‹ Doctrine chretienne en forme de lectures de pietéChapitre 20 sur 87 · XXIV.e LECTURE · texte numérisé non relu

XXIV.e LECTURE

Suite des réflexions sur la résurrection de Jésus-Christ*

Jésus prcfbult seipsum pïvum post passioncm suam in tnutlis argitmentis , per dies c/uadraginta apparais tis.

Jésus se montra depuis sa passion, et il fit voir par beaucoup de preuves, qu'il étoit virant, apparaissant pendant quarante jours. Act. i.

Je vous ai exposé , mon cher Théophile , les preuves de la résurrection de Jésus-Christ , mais il est à propos que nous fassions encore ensemble quelques réflexions sur la force de ces preuves. Yous sentirez mieux la nécessité de se rendre au témoignage des apôtres. On ne peut supposer qu'ils aient été trompés , car il fnu-

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droit dire que tous les disciples ensemble se sont imagiùîs voir Jésus-Christ , l'entendre , le toucher, manger et s'entretenir avec lui , et cela pendant quarante jours; qu'ils se sont imaginés apprendre de sa bouche plusieurs choses nouvelles et importantes sur la prédication de l'Evangile , sur l'établissement et le gouvernement des Eglises , sur l'administration des sacremens , tandis qu'ils ne voyoient et n'enlendoient rien. On sent quelle absurdité il y auroit dans une telle supposition. On peut , à la vérité, se tromper sur une opinion , mais se tromper sur un l'ait sensible et palpable; mais s'imaginer voir, pendant quarante jours , ce que l'on ne voit pas , s'imaginer entendre ce que l'on n'entend pas , toucher un homme que l'on ne touche pas , manger avec lui quand on n'y mange pas; c'est ce que l'on ne sauroit supposer sérieusement .surtout lorsque ce n'est pas seulement une personne , mais plus de cinq cents personnes qui seroientdans celte illusion pendant un si long espace de temps. Il est donc impossible que les disciples de Jésus-Christ aient été trompés sur le l'ait de la résurrection. On ne peut pas non plus supposer qu'ils aient voulu nous tromper , qu'ils aient publié cette résurrection sans en être eux-mêmes persuadés. C'est au milieu de Jérusalem qu'ils annoncent la résurrection de Jésus-Christ ; c'est le cinquantième jour après sa mort , dans un temps où il eût été facile de les convaincre de fauxj c'est devant le conseil suprême de la nation , devant les princes des prêtres , qui par là se trouvoient coupables du crime le plus énorme, d'un déicide , qu'ils le publient hardiment, bils

li6 Doctrine Chrétienne.

n'avoient pas cru que Jésus-Christ étoit véritablement ressuscité , se seroient-ils ainsi exposés au grand jour ? auroient-ils ainsi méprisé les menaces des chefs de la nation , que cette résurrection rendoit furieux ? Saint Pierre a été chargé de chaînes jusqu'à quatre fois; lui qui avoit tremblé à la voix d'une servante , auroitil eu le courage de prêcher Jésus-Christ ressuscité dans rassemblée la plus imposante de la nation , s'il n'avoit pas été persuadé de celte résurrection? Loin qu'on les aient convaincus de faux , à la première prédication de saint Pierre , trois mille personnes se convertirent . et cinq mille à la seconde. Les témoins oculaires de la résurrection étoient au nombre de plus de cinq cents, et parmi ces cinq cents témoins , aucun ne s'est démenti; tous , depuis le premier jusqu'au dernier , y ont persisté jusqu'à la fin , sans que ni la crainte des supplices , ni la vue de la mort , ait jamais pu les faire changer. Presque tous ont souffert la mort, et une mort cruelle pour rendre témoignage à la vérité de ce fait, lis n'avoient cependant aucun intérêt humain h le publier , il n'y avoit rien à gagner pour eux en cette vie : il y avoit même tout à perdre ; ils renonçoient à tout ; ils sacrifioient tout ; ils se dévouoient aux travaux , à l'ignominie , aux tourmens , à la mort. Vous savez , mon cher Théophile, quelles persécutions les apôtres et les autres disciplesont eues à soutenir, Ces persécutions ont duré jusqu'à leur mort , qui a été pour la plupart violente et cruelle. Or , il est absurde de supposer que cinq cents personnes aient conspiré contre leur conscience, et aux dépens de leur

