‹ Doctrine chrétienne en forme de lectures de piétéChapitre 48 sur 94 · LV.« LECTURE · texte numérisé non relu

LV.« LECTURE

Des jugemens téméraires.

N otite judicare 9 et non judicahiminî ; nolite condemnare , et non condemnafaimini.

Ne jugez point, et vous ne serez point jugés; ne condamnez point , et vous ne serez point condamnés. Luc. 6.

Dieu nous défend non -seulement de parler mal de notre prochain, mais encore d'en penser désavantageusement, d'en avoir mauvaise opinion sur de légères raisons. « Ne jugez point » sur' de fausses apparences , nous dit Jésus- » Christ, mais jugez selon la justice. » Il n'est donc pas permis de juger son prochain sur de foihles indices, sur des apparences équivoques : croire sans preuve qu'il a fait une faute, c'est une injuste témérité, puisque par là , on s'expose à condamner un innocent. Il a droit à notre estime, tant qu'il n'est "pas convaincu; la lui retirer sans aucune raison suffisante , c'est lui faire tort. Le jugement téméraire est donc contraire à la justice : il ne l'est pas moins à la charité. Cette vertu , qui nous est si fort recommandée dans l'Evangile , nous porte à penser avantageusement de nos frères, à interpré-

§48 DOCTBINE CHRÉTIENNE.

ter favorablement leurs actions , à excuser ton 8 ce qui n'est pas manifestement mauvais. La charité , dit saint Paul , ne pense point le mal ; elle ne voit le crime que lorsqu'il est évident ; elle ne le croit que lorsqu'il est prouvé. En effet , quand on aime quelqu'un , on est bien plus disposé à le croire innocent que coupable ; nous devons aimer notre prochain comme nous-mêmes. Mettons nous donc à sa place ; voudrions-* nous que , sans des raisons suffisantes , on nous jugeât coupables d'une mauvaise action , oa sujets à quelque défaut ? Non , sans doute ; ne faisons donc pas aux autres ce que nous ne voulons pas qu'on nous fasse. Ce seroit un jugement plus téméraire encore , et beaucoup plus criminel, d'attribuer de mauvaises intentions à des actions bonnes et louables par elles-mêmes , et de supposer des motifs vicieux dans ceux dont la conduite extérieure est régulière et édifiante. Rien n'est cependant plus commun que cette malignité qui cherche h répandre son poison sur des actions vertueuses. Un jeune homme fait-il une profession ouverte de piété ? le voit-on fréquenter les sacremens ? ceux qui n'ont pas le courage de l'imiter ne le regardent que comme un hypocrite , qui joue le personnage de la vertu , pour se concilier l'estime et la faveur de ceux dont il dépend. Mais juger ainsi des intentions et des pensées qu'on ne voit point , n'est-ce pas usurper l'autorité de Dieu , à qui seul il appartient de pénétrer le fond des cœurs, et d'en connoître tous les mouvemens ? D'ailleurs , quel caractère que celui d'un homme qui soupçonne tant de noirceur et de corrnplion dans les autres ! 11 n'y a qu'un mauvais

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cœur qui puisse supposer une telle dissimulation. Oui , ce fonds de malignité , qui voit le vice à travers les apparences de la vertu , ne peut partir que d'une âme noire et corrompue. Les gens de bien jugent des autres par euxmêmes ; comme ils sont droits et sincères , ils se persuadent aisément que les autres le sont aussi; ils sont édifiés d'un extérieur qui convient à la vertu , et il ne leur vient pas dans l'esprit que ces dehors puissent cacher le vice. Occupés de leurs propres défauts , dont ils doivent rendre compte, ils ne font point attention à ceux des autres; et par cette conduite charitable envers le prochain , ils se préparent à eux-mêmes un jugement favorable au tribunal de Dieu ; car Jésus-Christ nous a promis de nous juger de la même manière que nous aurons jugé les autres. Cette pensée rassuroit autrefois un solitaire à l'heure de la mort; il n'avoit pas édifié sa communauté pendant sa vie; étant sur le point de paroître devant Dieu, il étoit fort tranquille. Son supérieur craignit que ce ne fût une fausse confiance , et le lui représenta : « Ma tranquillité , lui dit le mou- 7> rant , est appuyée sur la parole de Jésus- » Christ; je n'ai jamais jugé ni condamné per- » sonne , et Jésus-Christ nous assure que nous » ne serons point jugés ni condamnés, si nous » ne jugeons point les autres. »

Hélas ! Seigneur, comment oserois-je juger mon prochain, moi qui ai tant de défauts à me reprocher ? Vous ne me demanderez compte que de mes propres fautes; je ne dois songer qu'à m'en corriger, et à me rendre voire jugement favorable. Voudrois-je , en condamnant mes

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frères r m 'exposer à être condamné moi-même ? J'ai besoin de miséricorde, et vous me présentez un moyen de l'obtenir ; ce moyen , c'est de ne pas juger les autres. Mon salut est donc entre mes mains ; je veux employer ce moyen , ô mon Dieu ! indulgent pour mes frères , je ne serai sévère que pour moi-même; j'aurai les yeux ouverts sur mes défauts , et je les fermerai sur ceux de mon prochain ; j'excuserai leurs fautes : loin de leur prêter de mauvais motifs dans les bonnes actions que je leur verrai faire, je m'édifierai de leurs exemples , et je tâcherai de les imiter.

Pratique.

Prendre en bonne part ce que disent ou font les autres.

LVLC LECTURE.

Des mauvais Désirs.

Orani custodiâ serva cor tuum.„ Beati mundo corde, quo- %iam if si Deum videbunt.

Gardez avec soin votre cœur... Heureux ceux qui ont le tœur pur , parce qu'ils verront Dieu. Prov. 4» Matth. 5.

