SCENE PREMIERE
MAURICE, SUZANNE, ANAIS.
Ils entrent du fond ; Maurice et Anaïs soutiennent Suzanne et l'aident à marcher.
MAURICE
Do'ïcement... bien doucement t.. Allons, mademoiselle, du courage!.. Encore un petit effort!.. Nous y sommes!..
ANAÏS
Vous sentez-vous mieux, ma chérie, mon trésor, ma colombe ?
MAURICE
Non, ne la faites pas parler!.. Asseyons-la dans ce fauteuil...
6 DOCTEUR t..
AN AÏS.
Oui, docteur.
MAURICE
Doucement... bien doucement!..
Us l'assoient. Anaïs enlève le chapeau de Suzanne^ SUZANNE, d'une voix faible.
Merci !.. (a part.) Il est donc médecin?
MAURICE
Rassurez-vous, mademoiselle : ce ne sera rien!... Le pharmacien l'a dit!.. Une petite syncope... une toute petite syncope!., (a part.) Elle est ravissante, ravissante !
ANAÏS
Ma pauvre Suzanne !..
MAURICE, à part.
Suzanne !.. Le joli nom !.. (Haut.) Un coussin !.. Où y a-t-il un coussin ?..
Il cherche.
ANAÏS* jetant un cri.
Ah !..
MAURICE
Quoi?..
ANAÏS, montrant Suzanne, qui a refermé les yeux.
Elle est révanouie 1
MAURICE, revenant avec un coussin.
Grand Dieu!.. (L'auscultant.) Non, rien à craindre !..
Son cœur bat!.. (A part, amoureusement.) Ah!..
Gomme il bat, son petit cœur !.. (a Anaïs.) Prévenez sa mère !..
ANAÏS
Sa mère?.. Ah !.. La chère dame!.. Il y a longtemps qu'elle n'est plus de ce monde!..
MAURICE, à part.
Pas de belle-mère !.. Ce serait le rêve !.. (a. Anaïs.) Alors, son père ?..
ANAÏS
Oh t.. Monsieur est à son ministère, il ne rentrera pas avant ce soir.
MAURICE, étourdiment.
Bon !.. Tant mieux!..
ANAÏS, surprise.
Ah !.. Ça vous fait plaisir?..
MAURICE., embarrassé.
Oui... parce que, comme cela... hum!.. Vous comprenez?.. Mademoiselle aura tout le temps de se remettre... et son père... .monsieur son père ne se doutera même pas...
.Suzanne sourit, ouvre les yeux et les referme. ANAÏS.
C'est juste !
MAURICE
Alors, il travaille dans un ministère?...
ANAÏS
Oui, au ministère de la guerre : c'est un capitaine de dragons.
MAURICE, inquiet.
Ah!.. C'est un?..
ANAÏS
Et pas commode !..
Diable !.. (Mettant le coussin sous les pieds de Suzanne.)
Levez vos petits pieds, mademoiselle !.. Pouvez-vous les lever, vos petits pieds?..
AN AÏS.
Elle ne vous entenl pas, la pauvre chérie !..
MAURICE
Un autre coussin, vile !
AN AÏS.
Tout de suite, docteur!..
Elle va le chercher.
SUZANNE, ouvrant les yeux et voyant Maurice à ses pieds. A part.
Quel singulier médecin !..
MAURICE, à part.
Oh!.. Les adorables petits petons !..
Il embrasse les pieds de Suzanne.
SUZANNE, à part.
Il embrasse mes bottines !..
Elle Sourit et referme les yeux.
ANAÏS
Voilà le coussin, docteur!.. Où faut-il le mettre?
MAURICE
Donnez!.. (Il se lève et prend le coussin.) Soulevez la
tôte doucement, bien doucement...
Il place le coussin.
ANAÏS
Quelle chance, tout de même, que vous vous soyez justement trouvé In, docteur!..
MAURICE, à part, amoureusement.
Ah!.. Oui, quelle chance!.. (Haut.) Je passais... par hasard... tout à fait par hasard...
Suzanne sourit. .
ANAÏS
Vous devez avoir beaucoup de clients dans le quartier 3.. Nous vous rencontrons tous les jours.
MAURICE, ombarrassé .
Ah!.. Vous... Vous avez remarqué?..
ANAÏS
Qu'aurais-je fait sans vous, quand la mignonne s'est sentie malaise tout à coup, là, dans la rue? Je perdais la tête, moi !.. J'allais la faire entrer dans un bureau de tabac !.. Vous, tout de suite, vous avez eu l'idée de nous conduire chez un pharmacien...
MAURICE
Dame !.. Oui... Il m'a paru préférable...
ANAÏS
Et vous l'avez soignée!.. Vous l'avez ramenée!..
MAURICE
J'ai cru de mon devoir de...
ANAÏS, jetant un cri.
Ah!..
MAURICE
Qu'y a-t-il ?
ANAÏS
Docteur, je vais me trouver mal!..
Elle tombe sur un siège.
MAURICE, vivement.
Ah ! Non, non !.. Pas vous!.. Pas vous !
ANAÏS
Je suis si délicate !.. Les émotions me tuent !..
MAURICE
Hé bien !.. Il faut réagir !.. Allons, debout, debout!., (il la force à se lever.) Et allez chercher des sels !..
ANAÏS
Oui, c'est cela!.. Des sels ! . Je les respirerai; ça
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me remettra !.. Ah!., Quelle aventure, mon Dieu, quelle aventure !..
Elle sort à droite.