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repos , de leur liberté el de leur vie , pour faire croire h l'Univers un fuit inouï , dont ils auroient connu la fausseté. S'ils ne croyoient pas que Jésus-Christ fût ressuscité, ils dévoient le regarder comme un homme qui les avoit séduits; et ,dans cette supposition, ils n'auroient pas sacrifié leur vi«e pour lui ; car on ne se fait pas égorger pour un imposteur connu pour tel. Le témoignage des apôtres est donc un témoignage incontestable. Oui , sans doute , il n'est pas possible de récuser des témoins oculaires , qui montent avec une constance inébranlable sur les échafauds , et qui se laissent égorger en criant : « Ce que nous annonçons, « nous l'avons vu de nos yeux , nous l'avons «entendu de nos oreilles , nous l'avons toucné j> de nos mains. » Ce n'est pas tout : les apôtres , pour confirmer la vérité de leur témoignage , ont fait les miracles les plus éclatans. Saint Pierre guérit , en un instant , un homme de quarante ans , perclus de l'usage de ses membres depuis sa naissance , connu de toute la ville; et c'est au nom de Jésus-Christ ressuscité qu'il fait ce miracle dans le temple , à la vue d'une foule de témoins. On étend dans les rues par où il doit passer , des malades de toute espèce , et l'ombre seule de l'apôtre leur rend à tous la santé. Jésus-Christ est donc ressuscité , puisque la seule invocation de son nom opère de si grandes merveilles. Concluez avec moi , mon cher Théophile , qu'il n'y a rien déplus certain , rien de plus indubitable que la résurrection de Notre-Seigneur.

Oui , mon Dieu , vous êtes véritablement ressuscité. Plus de cinq cents témoins oculaire*

nS Doctrine Chrétienne.

ont attesté ce fait, et ils en ont scellé le témoignage de leur sang. Il n'y avoit que la force de ïa vérité et celle de votre grâce , qui pût leur faire publier avec tant de constance , un fait qui devoit paroître si incroyable. Foibles et timides pendant votre vie , on les voit pleins de force et de courage dans le temps où , si vous n'étiez pas ressuscité , vous n'auriez pu les soutenir. L'incrédulité des Juifs , loin d'ébranler ma foi , ne sert qu'à l'affermir. Leur aveuglement avoit été prédit par les prophètes. Vous-même , Seigneur , en prédisant votre résurrection , vous avez prédit l'endurcissement de cette nation incrédule , sa ruine et sa dispersion , telle que nous la voyons de nos yeux. Ce peuple errant et proscriten tous lieux , porte partout malgré lui , un témoignage frappant de votre résurrection. Que vos oracles sont fidèles , ô mon Dieu ! qu'ils sont certains ! qu'ils sont dignes de foi.! Les choses que vous nous proposez à croire , sont , à la vérité , des mystères; mais ces mystères sont si indubitables , ils sont appuyés sur tant de preuves , sur des preuves si sensibles et si palpables , que ce seroit une folie de ne pas s'y rendre ; et que l'incrédulité n'est pas moins contraire à la raison , qu'elle l'est à la foi.

Pratique.

Plaindre l'aveuglement de ceux qui ferment les yeux à une si grande. lumière.

SVMBOLB. 419

XXW LECTURE.

J mus-Christ est monté, au ciel ; il est assis à la droite de Dieu.

r. /, ntlbus illis , tlevatus est, et nubes suscepit eum ab oc n lis eorum qui est in dexterà Dit.

Jl> le vinnt s'élever, et une nnéè le déroba à leurs yeux..,. A est à la droite de Dieu. Act. 1. /. Petr. 3.

INotre-Seigiveur , quarante jours après sa résurrection . assembla ses disciples sur la montagne des Oliviers , et là ayant levé les mains , il les bénit , et se sépara d'eux. Ils le virent s'élever , et une nuée les déroba à leurs yeux. Il lut ainsi élevé dans le ciel , où il est assis à la droite de Dieu son Père. Quand vous entendez dire que Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu , ne vous imaginez pas , mon cher Théophile , que Dieu ait un corps : il ne faut pas entendre ces paroles à la lettre ; c'est une image sensible , empruntée des choses humaines. Sous cette image , le Saint-Esprit veut nous faire concevoir que l'humanité sainte de Jésus-Christ est élevée dans le ciel au plus sublime degré de gloire et de puissance, et qu'il s'y repose après ses travaux , comme dans le trône éternel de son empire. Quand un roi associe son fils à la royauté , il le fait asseoir sur un trône , à côté de lui , pour marquer qu'il veut qu'on le regarde comme son égal , et que tous les Ordres de l'Etat lui rendent le respect ei l'obéissance comme à lui-même. Or, l'Ecri

if20 Boctrine Chrétienne.

