‹ Doctrine chrétienne en forme de lectures de piétéChapitre 6 sur 94 · VI.6 LECTURE · texte numérisé non relu

VI.6 LECTURE

Nécessité d'une Religion.

Timete Dominum , et date illl fionorem.

Craignez le Seigneur , et rendez-lui hommage. Afôc. i4.

}L fauthonorer Dieu, c'est-à-dire, leconnoître ^ l'aimer et le servir. La religion consiste à rendre à Dieu le culte souverain qui lui est dû. Ce culte est un humble hommage que l'on rend à Dieu comme à l'Etre suprême. Nous le lui devons à cause de ses perfections infinies , et à cause des bienfaits dont il nous comble. Dieu est le souverain Seigneur de toutes choses ; nous lui appartenons à beaucoup plus de titres qu'un esclave n'appartient à son maître; nous devons donc le servir , et faire sa volonté en tout. Dieu est infiniment grand , infiniment juste , infiniment puissant; nous devons le respecter et le craindre. Dieu infiniment bon; nous devons l'aimer et nous attacher àx lui* Vous le savez , mon cher Théophile , c'çst Dieu qui vous a fait ce que vous êtes ; tout ce que vous avez , c'est de lui que vous l'avez reçu ; il vous a créé , il vous conserve ; il ne cesse de répandre sur vous ses bienfaits depuis que

vous êtes au monde. Tous les avantages dont vous jouissez , soit du côté de l'esprit , soit du côté du corps , vous les tenez de sa main bienfaisante. Son amour pour vous n'est pas encore satisfait, il vous prépare des biens infiniment plus précieux que ceux qu'il vous a déjà accordés; il veut vous rendre éternellement heureux. Vous lui devez incomparablement plus qu'un enfant ne doit à son père. C'est donc pour vous un devoir indispensable de l'honorer , de Faimer et de le servir. Que penseriez-vous d'un fils dénaturé , qui n'auroit que de l'indifférence pour le plus tendre , pour le meilleur de tous les pères ? Ne le regarderiez-vous pas comme un monstre ? Quel nom devez-vous donc donner à un homme qui refuseroitde rendre à Dieu le culte qui lui est dû à tant de titres ? Vainement diroit-on que Dieu est trop grand et trop élevé au-dessus de nous , pour s'intéresser à l'honneur que nous lui rendons. Sans doute Dieu n'a pas besoin de nos hommages , mais il est juste ; il veut ce qui est conforme à la raison , à l'équité, à l'ordre ; et il est dans l'ordre que la créature honore son créateur, et qu'elle lui marque sa reconnoissance. Dieu exige donc que nous l'honorions, non parce que cela lui est avantageux, mais parce que c'est un devoir que nous avons à remplir. Est-il convenable que Dieu ait fait l'homme capable de connoître et d'aimer son auteur , sans exiger qu'il s'ac-, quitte de cette obligation essentielle ? Un père peut-il donc dispenser son fils de lui témoigner son respect et son amour? En voilà assez , mon cher Théophile , pour vous convaincre que noqs devohs à Dieu, et que Dieu exige de nous

Symbole. 29

un culte religieux. Mais quel est ce culte ? C'est ce qu'il faut maintenant vous expliquer. Premièrement nous devons à Dieu un culte intérieur, qui consiste à le connoître et à l'aimer. C 'est cette connoissance et cet amour de Dieu qui font l'essence de la religion : sans cet homm âge de l'esprit et du cœur , on ne sauroit honorer la divinité. « Dieu est esprit, ditNotre- » Seigneur; il faut l'adorer en esprit et en » vérité. » Secondement, nous devons à Dieu un culte extérieur et sensible , c'est-à-dire , qu'il faut manifester au dehors les sentimens de notre âme. C'est Dieu qui a créé notre corps aussi bien que notre * âme : le corps doit donc honorer Dieu à sa manière , et concourir avec l'esprit à lui rendre hommage. Si nous étions de purs esprits, notre religion seroit toute intérieure ; mais comme nous sommes des esprits unis h des corps , il manqueroit quelque chose au culte que nous rendons à Dieu , si le corps n'y avoit aucune part. Cela n'est pas même possible ; car , pour peu que Ton s'observe soimême , on s'aperçoit que l'âme n'est jamais affectée de quelque sentiment , qu'aussitôt ce sentiment ne se produise au dehors par certaines actions qui en sont comme les signes et les interprètes. Supposez un homme pénétré de respect et d'amour pour Dieu , plein d'admiration pour ses perfections , de reconnoissance pour ses bienfaits , de confiance en sa bonté ; vous vous représenterez nécessairement cet homme tantôt humblement prosterné devant Dieu , tantôt chantant ses louanges , tantôt levant les mains et les yeux au ciel; et vous sentez , mon cher Théophile , que si vous étiez

3o Doctrine Chrétienne.

dans ces heureuses dispositions, vous les manifesteriez au dehors par les mêmes actions.

De plus , il faut un culte publie , parce que les hommes étant destinés à vivre en société ils dosent se réunir pour bénir et adorer en commun celui qui les a tous créés. Sans un culte public, la religion ne peut subsister longtemps parmi les hommes ; ils ont besoin de s'é- «înier mutuellement, et de s'exciter les uns les autres à la pratique de leurs devoirs. Aussi dès la naissance du Monde, les hommes se sont rassemblés pour rendre ensemble leurs hommages et leurs vœux au Seigneur. Partout on trouve un culte rendu à la divinité au nom des peuples. La même lumière qui découvre à 1 homme 1 existence de Dieu , lui fait connoitre 1 obligation où il est de l'honorer. Ce culte étoit différent chez les différens peuples ; mais il avoit partout le même fondement , c'est-à-dire , la nécessité d'honorer la puissance suprême de qui ils dépendent. Tant il est vrai que l'homme entend sans cesse au dedans de lui-même une voix qui lui crie qu'il a au-dessus de lui un maître souverain, à qui il doit le tribut de ses hommages.

Je le comprends , ô mon Dieu ! vous n'avez fait l'homme que pour votre gloire; et son devoir le plus indispensable , est de vous rendre un culte religieux. Je ne suis au monde que pour vous connoîlre , vous aimer et vous servir. Tout ce que j'ai, c'est de vous que je l'ai reçu; il est bien-juste que je le consacre à votre service. Toutes les facultés de mon âme et de mon corps doivent être employées à votre gloire , mon esprit à vous connoîlre , mon cœur à vous

Symbole. 3ï

aimer, ma langue à vous bénir et à vous louer. Eh ! quelle autre créature vous rendroit, 6 mon Dieu , l'hommage qui vous est dû ! Sans l'homme toute la nature est muette; c'est à l'homme à vous rendre en son nom des actions de grâces; c'est à l'homme qu'il appartient de vous payer le tribut de reconnoissance et d'adoration que toutes les créatures vous doivent. Voilà sa destination : vous avez fait tout le reste pour l'usage de l'homme ; mais vous voulez qu'il rapporte tout à votre gloire et qu'il s'y rapporte lui-même. Je le sens , ô mon Dieu ! mon bonheur consiste à remplir ce devoir. Je ne puis cire heureux qu'en m'attachant à, vous , tout autre objet nesauroit satisfaire les désirs de mon cœur. Vous seul êtes la source des véritables biens : il n'y a point d'autre science nécessaire que celle de vous connoître , point de plaisir solide que celui de vous aimer , point d'autre gloire que celle de vous servir.

Pratique* Rapporter tout à Dieu.

Page 1