PREMIERE LECTURE PRELIMINAIRE
Nécessite de s'instruire de (a Religion.
licatus homo quem lu erudicris , Domine , et de Legc (ut'c doeueru eum.
Heureux celui que vous avez instruit vous-même , Seigneur, et à qui vous avez enseigné votre Loi. Pt. y5.
J je plus grand intérêt de l'homme est de connoitre la religion , et son devoir le plus essentiel est de l'étudier. Vous en avez déjà appris les éléinens , mon cher Théophile : ces premières leçons sursoient à la foiblesse de l'enfance; mais votre raison qui se développe , et votre juge ment qui commence à se former , demandent une connoissance plus étendue et plus approfondie. On vous présente dans cet ouvrage la Doctrine chrétienne sous une forme nouvelle , quiparoît plus assortie au goût de ceux de votre âge : on ne se contente plus de vous proposer les dogmes de la foi , mais on vous met sous les yeux les raisons solides, décisives, convaincantes pour lesquelles il faut croire ces dogmes. En vous exposant les règles que la religion prescrit , on vous en fait remarquer la sagesse et l'équité; en vous mou
trant les trésors de grâces qu'elle vous ouvre , on vous en fait sentir le prix inestimable. Ce n'est pas que votre foi , qui est un don de Dieu ait besoin d'un nouvel appui : élevé dans le sein de l'Eglise , vous êtes docile à ses instructions ; son autorité, la plus grande qu'il y ait dans l'Univers , est une voie abrégée et très-sûre pour croire toutes les vérités qu'elle enseigne de la part de Dieu ; mais ce développement est nécessaire ou du moins très-utile , pour vous prémunir contre les dangers auxquels vous serez bientôt exposé. \ous trouverez dans le monde, où vous allez entrer , des hommes impies qui blasphèment ce qu'ils ignorent , qui osent soumettre la parole de Dieu à l'examen de leur foible raison , qui traitent de préjugés populaires les vérités les pi us certaines et les plus respectables. Vous devez sans doute éviter leur société; mais si cela n'est pas possible , vous aurez du moins des principes à opposer à la séduction. Ce que je vous demande , c'est de ne pas vous laisser éblouir par les vaines subtilités de l'irréligion , c'est de ne point prendre des blasphèmes pour des raisons, ni des railleries pour des preuves. Vous devez alors vous rappeler les principes que vous aurez appris dans votre jeunesse , et vous y affermir , en lisant les excellens ouvrages qui démontrent la vérité de la religion , et où les sophismesqui l'attaquent sont réfutés avec autant de force que de lumière (1). Plus vous serez instruit , plus vous serez ferme dans la foi ; plus
(1) Existence de Dieu, par Fenélon. Discours sur l'Histoire Universelle. Abbadie, principes de la Foi. Fonde* tU'ifts de la Foi.
Symbole. fc
vous étudierez votre religion , plus vous y découvrirez des caractères de divinité. Celte précaution est encore plus nécessaire pour vous garantir de l'illusion des passions; bientôt vous en sentirez les mouvemens tumultueux. Le cœur agité répand de* nuages dans l'esprit , et en obscurcit les lumières. Nous jugeons mal de ce qui contrarie nos inclinations, et gène nos penchans, La religion combat toutes les passions; ce que je vous demande , c'est que vous ne les consultiez point dans une affaire si importante, et où h» méprise a des suites si terribles; c'est que le désir de les satisfaire ne vous détermine jamais à abandonner la vérité. Seroit-il sage, seroit-il prudent de les établir juges dans une cause où elle ont un intérêt si vif et si pressant ? Si vous êtes fidèle h suivre ces avis que je vous donne , vous conserverez le don précieux de la loi ; car l'incrédulité vient toujours de ces deux sources , l'ignorance et la corruption du cœur. Il y auroit beaucoup moins d'impies , si la reh> gion étoit mieux cennue , et il n'y en auroit pas un seul , si les hommes étoient sans passions. L on a beau vanter dans quelques incrédules l'étendue des connoissances, l'éclat des talens» et même la supériorité du génie : il n'en est pas m<>ius vrai que ces hommes, si habiles dans les sciences humaines , ne sont pas instruits dans celle de la religion. La plupart n'en savent que ce qu'ils en ont appris dans ces premières leçons qu'on leur a données pendant leur enfance, dont ils ne conservent qu'un souvenir confus et superficiel. Dans la suite, ils ont dédaigné cette sorte 0 instruction comme fort au-dessous d'eux, et lu D ont jamais donné une heure d'attention
