‹ Doctrine chretienne en forme de lectures de pietéChapitre 53 sur 87 · LXVII.e LECTURE · texte numérisé non relu

LXVII.e LECTURE

De la Luxure.

Non vocavit nos Deus in immundiliam } sed in sanctificattonem.

Dieu ne nous a point appelés pour être impurs , mais pour être saints. /. Timoth. 4-

JLa luxure est une affection criminelle pour les plaisirs contraires à la chasteté chrétienne. Rien n'est plus indigne de l'homme que ce vice honteux ; rien n'est plus opposé à la sainteté de notre vocation : des Chrétiens ne devroient pas même le connoître. « Qu'on n'entende jamais » parler parmi vous de quelque impureté que » ce soit , dit l'apôtre saint Paul. » Pour concevoir de ce vice l'horreur qu'il mérite , il n'y a qu'à considérer les malheureux effets dont il est la cause. Il produit la haine de Dieu, l'éloigneïnent des devoirs de la religion , l'endurcissement du cœur, et l'horreur de la mort. Que ces suites sont affreuses , mon cher Théophile ! vous allez voir comment elles naissent de la luxure. Un homme livré à ce vice sait que Dieu l'a en horreur ; il ne l'envisage que comme un vengeur sévère des excès que ce vice fait com mettre , et il conçoit dans son cœur des senlmiens d'aversion pour celui qui doit un

Î'our le punir avec rigueur. Les exercices de reigion ne peuvent s'allier avec ce vice honteux ; quand on s'y est une fois abandonné, on n'a plus de goût pour les pratiques de piété : H

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prière ennuie , on la néglige : la parole de Dieu ne prononce que des analhèmes contre ceux <]ui >'\ livrent , on ne l'entend plus; pour s'approcher des sacromons , il faudrait renoncer à ce vice , on les abandonne; la fréquentation des offices divins feroil naitre des remords , on s'en éloigne. En étouffant ainsi le cri de la conscience , on tombe dans l'endurcissement , c'est-à-dire , dans un état d'insensibilité où Ton n'est plus touclié de rien : on s'aveugle sur ses devoirs , sur sa réputation , sur sa santé ; on oublie tons ses intérêts; on n'écoute ni avis, ni remontrances ; on ne songe qu'à se satisfaire à quelque prix que ce soit ; on ne craint que ce qui peut troubler la jouissance de ses plaisirs criminels. De là , l'horreur de la mort qui tourmente le voluptueux , parce qu'elle doit le séparer de ce qu'il aime , et le faire paraître au redoutable jugement de Dieu. Détestez donc , mon cher Théophile , un vice si funeste , et affermissez-vous , avec la grâce de Dieu , dans la vertu contraire ,dans la chasteté chrétienne, qui nous règle , par rapport à la pureté , selon l'état où la Providence nous place. Cette belle vertu nous rend semblables aux anges mêmes; elle est infiniment agréable à Dieu , et il la récompense d'une manière magnifique , souvent dès cette vie : Notre-Seigneur promet le ciel à ceux qui la pratiqueront. « Bienheureux ceux » qui ont le cœur pur , parce qu'ils verront Dieu.» Pour conserver cette vertu , qui est exposée à bien des dangers , il y a deux moyens que Jésus-Christ lui-même nous a enseignés dans l'Ev angile ; la vigilance et la prière. « Veillez , nous » dit-il , et priez , afin que vous n'entriez point

» en tentation. » Veiller sur soi-même , c'est so précautionner contre tout ce qui pourroit donner la plus légère atteinte à cette précieuse vertu. Il faut veiller sur ses yeux , afin de ne jamais le» arrêter sur aucun objet dangereux ; il faut veiller sur ses oreilles , pour ne jamais écouter de mauvais discours , il faut veiller sur son esprit , pour en chasser toutes les pensées , toutes les idées contraires à la pureté ; il faut veiller sur son cœur , pour y étouffer tous les mauvais désirs , dès le premier instant qu'ils s'y font sentir. Souvenez-vous bien , mon dber Théophile , que vous devez résister dès le commencement de la tentation. « Aussitôt qu'une » prnsée déshonnête s'élèvera dans votre esprit , i dit saint Bernard , rejetez-la avec force , et elle » s'éloignera de vous ; mais si vous vous y arrêtez, )> cette image produira dans votre cœur un plai- » sir funeste à votre innocence , ce plaisir vous » conduira au consentement , le consentement à «l'action, l'action à l'habitude, l'habitude à la » nécessité , el la nécessité à la mort éternelle. » En rejetant aussitôt avec force toutes les pensées dangereuses , on évite cet affreux enchaînement de malheurs. Secondement , il faut avoir recours à la prière , des que l'on sent les premiers mouvemens de cette passion. Jetez-vous alors entre les bras de Dieu , et dites-lui avec confiance , comme les apôtres : « Sauvez-moi , » Seigneur, sans vous je périrai. » N'attendez pas même que vous soyez tenté , pour recourir à Dieu. Priez-le souvent et avec ferveur , ou de vous préserver de ces tentations, ou de vous donner la force de les surmonter. Si vous êtes fidèle à cette pratique, soyez sûr que vous remporterez la

