LXVI.C LECTURE
De L'Avarice.
Carcte ab omni avaritiâ... Avaro nihit est sceleslius.
Gardez-vous de toute avarice... Il n'y a rien de plus détestable que l'avare. Luc. \i.Eccl. 10.
\j 'avarice est un attachement déréglé aux biens de la terre. Ce n'est pas un péché d'avoir des richesses , mais c'en est un d'y attacher son cœur, de les rechercher avec empressement , de mettre son bonheur à les posséder , d'employer des voies injustes pour s'en procurer. « L'amour des richesses, dit saint Paul , est » la racine de tous les maux. »ilproduit l'oubli de Dieu, en engageant l'homme à faire de son trésor l'objet dont il s'occupe uniquement; c'est pour cela que le même apôtre appelle l'avarice une idolâtrie. On n'a que de l'indifférence pour son salut, quand on pense avec trop d'inquiétude à sa fortune; on n'est guères touché du désir et de l'espérance des biens éternels, quand on est si fort occupé du soin d'amasser des biens temporels; 'et il est à craindre que l'on ne cesse d'être Chrétien , quand on a la passion de devenir riche. Aussi le même apôtre assiu et-il que plusieurs pour s'être livrés à cette passion , en sont venus jusqu'à perdre la Foi. L'avarice produit la dureté pour les pauvres. I w homme attaché à ses richesses est insensible à la misère du pauvre; il ne connoit point le senîiment de la pitié. Un autre excès presque in-
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croyable où porte cotte passion insensée , c'est «(ne l'avare s'oublie lui-même , devient insensible à ses propres besoins , préfère son argent à sa santé , à la vie même , et se refuse le nécessaire , de peur de diminuer son trésor; il accumule ses richesses , sans en faire usage; il est indigent au milieu de ses biens , et il manque de tout au sein de l'abondance. Quelle folie ! Enfin , ce vice produit la duplicité. L'avare , pour avoir le bien d'autrui qu'il désire , emploie le mensonge , la fraude et l'injustice. « Rien » n'est plus injuste , dit le Saint-Esprit dans >. 1 Ecriture , que celui qui aime l'argent ; un tel homme vendrait son ame. » Quand on est dominé par cette passion , on ne connoit plus ni bonne foi , ni honneur , ni conscience; on devient injuste , fourbe , violent; tous les moyens, même les plus criminels , sont employés pour grossir le trésor où l'on a attaché son cœur; et ce qu'il y a de plus déplorable , c'est que cette passion se fortifie avec l'âge. La réflexion , les années affoiblissent les autres passions ; mais l'avarice semble se ranimer , et prendre de nouvelles forces dans la vieillesse. Plus un avare avance vers ce moment fatal où il faut tout abandonner, plus il s'attache à son misérable tié>or ; plus la mort approche, plus il tient à son argent , et plus il le regarde comme une précaution nécessaire pour un avenir chimérique. « Insensé , lui dit Notre Seigneur dans » l'Evangile , cette nuit même on va te rede- » mander ton ame ; pour qui seront les ri- » chesses que tu as amassées ? » Il laissera ses richesses à d'autres , et il ne lui restera qu'un sépulcre dans la suite de tous les âges. Gardez-
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vous bien , mon cher Théophile , d'une passion si déraisonnable et m dangereuse. « Instruit à » l'école de Jésus-Christ , ne cherchez point à 11 amasser des trésors sur la terre , où les vers >» et la rouille les mandent , et où les voleurs w les déterrent et les dérobent ; mais travaille* » à amasser des trésors dans le ciel , où il n'y a p ni rouille , ni vers qui les consument , ni vo- > leurs qui les dérobent. » Efforcez-vous d'acquérir la vertu opposée à l'avarice ! cette vertu est un détachement chrétien des biens de ce monde , soit dans la pauvreté , soit dans l'opulence. Si vous êtes pauvre , ne portez point envie à ceux qui sont riches , ne désirez pas de le devenir vous-même. Ces biens fragiles et périssables ne font qu'irriter nos désirs loin de les satisfaire : le juste est plus heureux avec le peu qu'il possède , que les méchans avec leurs grandes richesses : les trésors injustes ne serviront de rien , mais la justice délivrera de la mort. « Ne craignez point , mon fils , disoit le » saint homme Tobie à son fils : il est vrai que » nous sommes pauvres ; mais nous aurons » beaucoup de biens , si nous craignons Dieu , » si nous nous éloignons de tout péché , et si » nous faisons de bonnes actions. » Ayant de quoi nous nourrir et de quoi nous vêtir , nous devons être contens. Si vous êtes riche , n'attachez point votre cœur à vos richesses; songez que vous n'emporterez rien avec vous , et qu'elles deviendront un jour la proie d'un héritier avide qui attend votre mort pour s'en saisir. Répandez-les dans le sein des pauvres , et par ce saint usage , vous vous ferez dans le ciel un trésor qui ne périra jamais.
BâcALôtitrÉ. 291
Quelle folie , o mon Dieu ! de mettre son affection dans des biens périssables , de les multiplier sans mesure , de faire consister son bonheui à 1rs entasser sans en jouir ! il faut que l'homme soit bien aveugle , pour ne pas voir combien eette passion est honteuse et déraisonnable. Hélas ! Seigneur , je puis tomber moimême dans cet excès , puisque d'autres y sont tombés ; je n'en suis pas moins capable qu'eux , si votre grâce ne m'en préserve. Daignez nie l'accorder cette grâce , 6 mon Dieu ! Si vous me donnez un jour des richesses , ne permettez pas que j'y attache mon cœur; ne permettez pas non plus que j'en abuse, en les employant à satisfaire mes passions , à vivre dans les délices et dans la mollesse. Vous voulez qu'elles servent à mon salut , en devenant entre mes mains la ressource des pauvres ; faites que je réponde aux vues de votre providence , en soulageant leurs misères ; et , pour en détacher elïicace- . ment mon cœur , faites que je me rappelle souvent les malédictions terribles que vous prononcez dans l'Evangile contre les riches qui ne font pas un saint usage de vos bienfaits , et les récompenses magnifiques que vous promettez à ceux qui emploîront leurs richesses à soulager les malheureux.
Pratique.
Faire quelques petites aumônes dès l'enfance » pour s'accoutumer de bonne heure à la bienfai" sance chrétienne.
292 Doctrine Chrétieivxe.