ture représente Dieu assis sur un trône , comme Roi du ciel et de la terre : ainsi , quand on dit que Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu son Père , vous devez entendre qu'étant comme Dieu égal à son Père , il est comme homme , par la grandeur de sa gloire et de sa puissance , au-dessus de toutes les créatures , parce que son humanité sainte a le glorieux avantage d'être unie à la personne du Verbe. Notre-Seigneur , dans sa gloire , est occupé de nous ; il est attentif à tous nos besoins : il exerce encore dans le ciel l'office de médiateur ; il présente à son Père les cicatrices des plaies qu'il a reçues dans sa passion , pour implorer sa miséricorde en faveur des hommes. Il y est notre avocat et notre défenseur. « S'il arrive que » quelqu'un pèche , dit saint Jean , nous avons »pour avocat , auprès du Père , Jésus-Christ »qui est juste. » Nos péchés nous accusent devant Dieu ; mais Jésus-Christ nous défend , et la voix de son sang est plus puissante pour obtenir miséricorde, que celle de nos crimes, pour attirer sur nous les châtimens de la justice divine. Jésus-Christ est dans le ciel notre Roi et notre Seigneur; il a sur nous un souverain empire , non-seulement parce qu'il nous a créés et qu'il nous conserve , mais encore parce qu'il nous a rachetés. Nous sommes donc à Jésus-Christ comme son héritage et sa conquête , qu'il a acquis au prix de son sang : d'où l'apôtre conclut que personne ne vit et ne meurt que pour soi-même, mais que soit que nous vivions , soit que nous mourions , nous sommes toujours au Seigneur. Jésus-Christ dans le ciel est notre poutife ; il a exercé la ibnc-

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tïon de pontife sur la croix , en s'oflïant luimême ii son Père , comme une victime do propitiation pour nos péchés : il l'exerce encore dans le ciel , où étant assis à la droite de son Père , il se présente pour nous devant lui ; el bomme il possède un sacerdoce éternel, il peut toujours sauver ceux qui s'approchent de Dieu par son entremise. « Ayant donc pour i) pontife Jésus Fils de Dion , qui est monté au » plus haut des cieux , allons -nous présenter » avec confiance devant son trône , afin d'y » recevoir miséricorde , et d'y trouver le se- » cours de sa grâce dans tous nos besoins ; car le pontife que nous avons, n'est pas tel qu'il ne puisse compatir à nos foiblesses; puisqu'il T> a été éprouvé comme nous par toutes sortes » de maux , quoiqu'il fût sans péché. » Enfin , Jésus-Christ , dans le ciel , est notre chef, c'està-dire qu'il est à la tête d'un corps dont nous sommes les membres. Ce corps c'est l'Eglise; et Jésus-Christ est à son Eglise ce que la tête est au corps ; il lui communique la vie , et il l'anime de son esprit ; toute grâce , toute bonne pensée, tout saint désir, toute bonne œuvre , toute resta découle de cette plénitude, qui est en Jésus-Christ notre chef. « Jésus-Christ , dit » le concile de Trente , répand continuelle- » ment son esprit dans les justes , comme » le chef dans les membres , comme la vigne j> dans ses branches. » Telle est la grandeur et la dignité d'un Chrétien ; il est membre d'un corps dont Jésus -Christ même est la tête , et que l'esprit de Dieu anime ; et il devient ainsi

Sartieipant de la nature divine. Vous devez onc , mon cher Théophile , vous tenir étroi-

lementuni à Notre-Seigneur , et ne jamais vous en séparer par le péché. Vous devez aimer tendrement l'Eglise votre mère , qui est comme le corps de Jésus-Christ , dont vous avez le honneur d'être memhre.

Vous avez dit , Seigneur , avant de monter au ciel , que vous alliez nous y préparer une place. Nous vous suivrons donc où vous êtes monté le premier. Vous êtes notre chef: étant devenus vos memhres par le baptême , nous pouvons espérer d'entrer un jour dans votre royaume , et d'avoir part ù votre gloire. Votre félicité n'est pas séparée de la nôtre ; vous l'avez déclaré vous-même dans la prière que vous avez faite avant votre passion : « Mon Père , j> avez-vous dit , je désire que où je serai , ceux » que vous m'avez donnés y soient aussi avec » moi. » Attirez-nous a vous, ô mon Dieu ! ne permettez pas que nous nous attachions à la terre , qui n'est que le lieu de notre exil. Faites que nous soupirions sans cesse vers le ciel , où vous êtes assis à la droite de votre Père ; apprenez-nous à y élever souvent notre esprit , à y attacher notre cœur. Faites que nous nous regardions comme des étrangers sur la terre , et que notre désir le plus ardent soit d entrer dans notre véritable patrie , et d'habiter cette eité sainte où vous régnez , et où nous devons nous-mêmes régner un jour avec vous. La gloire où vous avez été élevé est la récompense de vos profondes humiliations. Nous acceptons volontiers les peines qu'il vous plaira de nous envoyer , afin que les unissant aux vôtres , nous ayons part à votre gloire. Peut-on refuser de ôouilrir quelque peine légère sur la terre , quand

Symbole. i ^5

©n cousidère ce poids immense de gloire qui doit en être le prix ?

Pratique.

.Nourrir dans son cœur le désir du ciel.

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