LIV.« LECTURE
De la Médisance.
Fratres , notite detrahere altcrutrum.
Mes frères , ne parlez point mal les uns des autres. Jac. 4«
La médisance consiste à faire connoître les dé-> fauts secrets du prochain : le mal qu'on en dit alors est vrai ( sans cela ce ne seroit pas une simple médisance , ce seroit une calomnie ) ; mais ce mal n'est pas connu. Tant que la faute qu'il a commise reste cachée, il conserve sa réputation ; publier cette faute , c'est la lui ravir injustement : c'est donc un péché que de révéler la honte secrète du prochain; c'est- violer le précepte de Notre- Seigneur , qui nous commande d'aimer notre prochain comme nousmêmes. Voudrions-nous qu'on fît connoîlre nos défauts cachés ? Non , certainement ; nous devons donc taire ceux de nos frères. Aussi la médisance est-elle mise dans l'Ecriture sainte , au nombre des crimes qui excluent du bonheur éternel. Saint Paul déclare que les médisans ne posséderont point le royaume de Dieu. L'apôtre saint Jacques s'élève avec force contre ce vice , et il le peint avec les couleurs les plus propres à nous le rendre odieux. « La langue , » dit-il , est un feu dévorant, un monde d'ini- » qui té , un mal inquiet , une source pleine a d'un venin mortel. » Comme une étincelle portée par le vçnt en différens lieux , la tué-
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dïsance passe de bouche en bouche , embrase ■tout , et noircit du moins ce qu'elle ne peut consumer. C'est un mal inquiet qui trouble la société , jette la dissension dans les familles , Remplit tout de désordre et de confusion ; elle est une source empoisonnée de haines et de vengeances, et par conséquent un assemblage de crimes et d'iniquités. Le médisaut est coupable de tous les péchés dont il a été l'occasion ; il a péclié dans ceux qui ont répété celte médisance après lui ; il a péché dans ceux même qui l'ont écoutée; car apprenez-le , mon cher Théophile , il est défendu, non-seulement de parler mal du prochain ; mais encore d'écouter le mal qu'on en dit : si personne n'écoutoit b|£ médisance , il n'y auroit point de médisans^, La complaisance avec laquelle on écoute le^| médisans , les autorise et les enhardit , et par là on se rend complice de leur péché : d'ailleurs , c'est toujours une secrète malignité qui fait prendre plaisir à entendre dire du mal des autres. De toutes les médisances , la plus noire et la plus funeste dans ses suites , est celle qui consiste à rapporter en secret à un homme , ce qu'un autre a dit ou fait contre lui ; ces rapports produisent presque toujours , dans le cœur de celui à qui on les fait, des haines , des désirs de vengeance , qui se terminent à des inimitiés irréconciliables. L'accusé qui ne sait pas ce qu'on a dit de lui , n'a aucun moyen de se justifier , ou dé s'expliquer , ou de faire satisfaction. Le caractère de celui qui fait ces rapports secrets , est tracé dans l'Ecriture en ces termes : « Les paroles du semeur de rapports parois- » sent simples; mais elles pénètrent jusqu'au
PiCALOGUK. s4&
* fond du cœur » ; et pour montrer combien ce caractère déplaît à Dieu , l'Ecriture ajoute : « H » y a six choses que le Seigneur hait , et son » cœur déteste la septième ; cette septième » chose est celui qui sème la discorde entre » ses frères. » Souvenez- vous donc , mon cher Théophile, de cet avis que vous donne le Saint- Esprit. « Avez -vous entendu une parole contre » le prochain ? ne la rapportez point, maisfair- » tes-la mourir en vous. » Piemarqnez cependant qu'il est permis de découvrir les défauts du prochain à ceux qui ont l'autorité pt*iijjj$&i remédier , surtout lorsque ces défauts sont contagieux et qu'ils peuvent nuire aux autres. Aîors on peut les déclarer pour garaïmr les autres du danger; c'est même un devoir de le •Taire. Par exemple , vous connoissez la mauvaise conduite d'un jeune homme; vous savez qu'il porte les autres au mal par ses discours et par ses exemples ; vous êtes obligé d'en donner avis à son supérieur : loin de blesser en cela la charité , vous en remplissez le devoir le plus naturel et îe plus pressant. C'est aimer son prochain , que de l'empêcher de se perdre luimême , etda perdre les autres : c'est l'aimer, que de préférer à sa réputation son salut éternel , et celui des personnes avec qui il vit. Quoique la médisance soit moins criminelle en elle-même que la calomnie , cependant elle est plus funeste dans ses suites; le tort qu'elle fait au prochain est presque irréparable. En effet, quand on a imputé à quelqu'un une faute qu'il n'a point commise , l'on peut et l'on doit se rétracter.^al^çs, désaveu , on guérit la plaie qu'on lui a faîte , et l'on rétablit sa réputation : mais quand le mal
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qu'on en a <îît est vrai , on ne peut pas se dédire ; ce seroit faire un mensonge , ce qui n'est jamais permis. Ainsi , quand même on viendroit à s'en repentir, il n'est presque pas possible de lui rendre ce qu'on lui a fait perdre. Il faut néanmoins réparer le mal autant qu'on le peut , en disant dé lui tout le bien que Ton connoît, pour effacer ou du moins affoiblir les mauvaises impressions que la médisance a causées.
Je comprends , ô mon Dieu ! combien il est injuste de révéler sans nécessité les fautes secrètes de mon prochain , et de flétrir sa réputation. Je prends la ferme résolution d'éviter ce péché , dont les suites sont si funestes et si difficiles à réparer. Eloignez de moi , Seigneur , cette malignité qui porte à s'entretenir des défauts d'autrui : guérissez-moi de cette légèreté d'esprit, qui fait qu'on ne veille point sur sa langue , et qui expose à des indiscrétions. Mettez un frein à ma bouche , afin qu'il ne m'échappe aucune parole qui puisse être préjudiciable aux autres : mais ce n'est point assez , ô mon Dieu ! de ne point en dire du mal ; vous me défendez encore d'écouter avec complaisance ceux qui en disent : je dois fermer les oreilles, pour ne point prendre part au péché qu'ils commettent en ma présence. Apprenez-moi , ô mon Dieu ! ce que je dois faire alors pour ne pas vous offenser; c'est sans doute , de détourner la conversation sur un autre sujet , ou du moins de garder un profond silence , en montrant , par l'air du visage , que tels discours me font de la peine ; et „ s'ifest possible, de me retirer d'une compagnie où l'on vous offense. Soyez alors ma lumière , afin que je sache ce que vous voulez de moi ;
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soyez rûa force, afin que j'aie le courage de l'exécuter,
Pratique. "... .
Ne parler mal de personne , hors le cas de nécessité.