
La Révolution et l’Empire attendent encore leur
historien catholique ; mais, pour la première, les matériaux abondent, quelques-uns déjà élaborés de main de maître, Taine a formé, sans y prétendre, le dossier justificatif de Joseph de Maistre (1); et nombre de monographies locales composent ensemble le glorieux martyrologe du temps. Dans l'Église Romaine el le premier Empire, le comte d'Haussonville a réuni des pièces accablantes contre le despotisme religieux du grand homme. Pourquoi ses conclusions vont-elles à montrer dans la royauté séculaire des Papes une gêne au gouvernement spirituel? Les deux ouvrages du Comte Albert Vandal, l'Avènement de Bonaparte, et Napoléon el Alexandre I‘, ne prêtent pas au même reproche et réunissent tous les mérites historiques et littéraires.
De 1815 à 1870, nous sommes plus riches encore et plus heureux. À l’Aistoire de la Restauration par Alfred Nettement, nous souhaiterions, ilest vrai, une égalité plus soutenue, car les deux premiers volumes l’emportent de beaucoup sur les suivants, mais aussi une prédominance plus marquée du pur sens catholique sur des attaches politiques infini-
(4) Voir notre t. 1II, p. 266.
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ment respectables d'ailleurs. Plus libre et plus haute de vues est la magistrale Aistoire de la Monarchie de Juillet par Thureau-Dangin ; après quoi, Pierre de la Gorce nous dit la Seconde République ct le Second Empire : deux œuvres excellentes et faites de main d’ouvrier. Voilà de belles et grandes ressources. Encore y joindrions-nous, pour éclairer encore mieux la physionomie morale du siècle, un certain nombre de biographies saillantes, par exemple l'Histoire de Lamoricière, par Émile Keller, le Montalembert du P, Lecanuet (1), mais surtout les livres de Mgr Baunard, le maitre du genre. Dans cette galerie, due à son pinceau, vous trouverez des figures très diverses. Il y a de grands évêques, les cardinaux Pie et Lavigerie ; d'éminentes religieuses, les Mères Barat et Duchesne ; un soldat qui fut un saint, le général de Sonis; des héros de la charité, prêtres comme irnest Lelièvre, laïques tels qu'Armand de Melun et Philibert Vrau (2); partout la vertu chrétienne, gloire de tous les âges, mais d'autant plus instructive pour nous et engagéeante, qu'elle rayonne de
tout près, au milieu de notre monde moderne trop.
enclin à l’estimer chose d'autrefois.
Arrêtons celte insuffisante nomenclature. Au moins fait-elle entrevoir quelles richesses nous ont léguées les croyants du dix-neuvième siècle ; comment nous pouvons cheminer sous de bons guides à travers l'histoire du monde, l'histoire vraie qui demeurera seule quand le monde aura passé. Un de
(1) En étudiant Montalembert, j'ai marqué suffisamment.
los quelques réserves que je crois: devoir faire à propos dece bel ouvrage.
(2) Les “biographies d'Ernest Lelièvre et de Philibert Vrau
sont d'hier et appartiennent au vingtième siècle ; mais cela …
ne nous défendait pas absolument de les mentionner.
RE écrit : « Remettre Y, pleine Re de le Pustre, à dera a ‘4
mais la tâche dévolue au génie (1). » A défaut de génie peut-être, de beaux talents catholiques, Ogae % nametl beaucoup d'autres, ont commencé vaillam- 3 ment cette œuvre sacrée, Que lours guccessourg en à « rofltent jusqu'à faire plus et mieux! i
(1) L, de Carné : Les l'ondateurs de l'Unité française, las lroduction,
« Çà, un poète » ! aurait chuchoté Musset, un jour que l’on discutait à l'Académie je ne sais quel vopus de pores Sainte-Beuve jouit de nous l’ap-
de nbrosité, c'est coquetterie, ou plutôt ruse de | guerre : la suite le fait assez voir (1). Et pourtant
oui Fi fut poète, grand: Pate même ; l'afir-. PE
sante, à la bonne heure! En cela même, il ne leur cède Re de Fe mais combien il les dépasse par
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Combien son âme profite à son talent! Pendant près de vingt années (1841-1858), l’une et l’autre grandissent de pair ; vingt ans encore (1858-1878), ils se soutiennent sans déchéance. Voilà ce qu'il ferait bon déployer à l'aise et avec de larges extraits à l'appui. Contentons-nous du possible. Dieu veuille que l'inventaire, nécessairement trop hâtif, d'une œuvre si ample et si variée donne au moins à quelque lecteur le goût d'un commerce direct avec le plus généreux et le plus mâle des poètes contemporains !
£a vie. — Son œuvre, débuts et progrès. — Allégories de source grecque : Eleusis, Psyché; fâcheux mélange de christianisme et de paganisme. — Poésie de la nature et de l'âme (Odes et poèmes, Symphonies). Ascension notable du rêve semi-panthéisque au sentiment. pur et fort, d'un idéalisme assez vague à l'idéal précis et pratique. Les Idylles héroïques (1858). marquent le sommet. — Poèmes évangéliques, parfois inférieurs à leur donnée.
