LXV.« LECTURE
Des péchés capitaux : de l'Orgueil.
Superhiam nunquàm in tuo sensu , aut in tuo verho domU Tiari permiltas ; in ipsâ enim inilium sumpsit ornnis perditio. i t
Mon fils , ne souffrez jamais que l'orgueil domine , ou dans vos pensées, ou dans vos paroles, car c'est par l'orgueil que tous les maux ont commencé. Toi?. 4«
(Jn réduit ordinaire ment tous les péchés que Fhomme peut commettre, à sept péchés principaux qui sont comme les sources d'où coulent tous les autres. Ce sont Forgueil , l'avarice , la luxure, l'envie, la gourmandise , la colère et la paresse. Il est à propos , mon cher Théophile , de vous tracer le tableau de chacun de ces vices , et des malheureux effets qu'ils produisent, afin que vous en conceviez de l'horreur et que vous les évitiez avec plus de, soin. Commençons par le premier, le plus grand et le plus dangereux de tous, qui est l'orgueil. Ne souffrez jamais que l'orgueil domine en vous ; c'étoit un des premiers avis que Tobie donnoit à son fils ; c'est par ce vice que tous les maux ont commencé. L'orgueil est une estime et un amour déréglé de soi-même, dont l'effet est de se préférer aux autres , et de ne rapporter tout qu'à soi , et rien à Dieu. L'orgueil offense Dieu , en ce que nous nous glorifions de ses dons, au lieu de lui en renvoyer la gloire. De là vient la vanité et le désir déréglé de l'estime et des louanges : l'orgueilleux veut
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être admiré et applaudi ; dans tout ce qu'il fait et dans tout ce qu'il dit , il ne se propose que de s'attirer des éloges : dès qu'il a obtenu l'approbation des hommes , il est content. La flatterie la plus grossière , il la reçoit avec avidité , il la recherche même avec empressement ; si on la lui refuse , il s'aigrit , il s'irrile. De là , l'hypocrisie : l'orgueilleux cache avec soin les défauts qu'il a , et il affecte des vertus qu'il n'a pas ; il a une attention continuelle à s'attirer les regards publics , et à paroîti e meilleur qu'il n'est en effet. De là le mépris du prochain : la haute opinion que l'orgueilleux a de luimême et de son propre mérite , fait qu'il méprise les autres : comme il se croit fort au-dessus d'eux, il tient à leur égard une conduite pleine de fierté, il leur parle avec hauteur, il prend avec eux un air dédaigneux. De là , enfin , la désobéissance : l'orgueilleux ne veut point s > soumettre aux ordres de ses supérieurs ; il reçoit mal les avis qu'on lui donne ; toute autorité le blesse et le révolte; il ne se croit pas fait pour obéir. Que ce vice est haïssable , mon cher Théophile; fuyez-le donc avec grand soin. Lorsque des senlimens d'orgueil s'élèvent dans votre cœur , demandez à Dieu qu'il éloigne de vous les yeux altiers ; rappelez-vous les paroles de l'apôtre : « Qu'avez-vous que vous n'ayez » reçu ? Si vous l'avez reçu , pourquoi vous en » glorifiez-vous , comme si vous ne l'aviez pas » reçu? » Souvenez -vous que l'orgueil est odieux à Dieu et aux hommes, et que Dieu se plaît à confondre les orgueilleux , au lieu qu'il accorde sa grâce aux humbles. L'humilité chrétienne est la vertu opposée à l'orgueil : elle est
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le fondement de toutes les vertus : l'homme humble connoît le fonds de misères qui est en lui , il se méprise lui-même , et il consent à être méprisé des autres. En effet , si nous réfléchissons sur ce que nous sommes véritablement, quels sujets ne trouverons nous pas de nous humilier ! Sans parler des infirmités du corps, de ce corps sorti de la poussière , et destiné à y retourner bientôt , considérons quel est l'état de notre âme ; qu'y verrons- nous ? Ignorance dans l'esprit , corruption dans le cœur : quel penchant pour le mal ! quelle inconstance dans le bien~! Nous n'avons de nousmêmes que le néant et le péch£ : s'il y a en nous quelque chose de bon et d'estimable , nous l'avons reçu de Dieu : les avantages de l'esprit et du corps , les dons de la nature et de la grâce , tout vient de Dieu. Un homme pénétré de cette vérité est bien éloigné de s'enorgueillir , de rechercher les louanges , ou d'ambitionner de vains honneurs. Il est ennemi de l'ostentation et dtj faste ; loin de mépriser les autres, il les croit meilleurs que lui: s'il trouve en lui quelques bonnes qualités , il en rapporte à Dieu toute la gloire ; mais il fait beaucoup plus d'attention à ses défauts, et il s'en humilie devant Dieu. Ces sentimens d'humilité , cette disposition de l'âme plaît beaucoup à Dieu, et attire sur elle les regards de sa miséricorde. Dieu répand avec abondance ses grâces sur une âme humble ; plus elle s'abaisse , plus il l'élève. Heureux ceux qui sont humbles de cœur , parce qu'ils seront comblés des bénédictions du Seigneur : malheur aux âmes hautaines et présomptueuses , parce que Dieu les couvrira de confusion»
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Je le reconnois , ô mon Dieu ! l'orgueil est ua de mes vices, et la plaie la plus profonde de mou âme. Je suis né dans le péché , le néant est mon origine; je ne suis que misère et indigence; ce corps, dont j'ai tant de soin , sera bientôt la proie des vers et de la pouriture ; cependant , ô folie ! je m'élève , je crois être quelque chose; je veux que Ton m'estime. Non , mon Dieu ! à vous s/^uî appartiennent l'honneur et la gloire; noire partage est la honte et la confusion. Tov/cce que j'ai , tout ce que je suis , je le tiens de votre libéralité , je ne lç suis que par votre miséricorde; c'est à vous que je dois l'hommage de tout , sans rien prétendre h la gloire qui vous en revient. Qu'elle soit à vous toute entière, ô mon Dieu! et malheur à moi , si je voulois en détourner sur moi la moindre partie. Les biens même que vous m'avez accordés , loin de m 'inspirer de l'orgueil , sont pour moi un sujet d'humiliation , par le mauvais usage que j'en fais. Combien d'autres en auroient mieux profité que moi! Ne m'abandonnez pas , Seigneur , à l'esprit d'orgueil; accordez-moi l'humilité , cette vertu si précieuse à vos yeux , cette vertu avec laquelle on est sûr de vous plaire , et h laquelle vous ne refusez rien.
Pratique.
Demander souvent à Dieu la vertu de l'humilité.