‹ Doctrine chretienne en forme de lectures de pietéChapitre 43 sur 87 · LII.e LECTURE · texte numérisé non relu

LII.e LECTURE

Vous ne déroberez point.

Non facie* furlum. Exod. 20.

JJîeu , à qui tous les biens appartiennent , les distribue comme il lui plaît. Il veut qu'on res-

20Ô DoCTRIXlï CHRETIENNE.

pecte cet ordre que sa Providence a établi , et il défend d'ôter aux autres ce qu'il leur a donné. Cette loi est écrite dans votre cœur , mon cher Théophile; consultez-là ; vous y lirez qu'il ne faut point faire aux autres ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse. Si Fon vous enlevoit ce qui vous appartient, vous crieriez à l'injustice , c'en seroit une en effet; mais un autre a le même droit que vous de se plaindre , quand on n'observe pas la juslice à son égard. Sans la justice, la société ne sauroit subsister. 11 est donc défendu de faire tort au prochain dans ses biens , en quelque manière que ce soit. « Les » ravisseurs du bien d'autrui , dit saint Paul , » ne seront point héritiers du royaume de Dieu. » C'est une injustice de prendre le bien d'autrui , soit par violence, par surprise ou par fraude. Il y a bien des manières différentes de commettre ce péché. Arrêtons-nous à ce qui peut regarder ceux de votre âge. Il est rare que des jeunes gens bien élevés aient assez peu de sentimens pour voler des étrangers : une ame honnête a naturellement horreur d'un crime si bas et si odieux; mais il peut s'en trouver qui ne respectent pas également ce qui appartient à leurs paren« , et qui se persuadent qu'il n'y a pas grand mal h le leur dérober en secret. Cependant, il n'est pas plus permis de rien prendre à ses pareils qu'à des étrangers; c'est un véritable vol , contre lequel le Saint-Esprit s'élève avec force dans l'Ecriture : il déclare que celui qui dérobe a son père ou a sa mère , et qui dit que ce n'est point un péché, a part au crime t]cs homicides. Comment cela :' C'est qu'un jeune libertin, qui vole ses parons pour

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fournir a sos passions, semble vouloir s emparer de leur succession, cl jouir de leur bien avant leur mort,, qui larde trop à son gré; ce qui suppose ud cœur barbare , et qui a dépouillé Ions les sentimens de la nature. C'est encore une injustice que de retenir le bien d'aulrui , en ne payant pas ce (pie Ton doit, comme les gages aux serviteurs, ou le salaire aux ouvriers. « Lorsque quelqu'un aura travaillé pour vous , » disoit Tobie h son fils, payez aussitôt ce qui » lui est dû; et que la récompensé du merce- 1 naire ne demeure jamais chez vous. » C'est une injustice de ne pas rendre ce qui nous a été Confié , de s'approprier les choses que l'on a trouvées, sanss'inibrmer à qui elles appartiennent; enfin , c'en est une de causer quelque dommage au prochain , comme de détruire ou de gâter ce qui lui appartient, soit qu'on fasse le mal par soi-même , soit que l'on conseille aux autres de le faire. Quand on a pris quelque chose au prochain , ou quand on lui a causé quelque préjudice, il ne suffit pas de s'en repentir et d'en demander pardon à Dieu, il faut encore restituer au prochain ce qu'on lui a pris , ou réparer le dommage qu'on lui a causé : sans cette réparation , il n'y a point de pardon à espérer , point de salut à attendre. On ne peut entrer dans le ciel aveole bien d'autrui. Quoi, me direz-vous , est-on perdu sans ressource , lorsqu'après avoir fait tort à son prochain , on se trouve dans l'impossibilité de le réparer? Non, Dieu ne commande pas l'impossible; il suffit, en ce cas, d'avoir une volonté sincère de s'acquitter de cette obligation aussitôt qu'on le pourra , et

de faire tous ses efforts pour se mettre en état de la remplir.

\ ous me défendez , 6 mon Dieu, de faire tort à mon prochain; et s'il m'arrivoit de commettre quelque injustice , vous m'ordonnez de la réparer. Je sens l'équité de cette loi , et je m'y soumets de tout mon cœur. Je veux que l'on soit juste à mon égard; je dois donc l'être moi-même envers les autres. Grâce au fond de droiture que vous avez mis dans mon cœur, et à la bonne éducation que votre Providence me procure, le vol me fait horreur, et il n'y a point de crime pour lequel je me sente plus d'éloignement. Conservez et fortifiez en moi ces sentimens , ô mon Dieu ! faites que je ne m'écarte jamais des lois de la plus exacte probité; et que toute ma vie, dans quelque état, dans quelque situation que je me trouve, elles soient la règle de ma conduite, et que je sanctifie, par des motifs chrétiens, une probité qui, sans cela, seroit toute humaine , toute naturelle, et qui en m'attirant l'estime des hommes , ne mériteroit pas celte récompense éternelle à laquelle vous m'appelez.

Faire profession d'une probité scrupuleuse.

Dkcalocue. 209

LïII.e LECTURE.

Du Mensonge.

Mendatium fugies Non loqueris contra proximum

faltum tistimonium.

Vous éviterez avec grand soin le mensonge.... Vous ne porterez point faux témoignage contre le prochain. Exod. 20 , 20.

