L.e LECTURE
Des mauvais Livres.
Mutli gui fticranl curiosa seelati , contulcrunt llbros et Combutseruni cuiam omnibus.
Plusieurs de ceux qui av )i< nt suivi leur curiosilé, apportèrent leurs livres , et les bjûicrent devant tout le monde. Ait. 19.
*Jnt second écucil pour l'innocence et la pureté des moeurs, c'est la lecture des mauvais livres, iiile remplit l'esprit de mille pensées dangereuses, et l'imagination de mille fantômes indé- < eus ; de là le poison passe dans le cœur, et il v porte le ravage et la mort. Oh ! combien de jeunes gens se sont perdus par ces lectures pernicieuses ! combien de personnes parvenues à un âge mûr, gémissent de cette curiosité téméraire , qui les a portées autrefois à faite ces lectures ! Elles sentent que le dérèglement de leur conduite , que la perte de leur santé , que la ruiné de leurs affaires temporelles , viennent de cette source funeste. La lecture d'un ouvrage licencieux a développé le germe de corruption que nous portons tous dans le cœur , et qui est le fruit malheureux du péché otiginel : les passions se sont nourries , fortifiées , et elles n'ont plus connu de bornes. Il ne faut qu'un mauvais livre pour corr< nipre une multitude de y unes gens. Ce livre pernicieux passe dans toutes les ïnains , la conlagion se répand , le poison circule et infecte une maison entière. L'effet est bien plus funeste encore , si c'est un de c^s
Di:c \ i.on ce. 229
ouvrages abominables , où , à d~s intrigues passionnées , à dos anecdotes lascives , à des p :intures obscènes , se trouvent jointes «les maximes impies , des principes d'irréligion capables de détruire la crainte do Dieu et d'ébranfler la foi. Cette barrière une l'ois rompue , à quels excès oe se porteront pas ceux qui auront avalé le poison ! dans quels désordres ne tomberont-ils pas ! et qui pourra les retenir dans leur chute ! La religion est la meilleure sauvegarde des mœurs; c'est la plus forte digue que l'on puisse opposer aux passions. Sionlève cette digue , le torrent se débordera , et ravagera tout. La Foi , tant qu'elle reste dans le cœur, est un principe de retour à la vertu ; si on fait le mal , du moins on se condamne soi-même , on se le reproche; mais quand on a perdu la Foi, il n'y a plus moyen de se relever de ses chutes; le mal est sans remède, el la dépravation sans ressource. Hélas ! mon cher Théophile , notre; malheureux siècle qui a été inondé de ces productions impies, ne nous a fourni que trop d'exemples des maux affreux qu'elles causent. Une funeste expérience nous en a appris à œ sujet pJus que n'en ont jamais su nos pères. Déjà les plaintes retentissent de toutes parts , que la jeunesse ne commit plus de règles ; que l'autorité paternelle elle-même est impuissante pour la réprimer: que ce qui n'étoit autrefois que dissipation et légèreté ,est devenu libertinage et corruption. Voulez-vous savoir quelle est la cause d'un si grand mal ! les mauvais livres, qui se sont multipliés à l'infini , en sont une des principales causes. Ecoulez donc, 0 vous que cette contagion n'a pas encore gagnés , écoutez le conseil salutaire d'un aini ; ne lisez
uîfo Doctrine Chrétienne.
jamais des livres pernicieux ; rejetez avec horreur ceux que l'on vous présenteroit. S'il vous en tombe quelqu'un entre les mains , ne le regardez pas même , vous succomberiez à la tentation de le lire ; et vous qui avez eu le malheur de vous livrer à cette curiosité criminelle , renoncez-y au plutôt ; imitez la conduite de sainte Thérèse: elle avoit d'abord été formée à la piété, mais elle tomba ensuite dans un relâchement qui pensa la perdre. Elle rapporte elle-même qu'un changement si déplorable vint surtout de la liberté qu'elle se donna délire des romans; mais Dieu lui fit la grâce de reconnoitre sa faute „ et elle trouva dans de bonnes lectures , le contrepoison dont elle avoit besoin. Ne dites pas que vous ne lisez ces sortes de livres que dans la vue de vous instruire , d'orner votre esprit et de former votre style ; vous pouvez puiser ces avantages dans de meilleures sources. Nous ne manquons pas d'ouvrages excellons en tout genre , qu'on peut lire sans aucun danger pour les mœurs : consultez un homme instruit , il vous en indiquera plus que vous ne pourriez en lire , dans le cours d'une longue vie , qui réunissent aux grâces du style l'utilité des connoissances. Si vous donnez la préférence à ceux qui peuvent vous corrompre , ce sera donc la passion qui présidera à votre choix. J'ajoute que tous les avantages du monde ne méritent pas d'être achetés au prix de votre innocence.
C'est vous , ô mon Dieu ! qui nous parlez dans les bons livres : les lire , c'est vous écouter; vous êtes la source de toute lumière , le principe de toute vérité. C'est le démon , au contraire , qui nous parle dans les mauvais livres ; c'est lui
DéCALOGUS. 2^1
qu'on écoute quand on les lit : ceux qui les ont écrits sont les organes du démon. Serois-ie donc assez malheureux , assez ennemi de moi-même , pour me livrer à un tel maître , pour recevoir ses leçons ? qu'apprendrois-je à son école ? il » >i le père de l'erreur, du mensonge et du vice; il répaudroit les ténèbres dans mon esprit et la corruption dans mon cœur; il y excileroil des passions funestes , qui feraient mon malheur dès celte vie même , et qui me perdroient éternellement dans l'autre. Je renonce de bon cœur à toute curiosité que je ne pourrais satisfaire que par la perte de votre grâce , de mon innocence et de mon bonheur éternel.
Pratique.
Prendre la résolution de ne jamais lire aucun livre dangereux.