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victoire, et que vous tirerez môme avantage de lu tentation , pour vous affermir dans la vertu.

Je suis Lion résolu , ô mon Dieu ! de les employer , ces deux moyens que vous nous enseignez vous-même pour conserver la pureté. Je veillerai sur tous mes sens , afin de ne donner aucune entrée au démon dans mon cœur. Je détournerai monesprit de toutes les mauvaises pensées , aussitôt que je m'en apercevrai. Donnezmoi , Seigneur , votre crainte , et rendez impuissans tous les efforts que l'ennemi de mon salut Ara pourlne perdre. Dans toutes mes tentations , j'aurai recours à vous avec une entière confiance. Je vous crierai du fond de mon cœur : Ayez pitié de moi , ô mon Dieu ! ayez pitié de moi ; ne permettez pas que rien ternisse la pureté de mon ame et de mon corps ; donnez-moi un attachement inviolable pour cette belle vertu qui nous rapproche de vous , qui nous unit à vous , ô Dieu de pureté ! Oui , quoi qu'il m'en coûte , je veux conserver ce précieux trésor , et éviter tout ce qui le mettroit en danger. Pourquoi ne pourrois-je pas , avec votre grâce , ce qu'ont pu tant d'ames innoeentes qui vous ont glorifié dans leur corps, en réprimant leurs passions ? Vierge sainte, qui protégez singulièrement la jeunesse , affermissez cette résolution que je prends; elle ne peut manquer de vous être agréable; obtenez-moi la grâce de l'exécuter fidèlement jusqu'au dernier soupir de ma vie.

Pratique.

Veiller et prier pour ne pas tomber en tentation , ou pour la vaincre.

?C)6 DOCTMBB CrïRKTinNtfT:.

LXVIÏI." LECTURE.

De l'Envie.

Iniidià diabo/i mors introliil in orbem terrarum ; imitaniur finUm itlum qui suni ex parte illius.

C'est par l'envie du démon que la mort est entrée dans le monde ; et ceux qui se rangent de son parti , deviennent ses imitateurs. Sap. 5.

Jj'enyie est une tristesse criminelle du bien de notre prochain. L'envieux est Liesse du mérite des autres; il ne peut souffrir d'en être surpassé, ou même égalé; il est fâché de voir en eux des talons ou des vertus qu'il n'a pas lui-même , ou qu'il voudroit posséder seul. Si la vue de ces avantages qu'il remarque dans les autres ,ne lui in-piroit que le désir de les imiter , ce ne seroit plus envie , ce seroit une noble émulation; mais ce n'est point là le sentiment qu'éprouve l'envieux. Il désire moins d'acquérir lui-même ces qualités estimables , que d'en voir les autres privés; il regarde le bien qui leur arrive comme un mal pour lui-même , leurs succès comme une perte qu'il fait , leur réputation comme une tache qui le flétrit. Cette malheureuse disposition de son cœur, est un ver qui le ronge; c'est un poison qui le consume en secret; il est à lui-même son propre bourreau. Que ce vice est Las et haïssable ! que les effets en sont lunc>tes! Le premier effet de l'envie , c'est la joie que cause le malheur d'autrui : ceux a qui l'on porte envie tombent-ils en quelque disgrâce ? l'envieux s'en ) (jouit , il triomphe de leur chute , il trouve un plaisir malin aies voir humiliés; cl remarquez .

