‹ Doctrine chretienne en forme de lectures de pietéChapitre 46 sur 87 · LVII.C LECTURE · texte numérisé non relu

LVII.C LECTURE

Du désir injuste du bien d'autrui,

Non concupisces domum proximi fui... ncc omnia quœ i.tlius su?it.

Vous ne désirerez point la maison de votre prochain... ni rien qui soit a lui. Exod. 20.

Dieu , après avoir défendu , par le septième commandement , de prendre , ou de retenir le bien d'autrui , défend , par le dixième , de le désirer h son préjudice. Remarquez , mon cher Théophile , la différence essentielle qu'il y a entre la loi de Dieu et les lois humâmes ; cellesci ne règlent que les actions extérieures , parce que les hommes ne voient que ce qui paroi t au dehors; mais la loi de Dieu défend jusqu'aux désirs et aux pensées les plus secrètes , parce que Dieu voit le fond du cœur. \ous comprenez qu'il n'est point défendu de désirer le bien d'autrui , quand on se propose de l'acquérir par des voies légitimes , et de son consentement; autrement il ne seroit pas permis de rien acheter : quand on achète une maison , une terre , c'est qu'on désire de l'avoir; mais ce désir est légitime , lorsqu'on n'emploie , pour s'en rendre maître , que les moyens justes et autorisés par les lois. Ce qui est défendu par le dixième commandement, c'est de désirer une chose qui appartient au prochain , et qu'il ne veut point vendre. Tel fut le péché du roi Achab , que Dieu punit avec tant de sévérité : ce prince , pour agrandir ses

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jardins , vouloit acheter la vigne de Naboth ; mais celui-ci ne put se résoudre à vendre l'héritage de ses pères. Le roi , irrité de son refus , iui suscita une mauvaise affaire , le fit périr , et s'empara de la vigne. Dieu tira une vengeance éclatante de cotte injustice. Ce qui est défendu par ce commandement , c'est rattachement déréglé que l'on a pour les richesses; c'est l'empressement d'en acquérir; c'est la cupidité que saint Paul appelle la racine et la source de toutes sortes de maux , et que Dieu maudit en ces termes dans le prophète Isaïe : « Malheur à vous » qui joignez maison a maison , qui ajoutez n terres à terres, jusqu'à ce que la place vous r> manque , comme si vous étiez les seuls qui » habiterez sur la terre. » Je sais bien , mon cher Théophile , que ce n'est point là le défaut de votre âge; mais il vient un temps où cette passion prend la place des jeux et des amusemensde l'enfance , et il faut vous précautionner contre les attaques qu'elle pourra vous livrer alors. Rien n'est plus opposé à l'esprit de l'Evangile , que celte avidité de richesses qui veut toujours acquérir , qui fait que l'on n'est jamais content de ce que l'on a , et que l'on craint toujours de manquer, que l'on amasse, qu'on accumule comme si l'on ne devoit pas mourir. Un homme livré à cette passion , n'est occupé que du soin de la satisfaire. Il y pense le jour; il y réfléchit la nuit ; il y sacrifie son repos , sa santé , sa vie même. À force de vouloir se procurer un prétendu bonheur , que l'imagination fait consister dans l'opulence , il se rend malheureux , et il consume ses années dans un tourment que la mort seule finit. Que d'injus-

tices celte passion ne fait-elle pas commettre ! on compte pour rien sa conscience et son salut , pourvu que l'on grossisse son trésor ; en un mot , on ne connoît plus d'autre Dieu que l'argent. Voilà pourquoi saint Paul appelle celte passion une idolâtrie : voilà pourquoi Notre- Seigneur nous dit dans l'Evangile , qu'on ne peut servir deux maîtres , qu'on ne peut aimer en même temps Dieu et l'argent. Ce n'est pas qu'il nous défende de posséder des richesses , puisque c'est la Providence qui les donne , mais il défend de s'y atlacher ; il défend d'y mettre son affection , de faire consister son bonheur à les posséder : ce ne sont pas les richesses qu'il condamne , c'est le désir immodéré de les acquérir. Qu'est-ce , en effet , que ces biens qui allument une soif si ardente ? Des biens passagers , des biens périssables, qui coulent mille peines à acquérir , que l'on ne conserve qu'avec des inquiétudes infinies , qui nous seront certainement enlevés un jour , et dont on n'emportera rien avec soi ; des biens qui nous causeront d'autant plus de douleur, quand malgré nous il faudra les quitter , que nous y aurons été plus attachés. De tels biens sont-ils propres à nous rendre heureux ? Rien n'est donc plus sage que celle leçon que nous donne le saint roi David. « Si vous avez des richesses , n'y » attachez point v< Ire cœur , » et si Dieu ne nous a point fait naître dans l'opulence , ne cherchons point à devenir riches. Selon cet avis de Notre - Seigneur : « Ne cherchez point à » amasser des trésors sur la terre , où la rouille » et les vers consument toul ; mais travaillez à » amasser des trésors dans le Giel , où il n'y a

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» ni rouil'e ni vers qui les consument ; car , où » esl votre trésor, là es! rotrecœur, »

Ne permettez pas , ô mon Dieu ! que mon Cœur se livre jamais a des désirs injustes ; préservez-moi de la passion des richesses. Si vous m'en donnez , laites , Seigneur , que mon cœur ne s'y attache point , et que je m'en serve pour votre gloire. Si vous m'en privez , que je sois content de l'état où votre providence m'aura mis. Les biens que je vous demande , ô mon Dieu ! ce n'est point de l'or et de l'argent , qui ne me rendroient pas plus heureux, et qui pourroient devenir la cause de ma perte éternelle par l'abus que j'en ferois peut-être : ce que je vous demande , c'est votre grâce en cette vie , et votre gloire en l'autre. Voilà les vrais biens , les biens solides qu'on ne peut nous enlever , les seuls biens que je dois désirer , que je dois m'efforcer d'acquérir. Quand même je mènerois une vie pauvre en ce monde , je serai toujours assez riche si j'ai votre crainte , et si je m'éloigne de tout péché : c'est le trésor le plus précieux que je puisse posséder ; je n'hésite pas à le préférer à tous les avantages de la terre.

Pratique.

Etre content de ce que l'on a.

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