XCII.< LECTURE
Du Sacrifice de la Messe.
Ah orlu solis vsque ad occasum, magnum est nomcn meum in gentibus, et in omni loco sacrificatur et offertuv tiomini meo obiatio munda.
Depuis l'orient jusqu'au couchant, mon nom est .grand parmi les nations : Ton me sacrifie en tous lieux, et l'on offre à mon nom une oblation pure. Malach. 1.
L'eucharistie n'est pas seulement un sacrement où Jésus-Christ se donne à nous pour êlre notre nourriture spirituelle; elle est encore un sacrifice où il s'offre à son Pore comme victime pour nous. Nôtre-Seigneur ne s'est pas contenté de s'offrir une fois surja croix pour nous racheter ; mais voulant laisser à son Eglise un sacrifice qui représentât celui de la croix , qui en perpétuât la mémoire jusqu'à la fin du monde , et qui nous en appliquât le mérite , dans la dernière cène , la nuit même qu'il fût livré , il offrit à Dieu son Père son corps et son sang sous les espèces du pain et du vin ; il les donna à ses apôtres , qu'il établissoit alors prêtres du Nouveau Testament; et par ces paroles , faites ceci en mémoire de moi , il leur commanda , à eux et à leurs successeurs dans le sacerdoce , de les offrir comme l'Eglise catholique l'a toujours entendu et enseigné. Ce sacrifice est le même que celui de la croix; il en est la continuation et le renouvellement. Jésus- Christ est présent sur l'autel dans un état de
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Ticlime , dans une apparence de morf. Quoiqu'il soit vivant et glorieux, il paroît comme immolé , en ce que , par les paroles de la consécration , son corps^paroît séparé de son sang : cette séparation des espèces est une vive représentation de la mort violente qu'il a soufferte. Ainsi , c'est la même hostie et le même sacrificateur, tant sur la croix que sur l'autel ; ce qu'il y a de différence n'est que dans la manière : sur la croix il s'est offert par lui-même , au lieu que sur l'autel il s'offre par le ministère des prêtres ; sur la croix il s'est offert d'une manière sanglante s au lieu que sur l'autel il s'offre d'une manière non sanglante. Tel est le sacrifice de la religion chrétienne , sacrifice digne de la nouvelle alliance , sacrifice auguste , qui réunit seul tous les avantages que les différens sacrifices ne montroient qu'en figure dans l'ancienne loi : il est tout ensemble un sacrifice d'adoration , par lequel nous reconnoissons l'empire souverain que Dieu a sur toutes les créatures ; un sacrifice d'actions de grâces , par lequel nous le remercions de ses bienfaits; un sacrifice d'impétration , par lequel nous en obtenons de nouveaux ; et un sacrifice de propitiation , par lequel nous apaisons sa justice. On ne peut douter que l'oblation que Jésus-Christ fait de lui-même à son Père , ne renferme l'hommage le plus parfait qui puisse être rendu à sa Majesté infinie , et qu'elle ne le porte à nous regarder d'un œil propice, en lui remettant devant les yeux la mort cruelle à laquelle son Fils bien-aimé s'est soumis volontairement pour réconcilier les pécheurs. Instruit comme vous l'êtes , mon sher
3g6 DoCTBrNJî Cl-IttATlEtiNfi.
Théophile , du mystère de rEucharisiiV ; peiv suadéqu© Jésus-Christ est réellement présent sur FauteJ*, et qu'il y renouvelle et perpétue 1* mémoirfe de «sa mort , avec quelle piété et quelle reconnaissance devez-vous assister à ce sacrifice auguste! Si vous aviez été présent sur le Calvaire quand votre Sauveur s'est immolé pour vous, quels auroient été vos sentimens ? N'auriez-vous pas été pénétré de douleur, de com^ ponction et d'amour à un spectacle si touchant? Puisque le sacrifice de la messe est le même que celui de la croix, vous devez y être animé des mêmes sentimens, Jl faut avoir soin de vous unir au prêtre qui l'offre , et de conformer vos intentions aux siennes. Il l'offre pour rendre à Dieu le 'culte souverain qui lui est dû, pour obtenir la rémission de nos péchés , pour attirer les grâces qui nous sont nécessaires, pour remercier Dieu de toutes celles que nous avons reçues.
