‹ Docteur!... comédie en un acte [par] Alexandre Bisson & Georges ThurnerChapitre 4 sur 16 · SCÈNE II MAURICE, SUZANNE · texte numérisé non relu

SCÈNE II MAURICE, SUZANNE

MAURICE, contemplant Suzanne.

Gomme la pâleur lui va bien!.. Elle parait encore plus jolie !.. Son délicieux visage semble plus affiné, plus transparent !.. (D'un ton décidé.) Je suis seul avec elle, bien seul !.. C'est une occasion que je ne retrouverai sans doute jamais!.. Profitons-en!.. De l'audace !.. De l'audace!...

Il va voir à la porte de droite si Anaïs revient. SUZANNE, effrayée, ouvrant les yeux. — A part.

Mon Dieu!.. Que va-t-il faire?..

Maurice revient ; elle referme les yeux. MAURICE, se jetant à ses pieds. — Avec feu.

Je t'aime !.. Ah! Oui, je t'aime, jeune fille adorable, que je rencontre tous les jours, depuis un mois, rue du Vieux-Colombier!.. Chaque matin, à neuf heures moins un quart, je traverse, à ta suite, le carrefour de la Croix-Rouge!.. Et nous allons, tous les deux ; toi, faisant sonner tes petits talons d'un air délibéré ; moi, le cœur palpitant d'émotion, fasciné par ta jeune grâce et aspirant ta beauté!.. Bientôt, tu disparais dans l'ombre de l'antique Sorbonne, où tu vas entendre radoter de vieux messieurs chauves... Et moi, seul, désemparé, ton souvenir plein le cœur et ton image plein les yeux, je gagne, en soupirant, le cabinet de maître Leborgnard, avocat

illustre et rageur, dont je suis le secrétaire!.. Chaque matin, Suzanne, je jure que je te parlerai... Et je ne te parle pas!.. Je suis un timide, moi; j'ai peur... Et Dieu sait combien de temps encore aurait duré mon silence, sans cet heureux accident, qui me permet enfin de t'ouvrir mon âme !.. Tu ne m'entends pas, je le sais!.. Voilà pourquoi je parle!.. Situ m'entendais, je ne dirais rien!.. Oui, je t'aime, Suzanne, je t'aime... et je te jure ici que jamais une autre femme... (il se lève précipitamment.) On vient !..

Il va à la porte de droite.

SUZANNE, ouvrant les yeux. — A part.

Il est très gentil!..

Elle referme les jeux ; Maurice revient. MAURICE.

Non, personne !.. (Regardant Suzanne.) Toujours évanouie!.. (inquiet.) Si elle n'allait pas reprendre connaissance!.. — Ah!.. Voyons le pouls!.. (Il lui prend la main.) Où est-il, le pouls ?.. Je ne le trouve pas, le

pouls!., (il couvre la main de baisers.) Gomme Sa peau

est fine!.. Comme sa main est douce !.. — Ce serait tout de même plus sûr d'aller chercher un médecin!.. Voyons si le cœur bat toujours régulièrement !.. (n

se met à genoux devant Suzanne, lui passe le bras autour de a taille et pose la tête sur sa poitrine.) Oui... tic-tac, tic- ^ac!.. (Suzanne ouvre les yeux et le regarde en souriant.)

Ah!.. Qu'on est bien comme ça!.. Mon Dieu, qu'on est donc bien !..

SUZANNE, après un petit mouvement.

Vous êtes bien, monsieur ?

MAURICE

Oh! Pardon, mademoiselle, pardon!...

Il retire son bras et reste à genoux devant Suzanne.

SUZANNE, interrogative.

Monsieur?...

MAURICE, balbutiant, perdant la tète.

Je... je croyais, je pensais...

SUZANNE, même jeu.

Monsieur?...

MAURICE

Maurice... Maurice Lorimois, 27 ans!...

SUZANNE, souriant.

Moi, Suzanne .. Suzanne Gourbezon, 18 ans!...

MAURICE

Ah!... Mademoiselle, si vous saviez... si j'osais vous dire...

Courbezon entre du fond.

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