‹ Doctrine chretienne en forme de lectures de pietéChapitre 10 sur 87 · XV LECTURE · texte numérisé non relu

XV LECTURE

Chute de l'homme , péché originel.

Per unum hominem peccalum intravit in mundum... in quo omnes pecraverunt.

Le péc bé i -i entré dans le monde par un seul homme. .. en qui tous ont péché. liom. 5.

.L'homme , an sortir des mains de son Créateur , étoit juste, saint , heureux et orné de dons excellens r son esprit éloit éclairé d'une lumière divine , qui lui niontroit tout ce qu'il devoit connoitre. Il n'avoit besoin , pour s'instruire , ni de livies, ni de maîtres, Sa volonté étoit droite et sans aucun penchant vers le mal. Rien ne troubloit la tranquillité de son a me ; il Dtesouffroil dans son corps ni douleur , ni incommodité , et il ne devoit point mourir. Que cet état étoit heureux , mon cher Théophile ! II auroit été le nôtre , si Adam eût persévéré dans la justice ; notre bonheur étoit attaché à sa fidélité. Pourquoi en sommes-nous déchus ? L'homme , créé libre et capable d'obéissance , la devoit à son créateur. Pour lui faire sentir qu'il avoit un maître , et pour éprouver sa soumission , Dieu lui fit un commandement trèsfacile à observer; il lui défendit de toucher à un fruit particulier, en lui accordant l'usage de tous les autres. Ce commandement fut accompagné de la plus terrible menace , qui est la peine de mort. Malgré les bienfaits de Dieu et

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ses menaces , la femme se laissa séduire par l'esprit tentateur; et , après avoir mangé du fruit défendu . elle en présenta à Adam , el l'entraîna dans sa désobéissance. Tel fut le péché de nos premiers parens; péché ineffable par sa grandeur, pé< hé qui a été la source de to\is les autres. À ce moment tout fut changé pour eux, ils perdirent tous les avantages que Dieu leur a volt accordés en les créant. D'épaisses ténèbres se répandirent dans leur esprit; leur volonté se dérégla; les passions obscurcirent les lumières de la raison; leurs penchans se corrompirent, et les portèrent vers le mal. En perdant la justice , et en se séparant de Dieu , ils devinrent sujets à la damnation éternelle. Leur corps fut assujetti à la douleur , aux maladies , à la mort. Ces suites affreuses du péché d'Adam ont passé à toute sa postérité , parce que son péché même a passé dans tous les hommes qui sont nés de lui. En désobéissant h Dieu, il s'est perdu luimême , el avec lui tout le genre humain dont il est le père. Nous sommes lès héritiers de sa faute et de sa disgrâce , comme nous l'aurions été de son innocence et de son bonheur. Tous ont péché dans le premier homme , tous ont désobéi en lui. Son péché étant ainsi devenu le nuire, fait que nous sommes tous coupables, même avant que de naître : vérité incompréhensible , mais dont la foi ne nous permet pas de douter. C'est le dogme fondamental de la religion chrétienne; c'est a ce dogme qu'elle se rapporte toute entière , puisque ce péché , qui est la source de tous nos maux, est aussi la première cause du besoinque nous avions d'un médiateur et d'un Sauveur qui nous réconciliât avec Dieu ,

Symbole. f>p

qui expiât nos péchés , cl qui nous rachetai de la servitude: c'esl un des dogmes qui sont le plus clairein< i;t contenus dans la sainte Ecriture. Le