sérieuse à cette étude. Quelques-uns ne connoissent la religion que par des écrits aussi licencieux qu'impies , où elle est indignement outragée et calomniée; ils ne savent que les blasphèmes que l'on a vomis contre elle , et ils ont appris à être incrédules avant que d'apprendre à croire. Non , ils ne la connoissent point cette religion si belle et digne de Dieu , si proportionnée aux besoins de l'homme , et si nécessaire a son bonheur; ils ne connoissent pas ce plan admirable qui en lie toutes les parties , celte harmonie, cet accord parfait entre l'ancien et le nouveau Testament , qui la rend aussi vénérable par son antiquité , qu'elle est auguste par la sublimité de ses dogmes, et respectable par la pureté de samorale. Cette ignorance a ouvert en eux une voie libre et facile aux passions. La religion, qui n'étoit connue qu'imparfaitement , n'a opposé qu'une foible digue à leur impétuosité : ils ont commencé à douter d'une doctrine qui ne pouvoit s'allier avec les plaisirs qu'ils aimoient ; et ils ont secoué le joug de la foi, pour s'affranchir de celui de la vertu , de l'innocence et des mœurs. Vous concevez , mon cher Théophile, que le remède à un si grand mal est de donner aux jeunes gens une instruction plus développée sur les principes de la religion , sur les fondcmens inébranlables de la foi. Cette instruction écarteroit une des causes de l'incrédulité , et elle affoibliroit l'autre , en apprenant h connoître Dieu et à le craindre. Si , malgré ce secours, un jeune homme se laisse emporter par ses passions , il lui reste du moins , au milieu de ses égarement , une ressource précieuse ; les lumières de sod
Symbole. 7
r spi it , le trouble salutaire de sa conscience le rappellent sans cesse à la vertu , et il y a lieu
d'espérer qu'il sortira un jour de celte état funeste. Appliquez-vous donc, mon cher Théophile, à connnitic votre religion; gravez-en profondément lei principes dans votre esprit, et plus encore dans votre cœur. ^ ous étudie/ avec soin les lettres et les sciences profanes. Je loue votre empressement h vous y rendre habile; cette étude entre dans l'ordre de vos devoirs; mais votre première , votre principale étude doit être celle de la religion, d'où dépend votre destinée éternelle.
Donnez-nous, ômon Dieu! le goût de cette science divine qui fait les Saints; que nous aimions h en être instruits. Répandez sur cette étude l'onction de votre grâce, qui la rend -douce et aimable, et qui porte dans l'ame la joie , la consolation et la paix. Donnez-nous l'intelligence de votre sainte loi; qu'elledissipe les ténèbres de notre esprit , et qu'elle change notre cœur, en le délivrant de toute affection vicieuse , et en y faisant germer les vertus. Donnez-nous cette docilité qui soumet la raison aux vérités de la foi , et la volonté h l'amour de vos préceptes. Les sciences humaines ne sont pas à la portée de tous les esprits; mais votre loi, ô mon Dieu ! est proportionnée à l'intelligence de tous les hommes. Vous l'offrez aux petits comme aux grands , parce que vous voulez les sauver tous; elle donne la sagesse aux enfaus; il faut même devenir humble et petit pour la bien connoitre et pour être votre disciple.
Écouter attentivement les lectures de piété.
IIe LECTURE.
Existence de Dieu.
Acccdentem ad Dcum, oportct credcre quia est.
Pour s'approcher de Dieu, il faut croire qu'il y en a un, Heùr. XI.