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mon cher Théophile , que ceux qu'il traite si indignement , ne lui ont fait aucun mal. Un vindicatif n'attaque que ses ennemis, ceux dont il a reçu , ou dont il croit avoir reçu de mauvais services ; mais l'envieux hait ceux a qui il n'a rien a reprocher que leurs vertus ; tout leur crime est d'avoir trop de mérite et de talens. Quel monstre ! le cœur de l'homme est-il donc capable d'une telle noirceur? Le second effet de l'envie , c'est la médisance et la calomnie : l'envieux s'efforce d'obscurcir la réputation de ceux dont le mérite le blesse; il affoiblit autant qu'il peut , le bien qu'on en dit ; il donne des interprétations malignes à toutes leurs actions; il travestit en vices les vertus les plus pures : leur piété n'est à ses yeux que simulation et hvpocrisie , leur succès que l'effet du hasard , et non pas le fruit des talens. Le troisième effet de l'envie , c'est l'attention à nuire au prochain. Des paroles on en vient aux actions ; on traverse ses desseins, on emploie .toutes sortes de moyens pour lui faire de la peine , pour l'empêcher d'obtenir ce qu'il désire , ou pour le lui ôter s'il l'a déjà obtenu. Enfin , on se porte quelquefois aux plus grands excès et aux dernières violences, ("est par envie que Gain tua son frère : il voyoi t que les sacrifices d' Abel étoient plus agréables à Dieu que les siens , parce qu'ils étoient offerts avec une volonté plus sincère et une intention plus pure ; il en conçut une jalousie , qui ne put être satisfaite que par un meurtre affreux. €'est l'envie qui inspira aux frères de Joseph le dessein de le faire mourir , et ensuite de le vendre comme esclave. C'est l'envie qui porta les pharisiens et les docteurs de la loi à

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calomnier , à persécuter , à crucifier le Fils de Dieu même. Le juge inique qui le condamna à la mort , reconnut lui-même que c'étoit par envie qu'on le lui avoit livré. Ainsi le plus grand de tous les crimes fut l'effet de l'envie. Ne vous étonnez donc pas , mon cher Théophile , que l'apôtre saint Paul mette ce péché au nombre de ceux qu'il appelle des œuvres de chair. ( Gâtât. 3. ) , des œuvres de ténèbres qui rendent l'homme digne de la mort éternelle./ Rom. \.) N'ouvrez jamais votre cœur à ce vice détestable; faites tous vos efforts pour acquérir la vertu opposée , c'est-à-dire , une affection chrétienne t qui nous rend sensibles au bonheur et au malheur du prochain , en vue de Dieu et du salut de nos frères. Celte affection n'est autre chose que la charité : celui que la charité anime , prend part lx tout ce qui 'arrive h ses frères ; il se réjouit avec ceux qui sont dans la joie ; il s'alïïige avec ceux qui souffrent, il partage avec eux le bien et le mal qu'ils éprouvent , ils les ressent l'un et l'autre comme s'il les éprouvoit lui-même.

Préservez-moi , ô mon Dieu ! de l'envie , ce vice si odieux à vos yrux , et si funeste à celui qui s'y abandonne. Oui , je le déleste , et j'y renonce pour jamais. Avec votre sainte grâce , j'aurai soin d'étouffer les premiers mouvemens de cette passion , «Tes qu'ils s'élèveront dans mon cœur; je me livrerai à un sentiment plus conforme a la raison et à la religion : les biens et 1< s maux de mes frères me seront communs avec eux: je partagerai leurs joies et leurs peines. Loin d'être blessé des bonnes qualités qu'ils possèdent, mon cœur n'admettra que le senti-

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ment d'une louable émulation; je m'appliquerai ;» imiter ce qu'il y a de bon dans chacun d'euv. La vur de leurs lalens m'excitera à faire mes efforts pour cultiver ceux que vous m'avez donnés; les rettus que je verrai pratiquer , m'animeront à les pratiquer moi-même. S'ils réus- Mseenl mieux que moi , je n'en serai point fâché , parce que vous ne demandez de moi que des eflbrts , et non pas des succès : je m'en réjouirai même, parce qu'en prenant ainsi part au bonheur de mes frères , j'attirerai votre bénédiction sur mon travail , et je mériterai d'obtenir moi-même quelques succès.

Pratique.

Ne point envier , mais imiter ceux qui se distinguent par des qualités estimables.

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