saint roi David dit lui-même qu il a été formé dan» l'iniquité , 1 1 que >a mère l'a conçu dans le pé< bé. L'apôtre saint Paul dit que l<* péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché ; et qu'ainsi tous les hommes « ml été assujettis à la mort , parce que tous ont pi'i lie dans un seul. Nous naissons tous coupables cl enfans de colère; c'est pour cela qu'on appelle ce péché le péché originel. Nous n'avons pas besoin d'autres preuves ajvès des oracles si formels. Dieu a parlé , cela suffît ; quoique nous ne comprenions pas ce mystère , nous sommes obligés de le croire sur la parole de Dieu. Je n'a joute qu'une réflexion : les philosophes païens eux-mêmes sont parvenus ,par le secours de la raison seule , non à connoilre cette vérité , mais à soupçonnerque l'homme aaissoit coupable de quelque crime. La vue des misères auxquelles il est assujetti dès le berceau ,les avoit conduits jusque là. En effet , sur la foi du péché originel , l'homme est lui-même un mystère encore pi us incompréhensible; carcomment expliquer toutes les contrariétés qui se trouvent en lui? Tant de grandeur et tant de bassesse tout à la fois , tant de lumières et tant de ténèbres , un penchant si vif pour le bonheur , et une si profonde misère. Il approuve h; bien et ne le fait pas ; il condamne le mal , et il le commet. Il n'y a que la foi du péché originel qui puisse expliquer ces dillicullés , et concilier ces contradictions. Ce qu'il y a dans l'homme de bonté el delumière , vient de Dieu et de la première institu-

lion de la nature; ce sont de beaux restes d'un grand édifice tombé en ruines ; l'ignorance et les vices viennent du péché , qui a gâté l'ouvrage de Dieu , et défiguré son image jusqu'à la rendre méconnoissable! Ne cherchons pas a pénétrer ce mystère ; adorons les jugemens de Dieu , qui regarde tous les hommes comme un seul homme dans celui dont il veut les faire sortir tous. Nous voyons quelque image de cette justice rigoureuse dans l'exemple d'un roi qui punit un sujet rebelle ,en le dégradant lui et toute sa postérité; mais les comparaisons tirées des choses humaines sont toujours imparfaites ; les règles de la justice des hommes nesont qu'une ombre de celles de la justice divine; elles peuvent aider notre foi , mais elles ne peuvent nous découvrir le fond de ce mystère impénétrable. La justice aussi bien que la miséricorde de Dieu , ne veulent pas être mesurées sur celles des hommes; elles ont toutes deux des effets bien plus étendus et bien plus intimes.

De quel bonheur sommes-nous déchus , o mon Dieu , et dans quel abîme de maux avonsnous été précipités ! Vous aviez créé l'homme pour le rendre éternellement heureux , lui et toute sa postérité. Il étoit juste et saint , quand il est sorti de vos mains ; il ne tenoit qu'à lui de conserver ces précieux avantages , et de les faire passer à ses enfans; il ne falloit pour cela que vous demeurer fidèle. S'il eût persévéré dans la justice , il auroit communiqué le même bonheur à tous ses descendans. Nous serions tous nés justes comme lui , et assurés d'une félicité éternelle. Hélas !en vous désobéissant . il a tout perdu. La mort du corps , a laquelle

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il a été condamné , n'est qu'une (bible image de la mort de l'ame , qui est une suite de son péché. Voua êtes , ô mon Dieu ! la vie de notre ame, et le péché en est la mort; il la sépare de vous , et dès là elle tombe dans le plus grand desmalhenra , qui est d'ètreéternellement bannie de rotre présence. Ce malheur épouvantable e>t retombé sur toute sa postérité , parce qu'elle a péché en lui. Nous naissons tous enfuis de colère , condamnés à la mort , et à toutes sortes de misères spirituelles et corporelles , assujettis aux révoltes de la concupiscence . exclus du ciel pour toujours , si, par une miséricorde infinie , vous n'aviez préparé un remède à nos maux , et si vous ne nous aviez fourni un moven de réconciliation. J'adore , ô mon Dieu ! j'adore en tremblant la sévérité de votre justice. Faites que, par ce châtiment terrible , jecomprennecombienlepéché est affreux à vos yeux ,et combien les suites en sont i'unestes à l'homme. Faitesque jele craigne plus que la mort , et qu'aidé du secours de votre grâce , je n'abuse jamais de la liberté que le péché n'a point détruite.

Pratique.

Regarder le péché comme le plus grand mal.

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