IL- LECTURE
Existence de Dieu.
Accedentem ad Deum, ofortet credere quia est.
Pour s'approcher de Dieu, il faut croire qu'il v en a un. Hebr. XL J
Il y a un Dieu , c'est une vérité que vous avez connue dès l'enfance , mon cher Théophile ; elle s'est, pour ainsi dire, présentée d'ellemême à votre esprit : il n'a fallu qu'ouvrir le» yeux et réfléchir un instant pour l'apercevoir. Tout ce qui est hors de vous , tout ce qui este» vous , prouve qu'il y a un Dieu. Je vfeux vous rappeler les preuves qui vous en ont convaincu. Regardez le ciel ; quel magnifique spectacle ! Qui est-ce qui a fait cette voûte immense ? qui ' est-ce qui y a suspendu tous ces globes éclatans „ le soleil qui répand partout la lumière et la chaleur , la lune et les étoiles qui brûlent au firmament pendant la nuit ? Voyez avec quelle régularité ces astres recommencent chaque jour leur course majestueuse. Tous leurs mouvemens sont réglés ; jamais ils ne s'écartent de la route qui leur a été tracée ; et ce bel ordre subsiste depuis six mille ans. La succession des jours et des mois n'a jamais été interrompre. D'où peut venir une régularité si constante , si ce n'est d'une intelligence infinie et toute-puissante? Abaissez maintenant vos regards sur la ierre ; que de merveilles n'y apercevez- vous pas ?
K . Symbole. 9
Considérez cette multitude innombrable d'animaux d'espèces si différentes ., dont elle est peuplée; cette variété infinie d'arbres, déplantes et de fruits dont elle est couverte; la quantité prodigieuse de poissons que la mer renferme dans son sein : quel peut être fauteur de tant de merveilles , $i ce n'est Dieu ? Dites-moi , le prince le plus puis&ant , le plus grand roi du Monde pourroit-il seulement former une fleur , une feuille , .un grain de sable ? Non , sans doute. Attribuer tout cela au hasard , ne seroitce pas le comble de l'extravagance? Quand vous voyez un beau palais, vous jugez 'sans hésiter qu'il y a eu un habile architecte qui en a tracé le plan et dirigé l'exécution. En voyant un beau tableau , vous ne doutez pas qu'il n'y ait eu un excellent peintre qui en a conçu le dessein et distribué les couleurs. Si quelqu'un venoit vous dire que c'est l'ouvrage du hasard ; que les pierres de l'édifice* se sont taillées et posées d'elles-mêmes; que les couleurs du tableau sont venues par hasard s'arranger sur la toile, se nuancer dans un si bel ordre, et former une figure régulière, ne le regarderiez- vous pas comme un insensé ? Quelle seroit donc la folie de celui qui prétendroit que l'Univers s'est formé par hasard t Quoi ! le hasard n'a jamais formé une maison , un tableau, et il auroit formé le Monde ! Enfin , considérez-vous vous-même , mon cher Théophile , vous avez un corps , et ce corps est composé d'une multitude étonnante de ressorts et d'organes qui sont placés et arrangés avec un ordre admirable. Partout l'on aperçoit un dessein marqué , et l'on voit que celui qui les a faits, a employé les moyens les plus propres à
l'exécution de ce dessein. Remarquez la situation de vos yeux; ainsi que des sentinelles , il» occupent le lieu le plus élevé pour apercevoir de loin les objets. N'est-il pas évident qu'ils ont été faits pour voir, comme les oreilles pour entendre, les mains pour agir , et les pieds pour marcher? Quel autre que Dieu a pu faire un si bel ouvrage ? Dire que c'est la nature , c'est dire un mot vide de sens , à moins que par la nature on n'entende une cause pleine de sagesse et de puissance, et alors c'est Dieu lui-même.