Remarquez, mon cher Théophile , que c'est à Dieu seul qu'on offre le sacrifice , parce que c'est un hommage de notre dépendance et de notre servitude. On y feit seulement mémoire des Saints , pour louer et remercier Dieu des victoires qu'il leur a fait remporter par sa grâce , et de la gloire dont il les a couronnés , et pour leur demander qu'ils unissent leurs prières avec les nôtres. On offre ce sacrifice, non-seulement pour tous les hommes vivans , mais encore pour ceux qui sont morts en état de grâce , et à qui il reste quelques péchés à expier dans le purgatoire. L'Eglise demande pour eux, par le mérite du sacrifice, que leurs âmes soient soulagées dans les peines qu'elles souffrent ; et
Sàcremëâs. • %y
qu'elles en soient délivrées pour entrer '«dans la vie éternelle. Cet usage d'offrir le sacrifice pour les morts est de la première antiquité ,* et vient de la tradition des apôtres. . :
Il n'a pas suffi à votre amour pour nous , ô mon Dieu ! d'avoir sacrifié votre vie sur la croix; vous avez voulu que ce sacrifice lut continué et renouvelé tous les jours sur l'autel , pour nous* en appliquer le mérite. Mon cœur pourra-t-il suffire à tons les sentimens qu'exige de lui un don si ineffable, un sacrifice si saint, si excellent et si efficace ? Je veux , ô mon Sauveur î répondre à votre amour , et me mettre en état de participer aux grâces que vous y répandez sur les âmes fidèles. J'assisterai tous les jours à la messe avec le plus de dévotion qu'il me sera possible r en entrant dans l'Eglise , je regarderai l'autel comme un second Calvaire ; je m'y tiendrai toujours dans une posture respectueuse, évitant avec soin tout ce qui pourroit me distraire de l'attention que je dois à ces redoutables mystères; j'unirai mes intentions à celles du prêtre qui offre le sacrifice ; ce sera pour rendre hommage à votre Majesté , pour vous remercier des faveurs que vous m'avez déjà accordées-, pour satisfaire à votre justice , et pour obtenir les grâces dont j'ai besoin. A l'élévation, je produirai des actes de foi , d'adoration : pendant la communion du prêtre , j'exciterai dans mon cœur un désir ardent de m'unir à vous , et je formerai la résolution de me mettre en état de vous recevoir au plutôt.
Pratique.
Assister à la messe avec piété.
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XCIIL* LECTURE.
De l' Extrême-Onction.
Infirmatur guis in vohis ? inducat freshyteros Ecclesiœ, et orent super eum, ungentes eum oleo in nomine Domini : et oralic fidei satvahit infirmum , et ailcviahit eum Dominus 9 et si in peccalis sit 9 remittcniur ci.
Quelqu'un parmi vous est-il malade ? qu'il appelle les prêtres de l'Eglise , et qu'ils prient sur lui , l'oignant d'huile au nom du Seigneur; et la prière de la foi sauvera le malade : le Seigneur le soulagera ; et s'il a commis des péchés ils lui seront remis. Jac. 5.
JDieu , qui est infiniment bon , ne nous a pas seulement préparé des secours salutaires pour le cours de notre vie et dans l'état de la sanlé, il a encore établi un sacrement pour nous soulager dans le temps de la maladie , et surtout aux approches de la mort , où les tentations sont plus violenles et plus dangereuses: ce sacrement s'appelle l'Extrême- Onction 9 parce que c'est la dernière des onctions que reçoit un chrétien. La première onction se fait dans le Baptême , la seconde dans la Confirmation , et la dernière dans une maladie dangereuse. Jésus-Christ a institué l'Extrême- Onction pour le soulagement spirituel et corporel des malades. L'apôtre saint Jacques nous l'explique en ces termes : « Quelqu'un est-il » malade parmi vous ? qu'il appelle les prêtres » de l'Eglise , et qu'ils prient sur lui , l'oignant » d'huile au nom du Seigneur; et la prière » de la foi sauvera le malade : le Seigneur
Sàcremjens. 099
» le soulagera ; et s'il est coupable de péchés i » ils lui seront remis. » Selon ces paroles de l'apôtre , deux choses sont essentielles à ce sacrement , l'onction , et la prière qui l'accompagne : l'onction se fait avec de l'huile d'olive que l'évêque bénit le jeudi-saint. L'huile sainte s'applique à chacun des principaux membres , pour le purifier des péchés dont il a été l'organe et l'instrument. Voici la prière que le prêtre prononce en même temps : « Que le Sei- » gneur , par cette onction de l'huile sacrée , » et par sa très-grande miséricorde , vous par- » donne tous les péchés que vous avez commis » par la vue , par l'odorat et par les autres » sens. » Prière puissante et efficace , puisque Notre-Seigneur a promis , par la bouche de son apôtre , qu'il l'exauceroit toujours. Il y a trois principaux effets de ce sacrement : le premier, c'est de donner de la force aux malades contre les tentations du démon , et contre les horreurs de la mort ; il affermit leur foi et leur confiance en Dieu , et par là il les fortifie contre les attaques du démon , il excite dans leur cœur le désir et l'espérance de posséder Dieu , et parlà il les fortifie contre la crainte de la mort : plus ce désir est ardent et cette espérance ferme, moins on craint de mourir. Le second effet de l'Extrême- Onction est de nettoyer les restes du péché , et les péchés même, s'il y en a encore quelques-uns à expier ; c'est pour cela que les Pères de l'Eglise l'appellent la perfection et le complément de la pénitence. On en tend par les restes du péché, une ioiblesse et une langueur de rame, -qui reste après que le péché a été pardonné , qui fait que l'en con-
4od Doctrine Chrétïennè.