Il y a un Dieu , c'est une vérité que vous avez connue dès l'enfance , mon cher Théophile ; elle s'est, pour ainsi dire, présentée d'ellemême à votre esprit : il n'a fallu qu'ouvrir les yeux et réfléchir un instant pour l'apercevoir. Tout ce qui est hors de vous , tout ce qui est en vous prouve qu'il y a un Dieu. Je veux vous rappeler les preuves qui vous en ont convaincu. Regardez le ciel; quel magnifique spectacle ! Qui est-ce qui a fait cette voûte immense? qui est-ce qui y a suspendu tous ces globes écla tans , le soleil qui répand partout la lumière et la chaleur , la lune et les étoiles qui brûlent au firmament pendant la nuit? Voyez avec quelle régularitéces astres recommencent chaque jour leur course majestueuse. Tous leurs mouvemens sont réglés; jamais ils ne s'écartent de la route qui leur a été tracée; et ce bel ordre subsiste depuis sixmille ans. La succession des jours et des mois n'a jamais été interrompue. D'où peut venir une régularité si constante, si ce n'est d'une intelligence infinie et toute puissante? Abaissez maintenant vos regards sur la terre; que de merveilles n'y apercevez-vous pas ?
Symbole. 9
Considérez cette multitude innombrable d'animaux d'espèces «lillV-rc ntes , dont elle est peuplée; cette variété infinie d'arbres,, de plantes
II de fruits dont ette est couverte; la quantité prodigieuse de poissons que la mer renferme dans son sein : quel peut être l'auteur de tant de merveilles, si ce n'est Dieu? Dites-moi, le prince le plus puissant, le plus grand roi du Monde pouiToil-il seulement formerune fleur , une feuille, un grain de sable? Non, sans doute. Attribuer tout cela au hasard, ne scroitce pas le comble de l'extra\ avance? Quand vous x ryez un beau palais, vous jugez sans hésiter qu'il y a un habile architecte qui en a tracé le plan et dirigé l'exécution. En voyant un beau tableau , vous ne doutez pas qu'il n'y ait eu un excellent peintre qui en a conçu le dessein et distribué les couleurs. Si quelqu'un \ enoit vous dire que c'est l'ouvrage du hasard; que les pierres de l'édifice se sont taillées et posées d'elles-mêmes; que les couleurs du tableau sont venues par hasard s'arranger sur la toile, se nuancer dans un si bel ordre el former une figure régulière , ne le regarderiez-vous pas comme un insensé ? Quelle seroit donc la folie de celui qui ndroit que 11 nivers s'est formé par hasard! Quoi ! le hasard n'a jamais formé une maison , un tableau , el il auroitformé le Monde ! Enfin y iiUérez-vous vous-même , mon cher Théophile , vous avez un corps et ce corps est composé d'une multitude étonnante de ressorts et d'organes qui sont placés et arrangés avec un ordre admirable. Partout l'on aperçoit tin dessein marqué , et l'on voit que celui qui les a tait s , a employé les moyens les plus propres &
jo Doctrine Chrétienne.
L'exécution de ce dessein. Remarquez la situation de vos yeux; ainsi que des sentinelles , ils occupent le lieu le plus élevé pour apercevoir de loin les objets. IN'est-ilpas évident qu'ils ont été faits pour voir , comme les oreilles pour entendre , les mains pour agir, et les pieds pour marcher? Quel autre que Dieu a pu faire un si tel ouvrage ? Dire que c'est la nature , c'est dire un mot vide de sens , à moins que parla nature on n'entende une cause pleine de sagesse et de puissance , et alors c'est Dieu lui-même.
Secondement, vous n'avez pas seulement un corps , mon cher Théophile , vous avez aussi une ame; cette ame n'est point matière , car la matière n'est pas capable de penser : c'est donc un esprit. Cependant l'ame est étroitement unie au corps. Certainement l'ame ne s'est point unie d'elle-même à notre corps; cette union s'est faite avant qu'elle y eût pensé. Cette union est si étroite, que quand le corps est en bon état , une douce joie se répand dans l'ame; et dès que le corps s'altère , l'ame souffre de son côté. Qui a pu unir ainsi deux choses si diirérenles , et établir entr'elles cette correspondance admirable, si ce n'est Dieu?