Secondement , vous n'avez pas seulement un corps , mon cher Théophile ,. vous avez aussi une âme ; cette âme n'est point matière , caria matière n'est pas capable de penser : c'est donc un esprit. Cependant l'âme est étroitement unie au corps. Certainement l'âme ne s'est point unie d'elle-même à notre corps ; cette union Vest faite avant qu'elle y eût pensé. Cette union estsi étroite , que quand le corps est en bon état r une douce joie se répand dans l'âme; et dès* que le corps s'altère , l'âme souffre de son côté. Qui a pu unir ainsi deux choses si différentes , et établir entr'elles cette correspondance admirable , si ce n'est Dieu ?
Ces sentimens de joie et de douleur quevous éprouvez , sont encore une nouvelle preuvequ'il y a un Dieu ; car il ne dépend pas de vous de les avoir , ou de ne pas les avoir. Si vous pouviez vous Jes procurer ou vous y soustraire , vous seriez toujours dans la joie , et jamais vous n'éprouveriez la douleur. Vous avez donc un Maître souverain et tout-puissant , qui excite en voua ces senlimens, de qui vous dépendez, et qui dispose de vous h son gré» Ce Maître suprême >
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c'est Dîeu. De là ce cri , mon Dleit ! qui vous échappe dans une douleur inopinée , dans un danger imprévu , cri indélibéré , qui n'est pas l'effet de la réflexion , mais le témoignage d'une âme naturellement chrétienne , selon l'expression de Tertullien. Il est donc vrai , mon cher Théophile , que nous portons au dedans de nous l'impression de la divinité, tracée en caractères ineffaçables : aussi n'y a-t-il jamais eu de peuple si barbare et si sauvage , qui n'ait reconnu une divinité. On trouve des nations quî n'ont point de villes , point de lois , point de magistrats; maison n'en trouve aucune qui n'ait point de Dieu. Ce consentement si universel entre tous les hommes de tous les pays et de tous les siècles , si différens d'ailleurs de génie et de mœurs , séparés par des intervalles immenses de temps et de lieux , ne peut être l'effet d'une convention arbitraire : il ne peut venir que d'une lumière qui éclaire tous les hommes , et que Dieu a mise dans notre âme en nous créant. /
Oui , mon Dieu , vous avez gravé dans tous vos ouvrages la magnificence de votre nom en caractères si visibles , que les plus simples même ne sauroient l'y méconnoîlre. Les cieux annoncent votre gloire , et le firmament publie les merveilles de votre puissance. Cette voix se fait entendre à tous les hommes et à toutes les nations. Quel autre, en effet, a pu dire au soleil : Sortez du néant , et présidez au jourj* Quel autre que vous a pu dire à la lune : Paroissez et soyez le flambeau de la nuit ? Toutes les créatures nous disent qu'elles ne se sont pas faites elles-mêmes , mais que c'est vous qui les
avez faîtes : c'est vous qui avez étendu !e cref comme une tente magnifique , qui avez attaché les astres au firmament , qui leur avez tracé la route qu'ils doivent parcourir. C'est vous qui faites germer les plantes dans le sein de la terre , et qui leur donnez l'accroissement ; c'est vous qui avez réglé la succession des jours et des nuits, et fixé l'ordre invariable des saisons; c'est votre main invisible qui a formé notre corps , qui en a arrangé tous les ressorts , et disposé tous les membres avec un art admirable. Pour reconnoîlre cette vériïé , il ne faut ni des lumières sublimes , ni -une étude profonde. Les premières impressions de la raison suffisent ; il ne faut qu'une âme qui porte encore en ellemême ces traits primitifs de lumière que vous y avez mis en la créant. Malheur h moi , si je laissois jamais éteindre , ou même obscurcir cette lumière précieuse par les nuages de mes passions ; malheur à moi , si je dovenois semblable à cet insensé qui. a dit dans son cœur • U n'y a pohu de Dieu. Ce n'est pas dans son esprit , c est dans son cœur que l'impie a tenu ce langage; car le cœur corrompu peut bien lui suggérer ce sentiment si contraire aux lumièresde sa raison , mais son esprit ne sauroit se le persuader. Ne permettez pas, ô mon Dieu , que J aie le malheur de tomber jamais dans un aveuglement si déplorable : vous avez fait vos créatures comme autant de degrés pour nous élever jusqu à vous ; c'est l'usage que je veux en faire : en les voyant ,. je verrai, j'adorerai leur auteur.-
Pratique.