serve encore du penchant pour les choses de la terre , et qu'on a peu de goût pour les choses spirituelles : le sacrement ôte cette foiblesse , en nous détachant du monde et nous faisant désirer le ciel. Il remet encore les pèches véniels , et même les péchés mortels dont on ne se souvient pas , ou que l'on est hors d'état de confesser , pourvu néanmoins qu'on ait une véritable contrition; mais il faut, s'il est possible , avoir recours au sacrement de Pénitence auparavant ; car l'Extrêrne-Onction est un sacrement des vivans , que Ton doit recevoir en état de grâce. Le troisième effet de l'Extrême-Onction est de rendre la santé aux malades , si elle est nécessaire pour leur salut ; il ne faut donc pas attendre , pour la recevoir , que l'on soit à l'extrémité ; il n'est pas temps de demander la santé, quand on est près de rendre le dernier soupir; ce seroit alors tenter Dieu , puisqu'on ne pourroit plus la recouvrer sans un miracle évident. 11 suffit d'être dangereusement malade pour recevoir l'Extrême-Onction ; et quand on la reçoit avec un jugement sain et libre, on s'y dispose mieux , et l'on en tire plus de fruits. D'ailleurs , en différant jusqu'au dernier moment , on court risque de mourir sans l'avoir reçue; il arrive souvent que ceux qui retardent ainsi , sont prévenus par la mort. Quoique ce sacrement ne soit pas d'une nécessité absolue , on est cependant obligé de le recevoir quand on le peut; c'est le moyen ordinaire pour obtenir une bonne mort : ceux qui le négligent désobéissent au précepte de Jésus-Christ; ils se privent volontairement des grâces attachées à ce sacre-
Sacrémens. 4°î
ment, et se mettent en danger de mourir mal ; ee qui est le plus grand de tous les malheurs.
Je vous remercie , ô mon Dieu ! de ce que tous nous avez préparé dans le sacrement de l'Extrême - Onction des remèdes salutaires et des grâces infiniment précieuses pour ces momens critiques, d'où dépend notre bonheur ou notre malheur éternel. L'ennemi de notre salut redouble alors ses efforts pour nous perdre ; mais vous redoublez vous-même les secours , à proportion des dangers auxquels nous sommes exposés. Vous nous fortifiez contre les rudes attaques qu'il a coutume de nous livrer aux approches de la mort. Que vous êtes bon , ô mon Dieu î de prendre ainsi soin de nous , et de nous fournir des armes puissantes dans la circonstance périlleuse (Te notre vie ! vous faites éclater sur nous votre miséricorde , dans le temps même où nous paroissons être livrés à votre justice.
Ne permettez pas \ Seigneur , que je sois privé de ce sacrement à l'heure de la mort : je ne veux négliger aucun des secours que votre bonté paternelle nous a ménagés; je tâcherai de mériter cette faveur par une vie chrétienne. Je vous conjure , dès à présent , de m'accorder alors l'esprit de pénitence et de componction , qui doit accompagner la réception de ce sacrement. Faites , ô mon Dieu ! que je ne paroisse devant vous qu'après m'y être préparé autant qu'il m'est possible ; afin que, mourant entre vos bras , je vive éternellement avec vous. Pratique.
Prendre la résolution de demander de bonm heure les sacremens dans les maladies.