‹ Doctrine chrétienne en forme de lectures de piétéChapitre 45 sur 94 · LI.« LECTURE · texte numérisé non relu

LI.« LECTURE

Des Spectacles*

N otite ditîg ère mundum, nequeea quœ in mundo suni. N'aimez point le monde, ni les divertissemens du monde. I. Joan. 2.

.Les spectacles sont dangereux pour la vertu , et en particulier pour la pureté. Vous devez vous les interdire, mon cher Théophile, si vous voulez conserver le précieux trésor de la grâce. Sans parler de ces spectacles où la pudeur est ouvertement blessée par des bouffonneries révoltantes et par des gestes dissolus , où les honnêtes gens

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ne vont point , et qui ne sont fréquentés que par une vile populace qui n'a ni éducation ni sentixnens ; quel danger n'y a-til pas même dans ceux que l'on appelle des spectacles décens , épurés , où l'on ne se permet rien de grossier , rien qui puisse révolter des oreilles délicates ! Malgré ce vernis de décence , c'est au fond la même passion qui en fait l'âme. L'amour profane est le grand ressort de toutes les pièces qu'on y représente ; c'est sur cette passion dangereuse qu'est fondé le principal intérêt du théâtre ; tout ce que l'on y entend , tout ce que l'on y voit , est propre à la réveiller , à la nourrir , à la fortifier*. La décence même que l'on y observe augmente le danger , en diminuant l'horreur naturelle que le vice exciteroit, s'il paroissoit sans déguisement ; elle ajoute un nouvel attrait à ce sentiment perfide , qui perd ceux qui s'y livrent. En effet , qu'entend-on au théâtre ? le récit vif et animé de tous les transports et de toutes les agitations que la passion , irritée par les obstacles , excite dans un cœur qui en est dominé ; elle n'y est présentée que comme une foiblesse ; et pour la rendre plus louchante , on l'attribue à un personnage qui intéresse d'ailleurs par de grandes qualités. La pompe des décorations , les richesses de la poésie , l'art de la déclamation , les charmes de la musique , les inouvemens d'une danse lascive , tout est employé pour allumer dans l'âme des spectateurs une passion qu'ils ne sont déjà que trop disposés à recevoir. Qu'y voit-on ? des objets dangereux par eux-mêmes , plus dangereux encore par les mauvaises dispositions de ceux qui y vont : le poison entre dans Pâme par tous les sens. Eh î comment poun oit-elle s'en défendre, au milieu

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des attaques qu*on lui livre de toutes parts ! au milieu des continuelles émotions qui l'énervent et qui la rendent incapable de résister ? La vertu la plus solide et la plus affermie ne s'y soutiendroit pas. Que deviendra celle d'un jeune homme qui s'y expose volontairement? Que ne doit-on pas éprouver à cet âge , où l'impureté bouillonne avec le sang dans les veines ? N'en doutez pas 9 mon cher Théophile , Pinnocence y reçoit des blessures mortelles. Vous trouverez cependant des personnes qui voudront justifier les spectacles ; on vous citera des gens qui passent pour réguliers , et qui y vont ; on vous dira qu'on y assiste sans éprouver de mauvaises impressions: ne le croyez pas. Ceux qui tiennent ces discours tous trompent , ou ils s'abusent eux-mêmes; l'illusion vient de ce qu'ils ne sont point accoutumés à veiller sur leur cœur , et qu'ils ne font aucune attention à ce qui s'y passe. Tant qu'on se laisse aller au courant de l'eau , on ne sent rien ; ce n'est que quand on y résiste , que l'on s'aperçoit de sa force. Retenez bien, mon cher Théophile , trois principes qui vous affermiront contre tout ce que l'on vous dira pour vous engager h assister aux spectacles. Le premier principe est fondé sur l'opposition sensible qu'ils ont avec l'esprit du christianisme et les maximes de l'Évangile. Un Chrétien a renoncé dans son baptême aux pompes du démon et aux vanités du monde : où ces pompes règnent-elles avec plus d'éclat que dans les spectacles ? L'esprit du christianisme est un esprit de pureté , de modestie , de prière et de pénitence. Ya-t-il quelque chose de plus contraire à cet esprit , que l'appareil et les maximes du théâtre ? L'expérience

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apprend que l'on remporte ordinairement du théâtre un amour effréné du plaisir, et un dégoût affreux de la piété. Le second principe est fondé sur cette parole de l'Ecriture : celui qui aime le danger y périra. Il est certain, quoiqu'on en dise , qu'il y a un très-grand danger dans ces lieux là , et que la plupart de ceux qui y vont , y perdent leur innocence. Comment justifier une personne qui s'expose volontairement au danger presque certain d'offenser Dieu ! Ou vous comptez sur votre vertu , et c'est présomption; ou vous vous défiez de vousmême, et alors vous êtes coupable de vous jeter dans une occasion où vous prévoyez que vous pourrez tomber. Le troisième principe, c'est qu'en allant aux spectacles , vous autorisez ceux qui y vont , et qui y perdent leur âme ; c'est que vous ne pouvez y aller sans participer au péché de ceux qui représentent , que l'Eglise prive de la communion , même à la mort , à moins qu'ils ne renoncent à leur profession. Souvenez-vous de ce que dit saint Paul, que ce n'est pas seulement ceux qui font le mal qui sont coupables, mais encore ceux qui l'autorisent et qui l'approuvent : votre présence seroit l'approbation la plus expresse que vous puissiez donner à ces sortes d'assemblées.

Que d'écueils dans le monde, ô mon Dieu ! qu'il y a de pièges tendus à la vertu ! mais , avec Votre grâce , je puis les éviter tous. Si le monde étale ses charmes trompeurs pour me séduire, s'il cherche à m'éblouir par l'éclat de ses pompes , vous m'instruisez du danger , et vous me donnez la force de le fuir ; vous m'avertissez que ma foibîesse y succomberoit, et qu'il n'y a

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pour moi de sûreté que dans la fuite. Je ne derrois donc m'en prendre qu'à moi-même de ma perte , si j'avois la témérité de m'y exposer. Pourrois-je, ô mon Dieu ! m'aveugler au point de regarder comme innocens des spectacles profanes , où tout est propre à allumer et à nourrir des passions funestes , où l'on débite des maximes opposées à votre sainte Loi , où ma présence seule autoriseroit une profession que votre Eglise condamne et proscrit ? Si je tombois jamais dans cette illusion , daignez la dissiper ; ne permettez pas que je me laisse séduire par l'exemple et par les discours de ceux qui les fréquentent, et *{ui ne cherchent à les justifier , que parce qu'ils y trouvent l'aliment d'une passion chérie , ou parce qu'ils n'ont pas le courage d'y renoncer. Faites-moi connoître que le vice n'en est que plus séduisant pour être plus déguisé , et que le poison n'en est que plus dangereux pour être préparé par des mains habiles.

Pratique.

Prendre la ferme résolution de n'aller jamais aux spectacles.

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