‹ Docteur!... comédie en un acte [par] Alexandre Bisson & Georges ThurnerChapitre 6 sur 16 · SCENE IV MAURICE, SUZANNE · texte numérisé non relu

SCENE IV MAURICE, SUZANNE

SUZANNE

Vite, monsieur, partez, je vous en prie!... Mon père est très violent et, s'il venait à apprendre... s'il se doutait que vous n'êtes pas médecin, mais avocat...

MAURICE, surpris.

Gomment?

Secrétaire de maître Leborgnard...

MAURICE

Mais... comment savez-vous, mademoiselle?... Qui vous a dit?...

SUZANNE

Vous-même, monsieur, là, tout à l'heure!...

MAURICE

Moi?... Mais... mais alors... vous n'étiez donc pas évanouie ?

SUZANNE, souriant.

Peut-être pas tout à fait !

MAURICE,, très ému.

Mais alors... vous avez entendu aussi... vous sa-

vez... vous savez?... — Ah! Mademoiselle, qu'avezvous dû penser...? Croyez bien que,, si j'avais pu me douter...

SUZANNE

Je vous en conjure, monsieur, partez!...

MAURICE, transporté.

Oui, oui!... Alors vous ne m'en voulez pas? Vous savez que je vous aime et vous ne m'en voulez pas?.. Ah! Que je suis heureux!... Et combien je bénis ce petit accident...

SUZANNE, souriant. - Vous l'avez déjà dit !

Oui, c'est vrai!... Pardon» je suis stupide!... Mais vous ne pouvez pas savoir à quel point la joie, le bonheur. .. — Depuis un mois, que je vous vois, que je vous connais, je vous aime chaque jour davantage... Et, si je devais maintenant renoncer à vous, s'il me fallait vous perdre... Ah! Non, non, je neveux pas y penser!... — Alors, vous aussi, vous m'aviez... vous m'aviez remarqué?...

SUZANNE

Remarqué?

MAURICE

Oui, chaque matin?

SUZANNE

Dame!... Je ne pouvais guère faire autrement!...

MAURICE, joyeux.

Ah! Mademoiselle!...

SUZANNE

Malgré soi... quand on rencontre quelqu'un tous les jours... C'est comme le facteur!

MAURICE

Le facteur?

SUZANNE

Et le sergent de ville de la rue!... A force de les voir, on finit par les- remarquer!

Vous vous moquez de moi, mais ça m'est égal!... Tout m'est égal, maintenant que je vous ai dit... maintenant que vous savez que je vous aime !

SUZANNE

Malheureusement, lorsque mon père apprendra la vérité...

MAURICE

Oui, ce sera terrible!.,.

SUZANNE

Quand il verra que vous vous êtes moqué de lui...

MAURICE

Moi?... Jamais!... Jamais l'idée ne m'est venue...

SUZANNE

Pourquoi dire à tout le monde que vous êtes médecin?

MAURICE

Mais je ne l'ai dit à personne!... C'est une fatalité!... Ils s'obstinent tous à m'appeler docteur !... C'est votre gouvernante, qui a commencé, à la pharmacie.

SUZANNE

Il fallait protester!

MAURICE

Ah ! Si vous croyez que j'y ai pensé, au moment où je vous voyais pâle, sans mouvement, sans con-

naissance... me demandant anxieusement s'il ne s'agissait que d'un léger malaise... ou Lien si vous n'alliez pas mourir, là, sous mes yeuxl... (il s'attendrit en pariant) Ah!... Ç:i m'était bien égal, les noms, qu'on me donnait !... On pouvait bien me traiter de médecin... ou de n'importe quoi!... Je vous jure que j'avais plutôt envie de pleurer que de protester!...

Il pleure.

SUZANNE, à part.

Pauvre garçon! Mais... il pleure... vraiment!

MAURICE

Heureusement, le pharmacien était là... et il m'a rassuré... en m'appelant docteur, lui aussi!...

SUZANNE

Vous auriez dû le détromper!...

MAURICE

Impossible! J'étais en train de vous dégrafer... alors, si je lui avais dit, il m'aurait demandé...

SUZANNE

Gomment, monsieur, vous vous êtes permis de...?

MAURICE

Sans doute !... Vous étouffiez!

SUZANNE

Il fallait me laisser étouffer !

MAURICE

Par exemple !

Il me semble d'ailleurs, que ce soin regardait mademoiselle Anaïs!...

MAURICE

Elle était plus morte que vive, la brave femme, et en train de boire un cordial !

SUZANNE

Mais le pharmacien?

MAURICE

Il vous faisait respirer des sels. J'étais seul pour vous rendre ce service... nécessaire : car on suffoquait dans cette pharmacie!... Quelle chaleur, grand

Dieu!... Quelle température!... (Courbezon rentre de

droite.) Au moins cinquante degrés!...

Page 1