LXXIII.' LECTURE
Des Sacremens en général.
Haurietis aquas de fontihus Salvatoris.
Vous puiserez des eaux dans les sources du Sauveur, Isaïe, 12.
Jésus-Christ a institué les sacremens pour être comme des canaux par lesquels il nous communique la grâce de la justice qui conduit au salut. Il a établi certains signes extérieurs et sensibles , auxquels il lui a plu d'attacher le don inestimable de la justification. Ces signes, par la vertu divine qu'ils renferment , non-seulement signifient , mais produisent en nous la vie spirituelle , l'entretiennent et l'augmentent. On les appelle sacremens , ou signes sacrés. Ce sont des signes , puisqu'ils nous font connoître une grâce invisible qu'ils opèrent dans notre âme; et ils sont sensibles, parce qu'ils tombent sous nos sens. Il y a donc dans les sacremens deux choses ; l'une que l'on voit, et l'autre que l'on ne "voit pas, mais que l'on croit. Ce que l'on voit , c'est l'action extérieure du ministre ; par exemple , dans le Baptême on voit verser de l'eau sur la tête de l'enfant , et l'on entend les paroles que le prêtre prononce en même temps. Ce que l'on ne voit pas , c'est l'opération invisible , par laquelle Dieu lave intérieurement , et purifie l'âme de la tache du péché. Jésus- Christ , en attachant sa grâce à des choses sen-
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sibles , s'est accommodé à la nature de l'homme. Si nous étions de purs esprits , Dieu se seroit contenté de nous faire des dons purement spirituels ; mais parce que notre âme est unie à vin corps , il nous donne sa grâce qui est toute spirituelle , sous des signes sensibles et corporels. L'Eglise catholique , fondée sur l'Ecriture et sur la tradition , a toujours reconnu sept sacremens : le Baptême , la Confirmation, l'Eucharistie , la Pénitence , l'Extrême-Onclion , l'Ordre et le Mariage. Remarquez , mon cher Théophile , que ce petit nombre de sacremens suffit pour tous les besoins de notre âme : ces besoins , dans l'ordre de la grâce, se réduisent à sept , comme dans l'ordre de la nature. Dans l'ordre naturel, il faut naître, croître , se nourrir; lorsqu'on est malade , il faut des remèdes; après sa guérison même , il faut des secours particuliers pour détruire ce qui reste d'infirmité , et pour rétablir parfaitement la santé. De plus „ la société a besoin de princes et de magistrats pour la gouverner. Enfin , comme les hommes meurent , il faut un moyen pour la perpétuer. Ce sont précisément les mêmes besoins dans l'ordre de la grâce ; et Notre-Seigneur y a pourvu parles sacremens qu'il a institués. Le baptême nous donne une nouvelle naissance et une nouvelle vie; la Confirmation nous fait croître et nous fortifie dans cette vie spirituelle ; l'Eucharistie nous nourrit spirituellement ; la Pénitence guérit les maladies de notre âme; PExtrême-Gnetion nous délivre des restes de foir blesses que le péché a causés ; l'Ordre fournit à l'Eglise des ministres qui la gouvernent ; le sacrement de Mariage lui donne des enfans
3i8 Doctrine Chrétienne.
qui la renouvellent , et perpétuent sa durée jusqu'à la fin des siècles. Tous ces sacremens ont été institués pour notre sanctification; tous produisent cet effet ; mais il y a entre eux des différences qu'il est nécessaire de remarquer. Premièrement le Baptême et la Pénitence , nous trouvant morts par le péché , nous donnent ta vie de la grâce , au lieu qweîes autres augmentent seulement en nous cette vie spirituelle que nous avions déjà en les recevant. Secondement, il y en a trois, savoir , le Baptême, la Confirmation et l'ordre, dans lesquels l'âme n'est pa$ Seulement sanctifiée parla grâce, mais elle est encore marquée d'un caractère spirituel , qut nous consacre à Dieu d'une manière particulière. Celui qui reçoit ces sacremens avec de Bnauvarses dispositions , ne reçoit pas fa grâce sanctifiante; mais il reçoit le caractère : de plus, la grâce, quand on Ta reçue , peut se perdre par le péché; mais le sceau divin que ces sacremens ont imprimé , ne sauroit s'effacer; c'est pour cette raison que ces trois sacremens ne peuvent se réitérer , c'est-à-dire , qu'ils ne peuvent être reçus qu'une seule lois par la même personne. Remarquez encore , mon cher Théophile , qu'outre Faction et les paroles qui sont essentielles à chaque sacrement, FEglise, toujours conduite parle Saint-Esprit, a ajouté plusieurs cérémonies pour l'instruction et Féducatioa des fidèles. Quoique ces cérémonies ne soient pas absolument nécessaires pour l'effet des sacremens , elles n'en sont pas moins respectables par leur antiquité r la plupart paroissent avoir été établies par les apôtres mêmes : elles servent à nous faire mieux connoître l'excellence et la
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sainteté des sacremens; elles nous apprennent, d'une manière sensible , avec quelles dispositions nous devons les recevoir , quels effets ils produisent , et quelles obligations ils nous imposent.
Je vous remercie , ô mon Dieu ! de ce que vous avez mis dans votre Eglise des sources inépuisables de grâces et de bénédictions : en me fournissant tant de moyens de salut, vous me faites connoître que vous voulez me sauver, Serai-je assez ennemi de moi-même pour les négliger, et pour me perdre au milieu de tant de secours si puissans ? Non , mon Dieu , je veux en profiter, je ne serai point insensible à vos bontés. Vous voulez me sauver ! mon désir le plus empressé sera de répondre aux vues de votre miséricorde sur moi; j'irai puiser, dans ces sources sacrées , l'eau vivifiante qui purifie l'âme de toutes souillures ; j'irai y chercher des lumières dans mes ténèbres , de la force dans mes foiblesses , des consolations dans mes peines. Mais pour y trouver des avantages si précieux, il faut que j'y apporte de saintes dispositions ; vos dons ne tombent que sur les cœurs bien préparés : faites, Seigneur, que je ne m'approche jamais des choses saintes qu'avec les sentimens de respect , de religion et de piété que vous exigez de tous ceux qui les reçoivent.
Pratique.
Bénir la bonté de Dieu qui nous a fourni tant de moyens de salut, et prendre la résolution d'en profiter.