IV. « LECTURE
Immensité de Dieu.
In manu ejus sunt omnes fines terrée.
Il tient dans sa main la terre toute entière. Ps. 94.
Dieu est an -ciel, en Ja terre et en tous lieux. Cette présence de Dieu partout s'appelle immensifé, prcérqu elle est sans mesuré et sans bornes. C'est Dieu qui anime tout, qui soutient tout , qui donne la vie et le mouvement à tout. Dieu est donc partout; il est en toutes choses f ou , pour mieux dire , toutes choses sont en lui. Sa présence s'étend au delà des bornes de l'Univers : il pourroit en créer un autre ; et s'il le créoit , ce nouvel Univers seroit dans l'étendue de son immensité. L'Ecriture sainte présente cette vérité presqu'à chaque page : « N'est-ce pas moi , dit le Seigneur , qui rem- » plis le ciel et la terre? Dieu est plus élevé » que les cieux , plus profond que les abîmes , » plus étendu que la terre , plus vaste que la » mer, c'est-à-dire , plus grand que l'Univers » entier. Dieu n'est pas loin de nous , dit saint » Paul, c'est en lui que nous sommes , que » nous vivons et que nous agissons. » En quelqu'endroit que nous allions , nous trouvons Dieu présent : c'est ce qui fait dire au saint roi David : « Où irai je pour éviter votre présence? Où fuirai-je pouv échapper à vos regards ? Si
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je monte au ciel , vous y êtes ; si je descends dans les abîmes de la terre , je vous y trouve encore; partout où je vais , c'est votre main même qui m'y conduit , c'est votre main qui me soutient. » Il est donc certain , mon cher Théophile , que nous sommes continuellement ♦ sous les yeux de Dieu ; il entend toutes nos paroles , il voit toutes nos actions , il est même au fond de notre cœur ; il connoît toutes nos
Î>enséeset tous nos désirs. Quand nous faisons e mal, c'est en sa présence que nous le faisons. Les ténèbres les plus épaisses, la nuit la plus obscure , ne nous dérobent point à ses regards ; aussi ce saint roi ajoute-t-il : « J'ai dit : Peut-être les ténèbres me cacheront-elles ; mais les ténèbres n'ont aucune obscurité pour lui : la nuit la plus profonde est à ses yeux comme le jour le plus brillant. » La preuve de cette vérité est dans votre cœur , mon cher Théophile : d'où viennent ces remords qui nous agitent , quand nous avons fait une mauvaise action , même en secret , et sans avoir été aperçus de personne? D'où viennent ces reproches si vifs et si amers que fait alors la conscience? En vain le pécheur s'efforce de les apaiser; le cri perçant de cette voix intérieure surmonte tout ce qu'pn lui oppose : en vain il fuit son propre cœur , et se hâte de sortir de lui-même pour n'être pas accablé de confusion devant un juge qui lui reproche son crime. Quelque part qu'il aille , il est saisi de crainte , et couvert de honte devant le censeur invisible qu'il porte dans son sein. Quel est-il ce censeur? Quelle est cette voix qui reproche si vivement le crime? Quelle est cette lumière qui luit dans les té-
&o Doctrine Chrétienne.
nèbres même , et que les ténèbres ne peuvent obscurcir ? Quel est ce juge sévère auquel le pécheur ne sauroit échapper , si ce n'est la vérité incorruptible et la justice éternelle ? Et , qu'est-ce que cette vérité et cette justice, si ce n'est Dieu , témoin véritable de toutes nos actions ? N'oubliez donc jamais , mon cher Théophile, que Dieu est toujours avec vous , et que vous n'êtes jamais seul ; qu'éloigné de la vue des hommes , dans le lieu le plus retiré , dans la plus profonde solitude , vous avez un témoin invisible qui vous accompagne et qui observe toutes vosactions. Cette pensée vous éloignera du mal. L'ennemi de votre salut sera tbible , ses efforts seront impuissans, tant que vous conserverez la pensée de la présence de Dieu. Eh ! comment oserier-vous commettre le péché sous ses yeux ? Auriez- vous la témérité de faire en sa présence ce que vous ne feriez pas à la vue d'un père, d'un maître? C'étoit la leçon que donnoit autrefois Tobie à son fils : « Mon fils, lui disoit-il, ayez Dieu dans l'esprit -tous les jours de votre vie.» C'est le conseil que nous donne saint Augustin : « Si quelqu'un vous porte au péché , répondez lui : Trouvezmoi un endroit où Dieu ne me voit pas ; mais puisqu'il hj en a point où Dieu ne soit présent , ne m'en parlez plus , je ne suis point assez méchant pour l'offenser sous ses yeux. » Cette pensée vous soutiendra dans la pratique de vos devoirs: rien n'est plus propre à vous animer à les remplir , que de songer que vous avez pour témoin de ce que vous faites , un Dieu infiniment bon , qui vous tient compte de votre fidélité. r
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Vous êtes présent partout, o mon Dieu ! le ciel et la terre sont remplis de votre gloire et de votre majesté. Que j'ai été aveugle de vivre jusqu'à présent sans penser à vous ! Vous étiez , Seigneur, dans tous les lieux où j'étois,vous aviez les yeux ouverts sur moi , vous entendiez toutes mes paroles ,,vous9connoissiez toutes mes pensées , vous considériez toutes mes actions , et je ne faîsois aucune attention à votre présence; je parlois , j'agissois devant vous , sans penser à vous. Hélas! mon Dieu, je reconnois que cet oubli de votre divine présence a été la cause de toutes mes chutes. Oui , si j'ai commis autrefois tant de péchés , c'est parce que je vous ai oublié; si je tombe encore dans beaucoup de fautes , c'est parce que je vous perds souvent de vue. Comment , en effet, oserois- je vous offenser , si je pensois que vous êtes auprès de moi , que vous me voyez ? Je veux désormais avoir continuellement dans l'esprit cette pensée : Dieu me voit. Je me la rappellerai , surtoutdansles tentations , dans les occasions où je me sens porté au péché. Dieu me voit : cette pensée me soutiendra contre les attaques du démon , et me donnera la force de les surmonter. Je mêla rappellerai dans mes dégoûts , dans ces momens où la langueur , la lâcheté me font négliger mes devoirs ; cette pensée m'encouragera , m'animera à les remplir avec fidélité.
Avoir souvent dans l'esprit cette pensée ? Dieu me voit.