XXIII.* LECTURE
De l'amour du prochain.
Quidiligit proximum , iegem impievit... ftenitvdo iegis est dilectio,
. Celui qui aime le prochain a accompli la loi...... car
JLamour est l'accomplissement de la loi. Rom. i5.
Ijes trois premiers commandement règlent nos devoirs envers Dieu ; et les sept autres marquent ce que nous devons à nos semblables , aux autres
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hommes. Ils sont tous renfermés dans ce précepte : « Vous aimerez votre prochain comme » vous-même. » ( Mattfi. 22. ) Aimer son prochain comme soi-même , c'est lui désirer et lui procurer le même bien qu'à soi. Il n'y a rien que Jésus-Christ nous ait recommandé plus fortement quel'amour du prochain. « Lecommari- » dément que je vous fais , nous dit-il , c'est de » vous aimer les uns les autres. » ;II vent que ce soit la marque à laquelle on reconnoisse ses disciples. Quiconque n'aime pas son prochain , n'est donc ptusj ctisciple de Jésus-Christ ; il a renoncé à son; Evangile et à ses promesses. Aussi , dans les beaux jours du christianisme naissant , vit-on régner parmi les fidèles l'union la plus intime et la charité la plus tendre; on eût dit qu'ils n'avoient tous qu'un cœur et qu'une âme* Les païens eux-mêmes ne pouvoient voir sans étonnement une union si admirable. « Voyez , » disoient ils, comme ils s'aiment les uns les » autres. » Hélas ! que les temps sont changés ! Aimable charité , qui faites le caractère propre de la religion chrétienne , qu'êtes- vaus devenue? Cependant , mon cher Théophile , sans cette charité , il n'y a point de paradis à attendre pour nous. Quand on n'aime pas son prochain , on n'aime pas Dieu ; c'est ce que dit saint Jean , cet apôtre de Notre-Seigneur , qui connoissoit si bien la doctrine de son divin Maître. Voici ses propres paroles : u Si quelqu'un dit : j'aime » Dieu , et qu'il n'aime pas son frère , c'est un » menteur. Comment celui qui n'aime pas son » frère qu'il voit , peut-il aimer Dieu qu'il ne » voit pas? » Ce saint apôtre n'a cessé, jusqu'au dernier soupir 7 d'inculquer cette doc-
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trine. On rapporte que , dans son extrême vieillesse , il répétoit souvent ces mots : « Mes chers * enfans, aimez- vous les uns les autres : » et comme on lui demandoit pourquoi il disoit toujours la même chose , il répondit : « C'est le com- » mandement du Seigneur; et s'il est fidèle- » ment accompli , il suffit. » Saint Paul réduit aussi toute la loi à ce seul précepte. En effet , quand on aime véritablement le prochain , on est bien éloigné de faire à son égard rien de ce qui est défendu par les autres commandemens ; on ne lui dit point d'injures, on ne commet point de violences contre lui , on ne lui fait point de tort, on ne le trompe point ; on lui rend même toutes sortes de bons offices. Ne croyez pas , mon cher Théophile , que par ce mot de prochain y l'on entende seulement ceux avec qui nous avons quelque liaison de parenté ©u d'amitié : « Si vous n'aimez, dit Notre-Sei- » gneur , que ceux qui vous aiment , que faites- » vous en cela de plus que les païens? » Il faut entendre tous les hommes , parce qu'ils ont tous le même créateur et la même origine; parce qu'ils ne composent tous qu'une même famille , dont Dieu est le père ; parce qu'ils ont tous été créés pour la même fin, qui est la félicité éternelle ; et qu'ils ont tous été rachetés au même prix , c'est-à-dire, parle sang de Jésus- Christ , qui est mort pour tous les hommes. Cet amour doit s'étendre à nos ennemis même ; le précepte de Jésus-Christ est formel : « Et moi je » vous dis : aimez vos ennemis , faites du bien » à ceux qui vous haïssent , priez pour ceux » qui vous persécutent et qui vous calomnient i » rendez le bien pour le mal , afin que vous res-
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* sembliez à votre Père céleste , qui fait luire » son soleil sur les bons et sur les médians. » Ne dijes pas , mon cher Théophile, que c'est assez de ne point vouloir du mal à ceux qui nous haïssent ; mais que de les aimer , de les prévenir , de leur rendre service , cela est impossible. Non cela n'est pas impossible , avec la grâce ; et Dieu la donne , cette grâce , à ceux qui la lui demandent. Dieu vous le commande , et il ne commande rien d'impossible : mais il veut que nous fassions tout ce que nous pouvons , avec les forces qu'il a mises en nous , et que nous demandions ce que nous ne pouvons pas encore ; et il nous aide à le faire. Jésus-Christ nous a donné l'exemple de cette charité généreuse ; il a prié pour ses bourreaux. Des hommes foibles comme nous, ont fait , avec son secours , ce qui vous paroît impossible. Joseph a sauvé la vie à ses frères , qui avoient voulu la lui ôter; David a conservé celle de Saîil , dans le temps même que Saiil cherchoit à le faire mourir; saint Etienne a prié pour ceux qui le lapidoient. Vous êtes amour , ô mon Dieu ! et vous nous avez appris que nous ne serons vos disciples , qu'autant que nous aurons d'amour pour nos frères. Vous nous avez enseigné cette divine charité par vos leçons et par vos exemples. Donnez-moi la grâce de les aimer chrétiennement , de les aimer comme moi-même ; que je leur fasse tout le bien qui est en mon pouvoir , et que je leur souhaite sincèrement celui que je ne peux pas leur faire; que je les aime, non par des vues humaines, mais par des motifs que la religion suggère , ^t que rien ne puisse jamais éteindre ou afioibliren moi cette charité. Qu'elle
s'étende à tous les hommes , à mes ennemfs même , à ceux qui me haïssent, qui me font de la peine. Oui, mon Dieu, si j'ai quelque chose à souffrir de la part des hommes , je me souviendrai que vous êtes mort pour nous, dans le temps que nous étions vos ennemis , et que vous avez prié pour ceux qui vous faisoient mourir. Je renonce à cet esprit de vengeance, qui me porteroit k leur rendre le mal pour le mal : j'éviterai avec soin de les aigrir ; et pour ies gagner à vous , ô mon Dieu ! je tâcherai d'entrer dans leur cœur par tous les services que je pourrai leur rendre.
Faire du bien à tout le monde autant qu'on le peut.