Sa vie fut simple (1). Victor de Laprade naquit en 1812, à Montbrison, dans une famille de haute bourgeoisie où la révolution avait fait plus d'un martyr. Son père, médecin habile, esprit fin et cultivé, mais surtout grand caractère; sa mère, âme toute de prière et de dévouement, le marquèrent d'une empreinte singulièrement profonde, ineffacable, et nous verrons comment, en revanche, il les
(1) Voir Edmond Biré : Victor de Laprade, sa vie el ses œuvres. — Perrin, in-18. É
© LAPRÂDE PIS T0 immortalisa dansses vers. Écolier à Lyon(1820-1830), étudiant à Aix (1833-1836), il se fit recevoir au barreau, plaida peu et commenca de rimer beaucoup. À vingt ou vingt-cinq ans, c'était bien le jeune homme d'alors, tel qu'il le peindra dans le meilleur deses Poèmes civiques (1) : ardent aux nobles amitiés, généreux, enthousiaste du vrai, du beau, du grand, ou quelquefois de leur ombre. Car il avait ses chimères, idolâtre des grandes personnalités romantiques ou libérales, assez infidèle, en ce temps-là, aux traditions politiques des siens, mais non pas à leur religion, Dieu merci. L'homme fait laissera. bien reparaître cà et là quelque chose de ses illusions de jeunesse. En 1848, il donnera dansles idées de l'Ere nouvelle (2\; sous Napoléon III, on nes'étonnera pas de le voir allié à cette brillante et religieuse pléiade qui en vint à inquiéter quelque peu l'Église par un libéralisme excessif.
Poète avant tout, il eut cependant une situation officielle. Chargé de cours à la faculté des lettres de Lyon (1847), professeur l'année suivante, il perdit ce titre en 1861, pour son audacieuse Satire Les Muses d'État. I connut même son quart d'heure de vie politique. Après une candidature malheureuse en 4848, il se laissa élire en 1871; mais deux ans plus tard, de cruelles infirmités l’obligeaient à la retraite. En 1876, un héritage le faisait presque riche et sire châtelain dans son cher pays de Forez. Il mourut très pieusement à Lyon le 13 décembre 1883.
Essaierons-nous de peindre son caractère? À quoi
(1) Jeunes fous el jeunes sages.
(2} Voir plus haut notre chapitre sur Ozanam, page 244.
bon? Il ressortira de son œuvre, 2e lui- même Ten
tendait bien ainsi : Fa ; ÈS . Je veux que mes vers, s'ils sont un jour relus, -
Témoignent de mon cœur quand je ne serai plus (1). à
Ses premiers essais avaient paru dans des journaux de province. En 1841 seulement, la Revue des deux Mondes publia, coup sur coup, deux poèmes symboliques pris, à peu dechose près, dans la même veine. Zleusis, le moindre en étendue, semblait annoncer et introduire une œuvre plus considérable,
Psyché. L'un et l’autre eurent un beau succès, fort légitime, du reste, à ne considérer que le mérite des vers, mais plus contestable au regard de la pensée ets °#i de l'impression morale, dans Psyché surtout. ‘+7.
nPTEs les jeux en DORA de Cérès Eleusine, la 2 foule s'en va insouciante; les sages restent avec les … 2 poètes, implorant à grands cris la vérité. Au fond de l'antre qui fait le sanctuaire de la déesse, on leur "x montre un vase magique éclairé par un feu intérieur et laissant transparaître sur ses parois une sorte de musée mythologique au grand complet. Tandis que les visiteurs adorent, une voix inconnue leur dit la vanité de tous ces symboles, puis soudain le vase se brise, la flamme éclate au dehors, les adorateurs s’enfuient et se lamentent sur leurs illusions perdues, jusqu'à ce que le poète leur rende courage en leur. promettant « Gelui qui doit venir. » L'allégorie est belle et suffisamment chrétienne dans l’ensemble, … malgré certaines notes un peu bien sensuelles, mal $ excusées par l'étiquette païenne du morceau.
Psyché encourt le même blâme et d’autres plus
(1) Adieu à la Satire. Poèmes civiques, livre I, xv.
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LAPRADE à 281 graves. On sait la fable introduite par Apulée dans la littérature gréco-latine : l'âme indiscrète punie d'avoir violé l'incognito de l'Amour. Si Lapraden'eût fait que jeter sur cette vieille légende un vêtement parfois splendide, nous le plaindrions de n’avoir pas employé mieux son jeune talent. Par malheur, il y a
s bien pire. L'auteur écrivait quarante ans plus tard : « La nécessité de conserver les formes et les noms païens à un peu trop déchristianisé mon poème. » L'intention était donc chrétienne et la faute de Psyché symbolisait la fatale curiosité d'Eve. Mais alors, que représente £ros, cet Amour trahi, vengeur de ses mystères, puis rédempteur de la victime, cet Amour qui attriste l'Olympe en le quittant pour consoler la coupable, jusqu’au jour où il l'y ramène
; elle-même à la grande joie des dieux? Æros n'est-il L que l’/déal personnifié, déifié? À ce compte, on le voudrait déjà plus purement spirituel, moins érotique. Et d’ailleurs où trouver le sens chrétien du poème? Zros est-il donc le vrai Dieu? Serait-il le Verbe fait homme pour nous racheter? Assimilation choquante, masque déshonorant pour le visage. En outre, si l’on fait Psyché.coupable, comment la dispenser du. repentir? Comment ose-t-elle chanter dans sa gloire nouvelle :
Je bénis cet orgueil, car tout est né de lui. Dans la première nuit je ramperais encor, Orgueil et volupté, sans vos deux ailes d’or?
Voilà un étrange commentaire du Felix culpa, une intolérable canonisation du péché originel et des deux convoitises maîtresses. Et que signifie cette réconciliation finale des Titans avec les dieux? Laissons un V. Hugo conclure ainsi la Fin de