Ces sentimens de joie et de douleur que vous éprouvez , sont encore une nouvelle preuve qu'il y a un Dieu; car il ne dépend pas de vous de les avoir, ou denepaslesavoir. Sivouspouviezvous les procurer ou aousv soustraire, vous seriez toujours dans la joie , et jamais vous n'éprouveriez la douleur. Vous avez donc un .Maître souverain et tout-puissant , qui excite en vous ces sentimens, de qui vous dépendez, et qui dispose de vous à son gré. Ce Maître suprême ,
Symbole. 11
c'est Dieu. Delà ce cri, mon Dieu! qui vous échappe dans une douleur inopinée , dans un danger imprévu , cri indélibéré, qui n'est pas l'effet de la réflexion , mais le témoignage d'une aine naturellement chrétienne, selon l'expression de Tertullien. Il est donc vrai, mon cher Théophile, que nous portons au dedans de nous l'impression de la divinité , tracée en caractères ineffaçables:aussi n'y a-t-il jamais eu de peuple si barbare et si sauvage, qui n'ait reconnu une divinité. On trouve des nations qui n ont point de villes, point de lois, point de magistrats; maison n'en trouve aucune qui n'ait point de Dieu. Ce consentement si universel entre tous les hommes de tous les pays et de tous les siècles , si différons d'ailleurs de génie et de mœurs , séparés par des intervalles immenses de temps et de lieu , ne peut être l'effet dune convention arbitraire : il ne peut venir que d'une lumière qui éclaire tous les hommes, et que Dieu a mise dans notre ame en nous créant.
Oui , mon Dieu , vous avez gravé dans tous vos ouvrages la magnificence de votre nom en caractères si visibles , que les plus simples même ne sauroient l'y méconnoitre. Les cieux annoncent votregloire , etle firmament publie les merveilles de votre puissance. Cette voix se l'ait entendre à tous les hommes et à toutes les nations. Quel autre, en effet, a pu dire au soleil : Sortez du néant, et présidez au jour? Quel autre que vous a pu dire à la lune : Paroissez et soyez le flambeau de la nuit ? Toutes les créatures nous disent qu'elles ne se sont pas laites elles-nièines , mais que c'est vous qui les
12 DOCTLINE ClIF.ÉTIEXNE.
avez faites : c'est vous qui avez étendu le ciel comme une tente magnifique , qui avez attaché les astres au firmament, qui leur avez tracé la roule qu'ils doivent parcourir. C'est vous qui faites germer les plantes dans le sein de la terre , et qui leur donnez l'accroissement ; c'est vous qui avez réglé la succession des jours et des nuits, fixé l'ordre invariable des saisons; c'est votre main invisible qui a formé notre corps , qui en a arrangé tous les ressorts , et disposé tous les membres avec un art admirable. Pour reconnoîlre cette vérité , il ne faut ni des lumières sublimes , ni une étude profonde. Les premières impressions de la raison sulïisent; il ne faut qu'une ame qui porte encore en ellemême ces traitsprimitifs de lumière que vous y avez mis en la créant. Malheur à moi ,. si je laissois jamais éteindre, ou même obscurcir cette lumière précieuse par les nuages de mes passions ; malheur à moi , si je devenois semblable à cet insensé qui a dit dans son cœur : Il n'y a point de Dieu. Ce n'est pas dans son esprit, c'est dans son cœur que l'impie a tenu ce langage; car le cœur corrompu peut bien lui suggérer ce sentiment si contraire aux lumières de sa raison , mais son esprit ne sauroit se le persuader. Ne permettez pas , ô monDien , que j'aie le malheur de tomber jamais dans un aveuglement si déplorable : vous avez fait vos créatures comme autant de degrés pour nous élever jusqu'à vous; c'est l'usage que je veuxeo. faire : en les voyant , je verrai, j'adorerai leur auteur.
Pratique.
Voir Dieu dans les créatures,