‹ Doctrine chrétienne en forme de lectures de piétéChapitre 73 sur 94 · LXXXVI.6 LECTURE · texte numérisé non relu

LXXXVI.6 LECTURE

Des Indulgences*

Quœcumque ligaveritis super terrain, erunt ligota et in tœio; et quœcumque solverilis super terrain s erunt soluta et in cœto,.

Tout ce que vous lierez sur la terre sera aussi lié dans le cier, et tout ce que vous délierez sur la terre sera aussi déli* dans le cifcl. Matth. i8.

JL'indxjlgence est une rémission des peines temporelles dues au péché, même après qu'il a été pardonné. L'indulgence ne remet point le péché ni la peine éternelle qu'il mérite, mais seulement la peine temporelle qui reste ordinairement à souffrir, quoique la tache en ait été effacée par le sacrement de Pénitence ; elle modère la rigueur de cette peine temporelle , ou elle en abrège la durée. Autrefois on imposoit > pour certains péchés , des pénitences publiques qui duroient plusieurs années : il faîtoit prier beaucoup , passer les jours dans le deuil , et les nuits dans les veilles et les pleurs, coucher sur. la terre , dans le sac et la cendre,, se couvrir d'un cilice , jeûner, faire beaucoup d'aumônes et d'autres jbonnes œuvres. Cette ancienne discipline ne subsiste plus : cependant la justice de Dieu est toujours la même; le péché ne mérite pas moins de peines aujourd'hui que dans les premiers siècles. C'est pour suppléer h l'insuffisance de nos satisfactions, que l'Eglise , toujours animée et conduite par l'esprit de Dieu,

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accorde des indulgences , c'est-h-dïre qu'elle remet à ses enfans une partie des œuvres de pénitence qui auroient dû leur être imposées selon les anciennes règles. Jésus-Christ a donné ce pouvoir à l'Eglise dans la personne des apôtres , lorsqu'il leur dit : « Tout ce que vous » lierez sur la terre sera lié dans le ciel , et tout ce » que vous délierez sur la terre sera délié dans » le ciel. » Elle a donc le pouvoir d'imposer des peines pour l'expiation de nos péchés, et celui de remettre ces peines, lorsque la vue de la gloire de Dieu et le bien spirituel de ses enfans l'engagent à user d'indulgence à leur égard. La preuve que fournissent les paroles de Jésus- Christ, est confirmée par une pratique ancienne, constante et universelle ; cette pratique se trouve dans les monumens les plus authentiques de l'Histoire , et même dans les livres saints. L'apôtre saint Paul usa d'indulgence envers un fidèle de Corinthe qui avoit commis un grand crime ; il ordonna , par l'autorité qu'il avoit reçue de Jésus- Christ , que ce pécheur fut séparé , pour un temps, de l'assemblée des fidèles, et livré à Satan, pour être puni dans son corps, afin que son âme fût sauvée au jour de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le coupable se soumit h cette humiliation avec de si vifs sentimens de pénitence, qu'il étoit à craindre qu'il ne fût accablé par un excès de tristesse : c'est pourquoi l'apôtre, dans la lettre qu'il écrivit l'année suivante , lui remit le reste de sa pénitence, et il exhorta les Corinthiens à le consoler et à le traiter avec charité : il ajoute qu'ii agit en vertu du pouvoir qu'il a reçu de Jésus-Christ : « Ce que j'accorde à » cet homme , dit il , je l'accorde en votre coati

» sidéralkm , et en la personne de Jésus-Christ, » que je représente. » L'Eglise , dans les premiers siècles , avoit égard à la recommandation des martyrs , et , à leur prière , elle traitoit avec indulgence les pécheurs arixquels ils s'intéressoient. Elle abrégeoit aussi le temps de la pénitence en faveur de ceux qui l'avoient commencée avec courage , lorsqu'on étoit menacé d'une persécution, afin de les fortifier, et de les mettre en état de résister à la violence des persécuteurs. C'est avec les mérites surabondans de Jésus- Christ, de la Sainte-Vierge et des Saints, qu'elle acquitte ses enfans de ce qu'ils doivent à la justice divine. Voilà la source où elle puise les grâces qu'elle leur accorde. La dispensationde ce trésor immense lui appartient, et elle le distribue avec la mesure que lui dicte sa sagesse. Quelquefois elle n'accorde qu'un certain nombre de jours ou d'années d'indulgence , c'est-à-dire qu'elle diminue d'autant Ja pénitence que prescrivoient les saintes règles de l'ancienne discipline. Quelquefois elle accorde une indulgence plénière , c'est-à-dire qu'elle remet au pécheur pénitent tout ce qui lui reste à faire pour accomplir la pénitence canonique. Remarquez cependant , mon cher Théophile , que l'intention de l'Eglise n'est pas de nous décharger de la pénitence, mais de nous aider à la faire; elle n'accorde des indulgences qu'aux pécheurs qui font ce qu'ils peuvent pour apaiser la justice de Dieu; elle veut suppléer à leur impuissance, et non pas favoriser le relâchement et la paresse. D'ailleurs, les œuvres de pénitence ne servent pas seulement à expier les péchés passés, elles sont encore nécessaires pour préserver de la rechute., pour

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dompter les passions , pour assujettir la chair à l'esprit , et , à cet égard , on ne peut en être dispensé.

Je ne puis assez bénir votre miséricorde , ô mon Dieu ! j'avois mérité l'enfer , et vous m'en avez délivré ; vous avez effacé mes péchés dans le sacrement de Pénitence : j'étoîs encore redevable à votre justice ; elle exigeoit de moi une satisfaction proportionnée à mes fautes : hélas ! qu'ai-je fait pour les réparer ? Les œuvres que j'avois à vous offrir étoient trop légères et trop foibles pour expier mes péchés; vous venez encore à mon secours et vous daignez remplacer , par des indulgences , ce qui manque à ma pénitence. C'est du trésor inépuisable de vos mérites, ô mon Sauveur ! que l'Eglise tire le prix qui doit m'acquitter avec vous. Quelle reconnoissance ne vous dois-je pas pour tant de grâces ! Ce seroit en abuser , que de prétendre-être exempt des travaux de la pénitence , parce que vous daignez abolir mes dettes. Voudrois-je donc ne rien faire pour vous , parce que vous faites tout pour moi ? Serois-je assez lâche pour vouloir me sauver sans qu'il m'en coûte , tandis que mon salut vous a coûté si cher? Non , il n'est pas juste que l'innocent souffre seul , et que le coupable soit épargné; je consens à souffrir avec vous; tout ce que je vous demande , c'est que vous daigniez m'appliquer le mérite de vos souffrances , pour suppléer à l'imperfection des miennes»

Pratique.

Ne pas négliger les occasions de gagner les indulgences.

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