Dieu , après avoir défendu , par le sixième commandement , toutes les actions extérieures de l'impureté , en défend , par le neuvième , tous les désirs et toutes les pensées. Nôtre-Seigneur a renouvelé et expliqué ce commandement en ces termes : « Vous avez appris qu'il a « été dit aux anciens : vous ne commettrez point

Decàlogue. s5i

* d'adultère ; et moi je vous dis que quiconque » regarde une femme avec un mauvais désir » pour elle , a déjà commis l'adultère dans soa » cœur. » Ne croyez donc pas, mon cher Théophile , qu'il suffise pour accomplir la loi dé Dieu , de s'abstenir de l'action criminelle ; non, cela ne 'suffit pas; le désir seul est un crime. Dieu qui sonde le cœur et les reins , ne se contente pas d'une pureté extérieure : il veut que notre cœur soit pur; il ne permet pas de désirer ce qu'il défend de faire. La pensée même du mal nous rend coupables à ses yeux, quand elle est délibérée et consentie ; c'est-à-dire , quand on s'y arrête avec réflexion, et qu'on prend plaisir à s'en occuper. « Les mauvaises » pensées, dit l'Ecriture , séparent de Dieu. » Elles donnent donc la mort à notre âme , si l'on n'a pas soin d'en détourner son esprit , et de les rejeter aussitôt que l'on s'en aperçoit : ainsi, la loi de Dieu va jusqu'à la racine du mal ; elle l'étouffé dans son principe. On n'en vient pas tout d'un coup à des actions criminelles ; ce n'est que par degré qu'on s'y abandonne. Le mal commence par une pensée que Ton écoute, et à laquelle on s'arrête volontairement , de la pensée naît le désir; et du désir , on passe aux effets extérieurs. « C'est du cœur , dit Jésus- » Christ , que sortent les mauvaises pensées , » les fornications, les adultères, les homicides.» Notre-Seigneur met les mauvaises pensées à la tête de tous les crimes , parce qu'elles en sont le principe et la source. Le vrai moyen de prévenir le désir du mal, c'est donc d'en rejeter la pensée; et celui d'empêcher la mauvaise action , c'est d'en étouffer le désir. Mais, me

252 DocTfuisE Chrétienne.

direz-vous , mon cher Théophile , comment 5e garantir des mauvaises pensées ? Vous ne pouvez pas , à la vérités vous garantir de toutes les mauvaises pensées, mais vous pouvez n'y pas consentir; il ne dépend pas de vous de ne pas en avoir , mais il dépend de vous de ne pas y donner occasion , et de n'y pas prendre plaisir. Remarquez bien ; je vous ai dit que la pensée du mal est un crime , mais c'est lorsqu'elle est libre, et lorsqu'on s'y arrête volontairement : si vous n'y donnez pas occasion , ou par des lectures dangereuses , ou par des conversations trop libres, ou par des regards indiscrets; si vous la rejetez aussitôt que vous vous en apercevez , vous n'êtes pas coupable. 11 n'y a point de péché sans liberté ni consentement; c'est une tentation , mais la tentation n'est pas un péché. Il ne faut point espérer dans cette vie une paix qui soit exempte de combats : la vertu ne consiste pas à n'être point attaqué ; mais elle consiste a résister avec courage à tous les assauts que nous livrent nos passions. Retenez donc bien cet avis, mon cher Théophile; ne donnez jamais occasion à de mauvaises pensées : si, malgré votre vigilance, il s'en présente h votre esprit , détournez aussitôt votre attention,, élevez votre cœur à Dieu , appliquez-vous à quelque occupation honnête. C'est un grand remède contre ce vice, que de s'appliquer sérieusement à quelqwe travail utile , et de ne jamais rester oisif. Que le démon vous trouve toujours occupé, et ses traits seront impuissans. Cet avis est de saint Jérôme , qui l'a pratiqué lui même. Toilà tout ce que Dieu vous demande; soyez-y fidèle et ne craignez rien. Si le démon you»

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importune et cherche à vous effrayer , ne l'écoutezpas,etvous l'aurez vaincu : attachez-vous à Dieu , il ne permettra jamais que vous soyez tenté au delà de vos forces. Alors la tentation que vous aurez combattue , loin de vous nuire, deviendra la matière de votre triomphe , et votre fidélité méritera une récompense éternelle. Vous voyez , ô mon Dieu ! les combats que j'ai à soutenir; des pensées que votre loi condamne , se présentent malgré moi à mon esprit ; des sentimens que je déteste s'élèvent dans mon cœur : je rejeté toutes ces misères , et elles renaissent sans cesse. L'ennemi de mon salut ne se lasse point de me livrer des assauts. Ah ! plutôt mourir , ô mon Dieu ! que de donner occasion à ces mauvaises pensées ; plutôt mourir que de m*y arrêter avec complaisance : je suis bien résolu d'y résister toute ma vie ; mais, Seigneur, vous connoissez ma foiblesse et la force de mes ennemis; je crains de succomber h tant d'attaques réitérées. Mon Dieu ! je vous en conjure , ne vous éloignez pas de moi ; dites à mon âme que vous êtes sa force et son salut ; vous seul pouvez dissiper ces fantômes qui me mettent en danger de me perdre : levez-vous , Seigneur , et mes ennemis disparoîtront comme la fumée qui se dissipe; commandez , et le calme renaîtra dans mon aine. Vous l'avez promis; vous ne permettrez pas que je sois tenté au-dessus de mes forces : je suis sûr de vaincre , pourvu que je sois fidèle à votre grâce.

Pratique.

Dès qu'on s'aperçoit d'une mauvaise pensée * en détourner son esprit.

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