Voir Dieu dans les créatures.
Symbole. i5
IILe LECTURE: .
Perfections de Dieu.
Magnus Dominus , "et laudabitis nimis j et tnagnitu» dinis ejus non est finis.
Le Seigneur est grand, il est fort au-dessus de nos louanges, et sa grandeur n'a point de bornes. Psalm. i44«
Dieu est si grand , et notre esprit est si borné > qu'il nous est impossible de comprendre ce qu'i* est. Nous ne le connoissons qu'imparfaitement par la lumière de la foi et par celle de la raison. Cependant cette connoissance , tout imparfaite qu'elle est , suffit à l'homme dans cette vie, et il est à propos de vous l'exposer , mon cher Théophile. Rien ne nous donne une plus grande idée de Dieu , que ce qu'il a dit de lui-même : Je sais celui qui suis. Exode 3. Parole sublime ; tâchons fl'en pénétrer le sens. C'est comme s'il disoit : Je suis l'Être par excellence, le principe et la source de tout ce qui est , celui en qui et par qui toutes choses subsistent ; tout ce qui est au monde n'a qu'un être emprunté qu'il tient de moi, et que je peux lui Ôter quand il me plaît ; mais moi je suis par moi-même ce que je suis. De cette idée de Dieu , il résulte qu'il possède toutes les perfections , et qu'il les a au suprême degré. Suivez-moi , mon cher Théophile , dans le développement que je vais ea faire.
i4 Doctrine Chrétienne*
Dieu est esprit ; c'est une pure intelligence : il n'a ni corps, ni figure, ni couleurs. Dieu ne ressemble à rien de lout ce qui nous environne, et qui frappe nos sens. Tout ce que vous voyez ' tout ce que vous touchez est matériel ; et un être infiniment parlait n'est point matière. II n'y a que notre âme qui ait quelque ressemblance avec Dieu , qui puisse nous en faire concevoir une juste idée. Comme Dieu, elle est une intelligence; mais, remarquez bien , il y a une distance infinie entre l'intelligence souveraine, qui est Dieu , et une intelligence créée , telle qu'est la nôtre. Les connoissances de notre âme sont bornées et imparfaites ; celles de Dieu embrassent toutes choses. Dieu connoît tout , il sait tout , et la connoissance qu'il en a est infiniment parfaite: ses pensées sont aussi élevées au-dessus de nos pensées , que le ciel est élevé au-dessus de la terre.
Dieu est éternel. Ilétoit avant toutes choses, puisqu'il a tout fait; ilétoit avant tous les temps; il n'a point commencé d'être ; c'est lui qui a donné le commencement à tout. Remontez au delà de six mille ans , le ciel et la terre n'étoient pas encore , ils seront un jour détruits. Comptez les années qui se sont écoulées depuis votre naissance , le nombre en est fort petit . et bientôt vous arriverez au terme de votre vie. Il n'en est pas ainsi de Dieu ; il n'a point eu de commencement, et il n'aura jamais de fin. Avant la naissance des siècles , Dieu étoit en lui-même; et rien n'étoit que lui seul. Avant que les montagnes eussent été formées , dit le prophète ; avant que l'Univers fût sorti du néant , vous étiez , Seigneur , de toute éternité , et vous
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serez dans tous les siècles. Les ouvrages de vos mains périront : mais pour vous, vous subsisterez éternellement , et vos années ne passeront point.
Dieu est tout-puissant. C'est le nom qu'il se donne lui-même dans les saintes Écritures. 11 peut tout ; il fait tout ce qu'il veut : par sa seule parole , il a tiré du néant toutes les créatures ; il pourroit encore créer mille autres Mondes , et sa puissance ne seroit pas épuisée. Il appelle , dit le prophète , les choses qui ne sont pas , comme si elles étoient , et elles obéissent à sa voix. Rien n'est donc impossible , rien n'est donc difficile à Dieu.
