‹ Doctrine chretienne en forme de lectures de pietéChapitre 42 sur 87 · LI.e LECTURE · texte numérisé non relu

LI.e LECTURE

Des Spectacles.

Notiic dili^fre mundttm , neqtte ea quœ in mundo sunt.

N'aimez point le monde , ni les divertissemens du monde, 7. Joan. 2.

.Les spectacles sont dangereux pour la vertu , et en particulier pour la pureté. Vous devez vous les interdire , mon cher Théophile , si vous voulez conserver le précieux trésor de la grâce. Sans parler de ces spectacles où la pudeur est ouvertement blessée par des bouffonneries révoltantes et par des gestes dissolus , où les honnêtes gens

î>3s Doctrine Chrétienne.

ne vonl point , et qui ne sont fréquentés que par une vile populace qui n'a ni éducation ni sentimensjquel danger n'y a-t-il pas même dans ceux <juc l'on appelle des spectacles décens , épurés , où Ion ne se permet rien de grossier , rien qui puisse révolter les oreilles délicates ! Malgré ce vernis de décence , c'est au fond la même passion qui en fait Pâme. L'amour profane est le grand ressort de toutes les pièces qu'on y représente ; c'est sur cette passion dangereuse qu'est fondé le principal intérêt du théâtre ; tout ce que l'on y entend , tout ce que Ton y voit , est propre à la réveiller , à la nourrir , à la fortifier. La décence même (pie l'on y observe augmente le danger, en diminuant l'horreur naturelle que le vice exciteroit,s'ilparoissoit sans déguisement, elle ajoute un nouvel attrait à ce sentiment perfide , qui perd ceux qui s'y livrent. En effet , <ju'enlend-on au théâtre ? le récit vifet animé de tous les transports et de toutes les agitations que la passion , irritée par les oLstacles , rxciledans un cœur qui en est dominé; elle n'y es! présentée <|ue comme une foihlesse; et pour la rrndre plus louchante, on l'attribue à un personnage qui intéï-essed'ailleurspardegrandesqualilés. La pompe ùes décorations, les richesses de la poésie, l'art de la déclamation , les charmes de la musique , les mouvemens d'une danse lascive , tout est employé pour allumer dans l'ame des spectateurs une passion qu'ils ne sont déjà que trop disposés à recevoir. Qu'y voii-on? des objets dangereux par eux-mêmes , plus dangereux encore par les mauvaises dispositions de ceux qui y vont : le poison entre dans l'ame par tous les sens. \ih ! comment pourroit-elle s'en défendre, au milieu

DfcCÀLOGUÉ. «S*

des attaques qu'un lui livre de toutes parts ! au milieu des continuelles émotions qui I énervent H quila rendent incapable de résister ? La vertu

la plus solide (l la plus affermie ne s'y soutiendroit pas. Quedei iendra celle d'un jeune homme qui s \ expose volontairement? Que ne doit-on I as éprouver à cet âge , où l'impureté bouillonne c le sang <l;;us les veines? IN Vn doute/ pas, mon cher .Théophile , l'innocence y reçoit des blessures mortelles. Vous trouverez cependant des personnes qui voudront justifier les spectacles; on vous citera des gens qui passent pour réguliers, et qui y vont , < n vous dira qu'on y assiste sans éprouver de mauvaises impressions : ne le croyez pas. Ceux qui tiennent ces discours vous trompent, ou ils s'abusent eux-mêmes; l'illusion vient de ce qu'ils ne sont point accoutumés à veiller sur leur cœur, et qu'ils ne font aucune attention à ce qui s'y passe. Tant qu'on se laisse aller au courant de l'eau , en ne sent rien; ce n'est que quand on y résiste , que l'on s'aperçoit de sa force. Retenez bien , mon cher Théophile, trois principes qi i vous affermiront centre tout ce que l'en vous dira pour vous engager à assister aux spectacles. Le premier principe est fondé sur l'opposition sensible qu'ils ont avec l'esprit du christianisme et les maximes de l'Evangile. In Chrétien a renoncé dans son baptême aux pompes du démon et aux vanités du inonde : ou ces pompes règnenl-elles avec plus d'éclat que dans les spectacles? L'espi it du christianisme est un esprit de pureté, de modestie, de prière et de pénitence. j a-t il quelque chose de plus contraire à cet esprit , que l'appareil et lus maximes du théâtre ? L'expérience

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apprend que l'on remporte ordinairement du théâtre un amour effréné du plaisir, et un dégoût affreux de la piété. Le second principe est fondé sur cette parole de l'jEcriture : celui fjui aime le danger y périra. 11 est "certain , quoiqu'on en dise, qu'il y a un très-grand danger dans ces lieux-là, et que la plupart de -eux qui "y vont, y perdent leur innocence. ( nminent justifier une personne qui s expose • olontairement au danger presque certain d'offenser Dieu! Ou vous comptez sur votr rtu , et c'est présomption; ou vous vous de! i z de vousmême , et alors vous êtes coupable de vous jeter dans une occasion où vous prévoyez que vous pourrez tomber; Le troisième principe , c'est qu'en allant aux spectacles, vous autorisez ceux qui y vont, et qui y perdent leur ame; e'est que vous ne pouvez y aller sans participer au péché de ceux qui représentent , que l'Eglise prive de la communion, même à la mort, à moins qu'ils ne renoncent à leur profession. Souvenez-vous de ce que dit saint Paul , que ce n'est pas seulement ceux qui font le mal qui sont coupables , mais encore ceux qui l'autorisent cl qui l'approuvent : votre présence seroit l'approbation la plus expresse que vous puissiez donner a ces sortes d'assemblées.

Que d'écueils dans le monde , ô mon Dieu î qu'il y a de pièges tendus à la vertu ! mais , avec votre grâce , je puis les éviter tous. Si le monde étale ses charmes trompeurs pour me séduire , s'il cherche à m'éblouir par l'éclat de ses pompes , vous m'instruisez du danger, et vous me donnez la force de le fuir : vous m'avertissez que ma foiblesse y succomberoit , et qu'il n'y a

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pour moi de sûreté que dans la fuite. Je ne devrais donc m'en prendre qu'à moi-même de ma perte . si r'avois la témérité de m'y exposer. Pourrois-ie . ù mon Dieu! ni*aveugler au point de regarder comme innocens des spectacles profanes, où tout est propre à allumer et à nourrir des passions funestes , où l'on débite des maximes opposées a votre sainte loi, où ma présence seule autoriseroit une profession que voire Eglise condamne et proscrit? Si je tombois jamais dans cette illusion , daignez la dissiper; ne permettez pas que je me laisse séduire Î>ar l'exemple et par les discours de ceux qui es fréquentent , et qui ne cherchent à les justifier , que parce qu'ils y trouvent l'aliment d'une passion chérie , ou parce qu'ils n'ont pas le courage d'y renoncer. Faites-moi connoître que le vice n'en est que plus séduisant pour être plus déguisé , et que le poison n'en est que plus dangereux pour être préparé par des mains habiles.

Pratique.

Prendre la ferme résolution de n'aller jamais aux spectacles.

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