Uieu est la vérité même; tout ce qui blesse la vérité offense Dieu : voilà le fondement delà défense qu'il nous fait si souvent dans l'Ecriture, de parler contre la vérité. « Renoncez au men- .) songe, dit saint Paul, et que chacun de vous » parle à son prochain selon la vérité. Nous li- » sons dans un autre endroit , que la bouche » qui ment tue l'ame , et que Dieu perdra tous » ceux qui profèrent le mensonge. » Ce vice est en effet très-opposé à la société que Dieu a établie entre les hommes : pourquoi la parole leur at-elle été donnée? n'est-ce pas afin qu'ils se communiquent mutuellement leurs pensées? C'est donc abuser du don de la parole , que de s'en servir pour exprimer le contraire de ce que l'on pense. Ce principe est si évident, que les Païens niènies l'on fort bien compris , et que quelquesuns d'entre eux l'ont pratiqué. On rapporte qu'un des grands hommes de l'antiquité païenne avoit tant d'amour et de respect pour la vérité , qu'il ne se croyoit pas permis de la blesser, même en riant ; et d'un autre , qu'il ne proférait aucun mensonge , et qu'il ne pouvoit pas même le souffrir. Quelle houle que des Chrétiens

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soient moins délicats, sur cet article, que des Païens ! comment arrive-t-il que des enfans qui reçoivent une éducation chrétienne , comptent pour rien le mensonge ; qu'ils tombent dans cette faute à tout propos , qu'ils s'en fassent même un jeu, un divertissement ? Le mensonge qui est déjà si odieux par lui-même , est beaucoup plus criminel encore , quand il nuit au prochain, quand il tend à le diffamer; par exemple, quand on lui attribue un vice qu'il n'a point, ou une faute qu'il n'a point commise : c'est ce qu'on appelle calomnie. Ce crime renferme une méchanceté et une noirceur qui révoltent toute ame honnête. « La langue du calomniateur , selon » 1 expression de l'Ecriture, est uueépée tran- » chante qui fait des blessures mortelles , et sa » bouche distille un noison plus funeste que le » venin de la vipère. » Ce n'est pas seulement la fortune du prochain qu'il attaque , c'est son honneur, sa réputation qu'il veut ravir injustement; c'est-à-dire, un bien plus précieux que l'or, et dont, la perte nous est infiniment plus sensible. Quelle fureur ! quelle injustice! Mais ce qui met le comble à l'énormité de ce crime, c'est lorsque la calomnie est portée devant le j uge , et confirmée parla religion du témoignage, qui consiste à déposer en justice contre la vérité. Le faux témoin, outre l'injustice atroce qu'il commet envers l'innocent qu'il veut perdre, se, rend coupable d'une impiété horrible envers Dieu , dont il profane le nom redoutable , en le faisant servir à appuyer le mensonge et l'iniquité. Tels furent les deux infâmes vieillards qui accusèrent la chaste Susanne d'un crime dont elle étoit innocente. Cette sainte femme au-

Die ALOCÏE. y4*

roil succombé sons les traits de cette noire calomnie . si Dieu n'avoil suscité l<' jeune Dajiirl . el s'il ne la\ oit rempli de son esprit , pour confondre l'imposture et sauver I innocence. Ses injustes accusateurs furent découvris , et punis eux-mêmes du dernier Mij>j>lice. C'est à quoi s'exposent ceux qui portent faux témoignage contre leur prochain : Dieu permet souvent que la calomnie soit connue, et qu'ils tombent dans le malheur où ils avoient voulu précipiter l'innocent. Mais quand même ils réùssiroient à se cacher aux yeux dos hommes , ils ne pourront certainement échapper à la connoissance du souverain Juge à qui rien n'est caché ; et qu'ils ne s'imaginent pas fléchir sa justice par une pénitence secrète et par des larmes stériles ; non : il faut qu'ils repaient l'injustice qu'ils ont commise , et toutes les suites qu'elles ont entraînées; il faut qu'ils rétablissent 1 honneur qu'ils ont ravi , ce qui ne peut se faire que par l'aveu public de leur crime et de leur imposture ; il faut qu'ils sacrifient leur propre réputation , pour rétablir celle qu'ils ont injustement flétrie. Voyez , mon cher Théophile , combien il en coûte pour obtenir de Dieu le pardon de ce crime , et apprenez à l'éviter.

Le mensonge est abominable à vos yeux, ô mon Dieu t vous voulez que je parle toujours selon la vérité ; vous menacez de perdre celui qui cherche h tromper son frère. Suc ce point , les lois du monde s accordent avec votre sainte loi ; un homme qui parle contre sa pensée , est généralement haï et méprisé , au lieu qu'on estime celui qui est connu pour être sincère et vrai dans ses paroles. Cependant je suis fort

sujet à tomber dans ce péché. Ce n'est pas , ô mon Dieu ! en accusant faussement les autres , que i'ai coutume de le commettre ; non , par un effet de votre grâce , je déteste une telle noirceur c'est pour excuser ou cacher mes fautes. Mais ' ô mon Dieu ! cette espèce de mensonge pour 'être moins criminelle , n'est pas moins défendue : tout mensonge vous déplaît ; tout mensonge vous offense. En faut-il davantage pour que je l'évite avec soin ! quel égarement , d'ailleurs , que celui de vouloir couvrir une faute légère , en commettant une faute beaucoup plus grande , et qui mérite un châtiment plus sévère ! J'avouerai , ô mon Dieu ! ingénument les fautes que j'aurai commises , et je n emploîrai jamais de fausses excuses pour les dissimu> 1er ou pour en diminuer la grièveté; cet aveu sincère en sera la réparation et le moyen le plus efficace pour en obtenir le pardon entier. Mais quand même j'aurois quelque réprimande à essuyer , j'aime mieux la souffrir que de vous déplaire , en blessant la vérité. Affermisscz-mo, dans cette disposition ô mon Dieal cajous nui me l'inspirez , rendez-la constante , et ne permettez pas qu'elle change jamais.

Pratique.

Ne jamais dire de mensonge avec réflexion et de propos délibéré.

Décalogie. 243

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