Dieu est indépendant. Eh ! de qui dépendroit-il , puisque tout dépend de lui ? Noua sommes dans une dépendance continuelle et universelle à l'égard de Dieu ; c'est lui qui nous conserve et qui nous soutient : sans lui nous retomberons à chaque instant dans le néant, d'où il nous a tirés : sans son secours , nous ne pouvons rien faire; mais Dieu ne dépend d'aucune chose. Principe de tout ce qui est , il ne tient l'être que de lui-même. Source inépuisable de tous les biens , il les a tous de son propre fonds- , et il les distribue à son gré à qui il lui plaît. Souverainement heureux, il n'a besoin de personne , il se suffit à lui-même. Maître absolu de toutes choses , il n'a ni supérieur ni
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Dieu est immuable. Ce qu'il est , il l'a toujours
été , et il le sera toujours. « Je suis le Seigneur, » nous dit-il lui-même , et je ne change point. » L'homme n'est jamais dans un état fixe et permanent; son corps , sujet aux révolutions des
ï6 Doctrine Chrétienne.
différens âges, passe encore successivement de la force à la foiblesse, de la santé à la maladie , de la vie à la mort. Sa volonté change , soit par inconstance, soit parce qu'il découvre des raisons d'abandonner ce qu'il recherchoit, ou de rechercher ce qu'il négligeoit; mais , en Dieu, il n'y a ni changement, ni même ombre de vicissitude. Tout ce qui est en lui , est éternel. La volontédu Seigneur,ditle prophète, demeure éternellement, et les pensées de son cœur subsistent dans toute la suite des générations.
Dieu est infini , c'est-à dire , que son essence et ses perfections n'ont point de bornes; il a toutes les perfections , et en lui chaque perfection est infinie. Sa nature est d'être souverainement parfait. Ainsi , Dieu est non-seulement juste , njais infiniment juste : il est non-seulement saint, mais infiniment saint: il est nonseulement bon , mais infiniment bon ; et ainsi de toutes les autres perfections. Comme rien n'a pu en limiter le nombre , rien n'a pu en borner la grandeur.
Que vous êtes grand , ô mon Dieu ! que vous êtes digne de nos respects et de nos adorations ! Qui pourroit se lasser d'admirer vos merveilles? Qui pourroit les raconter dignement ? Mais pourquoi avons-nous un esprit, si ce n'est pour les contempler , et une langue , si ce n'est pour les publier ? Pourquoi avons-nous un cœur , si ce n'est pour en être vivement touchés , et pour être embrasés de votre amour ? Vous êtes infiniment bon , infiniment juste , infiniment sage : vous êtes souverainement aimable par votre parfaite et inaltérable beauté; souverainement redoutable, par votre force invincible. Vous êtes
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toujours le même; vous ne changez jamais, et Vous faites tous les changemens qui arrivent dans le Monde. Incapable de renouvellement et d'altération, vous renouvelez toutes choses; toujours en actions , et toujours en repos , vous portez tout sans vous lasser ; vous nourrissez tout sans vous épuiser; vous donnez à tous sans vous appauvrir. A vous , ô mon Dieu ! appartiennent la puissance et la gloire ; à vous toute autorité et tout empire ; à vous toutes les richesses et tous les hiens ; mais c'est vous qui êtes le bien au dessus de tous les biens , et qui les renfermez tous en vous-même. Vous êtes si fort élevé au-dessus de nos penséesetde nos expressions , que nous ne pouvons ni faire comprendre aux autres ce que vous êtes , ni le compren* dre nous-mêmes. Qu'est-ce que l'homme pour entreprendre de vous louer ? Qu'est ce qu'une vile créature , pour oser sonder l'abîme de vos adorables perfections ? A la vue de tant de gloire et de majesté , que puis- je faire autre chose que de me prosterner devant vous , me taire , et vous adorer? Un silence de respect et d'amour vous honorera phis <jue toutes mes paroles et toutes mes louanges.
Pratique.
S'anéantir devant Dieu.
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ï8 DOCTRINE CHRÉTIENNE.