LXXXVII.6 LECTURE
Du Sacrement de l'Eucharistie.
Panis quem daho caro mca est caro rnca verè est
cihus , sanguîs meus verè est potùs.
Le pain que je donnerai est ma chair.... ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage. Joan, 6.
Xj'Eucharistie est un sacrement qui contient réellement et en vérité le corps , le sang, l'âme et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ , sous les espèces du pain et du vin; c'est le plus grand , le plus auguste et le plus divin de tous les sacremens. En eftet , les autres sacremens nous donnent la grâce , mais l'Eucharistie nous donne l'Auteur de la grâce Dieu lui-même. Par elle , Jésus-Christ demeure en nous , et nous demeurons en lui. Notre-Seigneur en avoit fait la promesse long- temps avant qu'il l'instituât; nous la lisons au chapitre VI de l'Evangile de saint Jean ; après avoir dit aux Juifs: «Je suis le pain » vivant qui est descendu du ciel. j> Noire Seigneur ajouta : « Le pain que je donnerai , c'est » ma chair que je livrerai pour la vie du » monde. » Et comme les Juifs en murmuraient, il insista de nouveau , et plus fortement encore en disant : « En vérité , en vérité \ je vous le » dis, si vous ne mangez la chair du Fils de » l'homme , et si vous ne buvez son sang, vous » n'aurez point la vie en vous ; celui qui mange » ma chair et boit mon sang , demeure en moi,
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» et je demeure en lui. » 11 a exécuté cette promesse la veille de sa passion , dans la cène où il mangea l'agneau pascal avec ses disciples» « Il prit le pain , et après avoir rendu grâces à » son Père , il le rompit, et le donna h ses dis- » ciples , en disant : Prenez et mangez , ceci est » mon corps, qui sera livré pour vous; faites ceci » en mémoire de moi. » Puis prenant le calice , il dit : « Buvez-en tous , c'est mon sang, le sang » de la nouvelle alliance qui sera répandu pour » vous et pour plusieurs, pour la rémission des » péchés : faites ceci en mémoire de moi, toutes » les fois que vous le boirez. » Les espèces du pain et du vin , que nous voyons et que nous goûtons, sont le signe sensible qui nous fait con-* noître l'effet invisible de l'Eucharistie; elfes signifient que le corps et le sang de Jésus-Christ sont la nourriture spirituelle de nos âmes , comme le pain et le vin sont la nourriture de nos corps ; mais quoique ces apparences, comme la couleur, la figure et le goût , restent le£ mêmes après la consécration , il n'y a plus de pain ni de vin ; et toute la substance du pain est changée en celle du corps de Jésus-Christ, et toute la substance du vin est changée en celle de son sang; dé sorte que c'est alors le même corps qui a été attaché à la croix, et qui est maintenant dans le ciel. Comme c'est un corps vivant et animé , il s'ensuit que Jésus-Christ est tout entier sous chacune des deux espèces , et tout entier sous chaque partie des mêmes espèces : sous l'espèce du pain, le corps de Jésus-Christ est uni à son sang, à son âme et à sa divinité; et sous l'espèce du vin , son sang est uni à son corps, à son âme et à sa divinité; car, maintenant que Jésus-Christ
est glorieux et immortel , il ne peut plus être divisé. On reçoit donc autant en communiant sous une seule espèce que si l'on communioit sous les deux espèces. Ce changement admirable se fait par la vertu toute-puissante des paroles de Jésus- Christ , que le prêtre prononce en son nom. C'est Dieu lui-même qui opère toutes ce» merveilles par l'organe de ses ministres; c'est celui qui a changé autrefois l'eau en vin aux noces de Cana ; c'est celui qui de rien a fait le ciel et la terre. Il lui est aussi facile de changer une substance en une autre substance , que de tirer du néant toutes choses par sa seule parole. Nous ne comprenons pas , à la vérité , comment toutes ces merveilles s'opèrent; mais nous savons que rien n'est impossible à Dieu ; et nous croyons , sur la parole de Jésus-Christ , qu'il nous a aimés jusqu'à opérer en notre faveur des choses que nous ne pouvons comprendre. Dieu peut faire ce prodige, puisqu'il est tout- puissant; il le fait réellement , puisqu'il nous assure que c'est son corps. Nous écoutons sa parole avec respect et avec docilité ; nous ne raisonnons point sur une chose qui surpasse notre raison ; nous ne cherchons point l'ordre de la nature dans ce qui est au-dessus de la nature. Croyez donc, mon cher Théophile , croyez , sur la parole de votre Dieu, qu'il est réellement présent dans l'Eucharistie : croyez, malgré le témoignage de vos sens , qu'il n'y a plus de pain ni de vin : quand Dieu parle , vous ne devez plus écouter les sens ; rien n'est difficile à une puissance infinie» Notre-Seigneur, pour nous unir intimement à lui , a voulu devenir notre nourriture ; il nous a ordonné de boire ce même sang qu'il a versé
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pour nous , et de manger la victime immolée pour nous sur la croix. Il a prodigué les miracles pour nous procurer ce bonheur.
Que vos œuvres sont grandes , ô mon Dieu ! Est-il croyable que vous daigniez habiter parmi les hommes , et devenir leur nourriture spirituelle? vous avez donné autrefois à votre peuple un aliment céleste ; vc us l'avez nourri , dans le désert, du pain des Anges. Vous faites maintenant beaucoup plus pour nous ; ce n'est pas la manne qui descend du ciel , c'est votre corps, c'est votre sang, c'est votre divinité même. O Prodige d'amour que vous seul pouvez opérer, et que l'homme ne pourra jamais comprendre ! Mais vous l'avez dit , vous qui êtes la vérité même ; c'en est assez , je le crois sur l'autorité de votre parole; je perce les nuages qui vous couvrent , je reconnois mon Dieu. Je vois dans ce mystère l'effet d'une charité immense, de la charité d'un Dieu. Qu'il m'est doux de savoir que vous avez choisi un moyen si merveilleux pour vous unir à moi , et de m'unir moi-même intimement à vous ! Que ce moyen convient bien à l'excès de votre amour ! Qu'il répond bien à celui qui vous a fait revêtir de notre nature , et mourir pour nous ! Plus, tendre qu'une mère , vous nous nourrissez de votre chair et de votre sang. Que je réponde à un amour si touchant, par mon empressement à vous recevoir. Que je coure à la table sainte avec cette avidité qu'un enfant saisit les mamelles de celle qui l'allaite. Que mon unique douleur soit d'êlre privé de cette nourriture divine.
%jS Doctrine Chrétienne.
Pratique.
Adorer Jésus-Christ présent, quand on enlrc dans l'église.